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Des milliers de déplacés rentrent chez eux après l'accord dans le sud de la Syrie

Conflit

"La prise de Qouneitra sera compliquée. Le gouvernement devra voir comment progresser sans agiter les Israéliens et déclencher une action militaire israélienne destructrice", estime un expert.

OLJ/AFP
07/07/2018

Des milliers de déplacés dans le sud syrien ont repris samedi le chemin de leurs foyers après l'annonce d'un accord entre le régime et les rebelles, contraints de céder leurs territoires dans la province de Deraa après une offensive dévastatrice de Damas.

Au terme de deux semaines de bombardements aériens meurtriers, un accord prévoyant un cessez-le-feu a été dévoilé vendredi soir, fruit des tractations entre Moscou --allié du régime de Bachar el-Assad-- et les groupes insurgés qui contrôlent Deraa.
L'initiative est un nouveau revers pour la rébellion anti-Assad, incapable de résister face à la puissance de feu du régime: grâce au soutien militaire de ses alliés indéfectibles, Russie et Iran en tête, le pouvoir de Damas contrôle plus de 60% du pays en guerre depuis 2011.
Dans la province de Deraa, les hostilités lancées le 19 juin ont fait au moins 325.000 déplacés selon l'ONU, dont une grande partie s'étaient installés près de la frontière avec la Jordanie ou de la ligne de démarcation sur le plateau du Golan, occupé en majeure partie par Israël.
Femmes et enfants installés à bord de camionnettes ou de tracteurs transportant parfois des chèvres, des matelas et des chaises en plastique, étaient en route samedi pour retrouver leur domicile, dans l'est de la province, selon un correspondant de l'AFP.

Depuis vendredi soir, "plus de 28.000 déplacés sont rentrés dans quelque 13 villages et localités", a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Ils quittent notamment les secteurs proches de la frontière avec la Jordanie et le flux continue de grossir, a-t-il précisé.
Signe du retour en force du régime dans la région, des soldats de l'armée syrienne et de la police militaire russe, des tanks et des véhicules militaires étaient déployés samedi au poste-frontière de Nassib, porte vers la Jordanie, a constaté une journaliste de l'AFP.


(Lire aussi : Syrie : un deal Trump-Poutine sur le dos des Iraniens ?)


Abandon des armes
En vertu de l'accord, les institutions de l'Etat reprendront leur travail dans la région et "l'Etat syrien prendra le contrôle de toutes les positions aux mains des rebelles le long de la frontière jordanienne", a rapporté l'agence officielle Sana.
Il prévoit l'"entrée en vigueur d'un cessez-le-feu et la remise par les groupes terroristes de leurs armes lourdes et moyennes dans toutes les villes et localités", selon Sana.
Ceux "qui refusent ce règlement partiront pour Idleb (une province dans le nord-ouest de la Syrie, ndlr) avec leurs familles", a précisé l'agence, une condition sur laquelle les factions rebelles avaient insisté.

L'accord, qui se déroulera en trois étapes, a débuté dans l'est de la région de Deraa et doit ensuite être appliqué dans le chef-lieu de la province puis dans l'ouest, selon le porte-parole du commandement rebelle, Hussein Abazeed.
Mais pour de nombreux déplacés un retour sous la houlette du pouvoir suscite des craintes.
"Quand on sera sûr qu'il y a bien un cessez-le-feu, et si on est certain que personne ne va nous poursuivre, alors on pourra rentrer dans nos foyers", a déclaré Oussama al-Homsi, 26 ans, sommairement installé avec sa famille dans des champs près de la ville de Deraa.


(Lire aussi : Le Hezbollah participerait à l'offensive du régime Assad dans le Sud syrien, selon Reuters)

Ne pas "agiter" Israël
Le régime syrien semble plus que jamais déterminé à rasseoir son pouvoir sur l'ensemble de la Syrie, ravagée depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts.
Il a face à lui des rebelles affaiblis, qui ont déjà perdu leurs quartiers d'Alep (fin 2016) et leur bastion dans la Ghouta orientale, aux portes de la Damas (avril 2018).
Mais la Syrie reste morcelée, et les insurgés contrôlent encore des territoires dans le nord, où ils sont protégés par Ankara.
Le nord-est est lui contrôlé par des combattants kurdes appuyés par Washington, tandis que la province d'Idleb (nord-ouest) est dominée par des jihadistes de l'ex-branche d'Al-Qaïda.

Dans le sud, des jihadistes ayant prêté allégeance à l'organisation Etat islamique (EI) conservent aussi un bastion dans la province de Deraa. Ils pourraient se retrouver rapidement dans le collimateur.

Le régime pourrait aussi prendre pour cible les territoires rebelles de Qouneitra, secteur sensible qui borde directement la ligne de démarcation avec Israël sur le plateau du Golan.
"La prise de Qouneitra sera compliquée. Le gouvernement devra voir comment progresser sans agiter les Israéliens et déclencher une action militaire israélienne destructrice", avertit l'expert Sam Heller, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).
Selon un récent rapport du ICG, l'Etat hébreu a en effet fourni "un soutien aux factions armées du sud à partir de 2013 ou 2014, apparemment pour essayer de cultiver des partenaires locaux et sécuriser une zone tampon à sa frontière".


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