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Liban

Aoun et Geagea dressent leur feuille de route pour la prochaine phase

Gouvernement

Le leader des FL pourrait s’entretenir prochainement avec Gebran Bassil.

Yara ABI AKL | OLJ
03/07/2018

C’est une importante rencontre qui a eu lieu hier au palais de Baabda entre le président de la République Michel Aoun et le leader des Forces libanaises (FL), Samir Geagea. Et pour cause : l’entretien intervient à l’heure où le processus de formation du gouvernement bute encore sur plusieurs nœuds, dont notamment le différend opposant les FL au Courant patriotique libre (CPL) autour de leurs quotes-parts gouvernementales respectives, le parti de Gebran Bassil accusant celui de Samir Geagea d’amplifier son poids politique pour améliorer sa représentation au sein de la future équipe ministérielle.

S’exprimant à l’issue de son entretien avec le chef de l’État, M. Geagea a tenu à se montrer optimiste et positif, soulignant que l’atmosphère était bonne. Il a toutefois affiché son attachement à une représentation gouvernementale qui correspondrait au poids parlementaire des FL, issu des législatives de mai dernier, faisant état d’une « feuille de route » qu’il a établie avec Michel Aoun pour la prochaine phase. « Nous n’avons aucun veto contre qui que se soit. En même temps, nous refusons que quelqu’un nous oppose son veto », a lancé M. Geagea, avant de poursuivre : « Le président de la République m’a assuré que les FL et le CPL sont comme les prunelles de ses yeux. Notre appui au sexennat est indiscutable. Mais cela ne s’applique pas à tous les membres du CPL. Certains laissent croire que notre appui à la présidence signifie approuver tout ce que les proches du sexennat (dont nous faisons partie) proposent », a lancé le leader des FL, dans ce qui sonne comme une réponse aux accusations aounistes lancées récemment contre Meerab, selon lesquelles les FL auraient entravé l’action du gouvernement d’expédition des affaires courantes, notamment les projets des ministres CPL, comme le plan de production de l’électricité élaboré par le ministre César Abi Khalil. Le locataire de Meerab a été encore plus loin. « Le président de la République est le chef de l’État, et le CPL est le CPL », a déclaré M. Geagea. Une façon pour lui de confirmer la nette séparation – quoique peu convaincante – que son parti établit entre Michel Aoun et la formation qu’il a fondée, et de renouveler son attachement à la réconciliation interchrétienne scellée par l’accord de Meerab conclu entre FL et CPL le 18 janvier 2016.


(Lire aussi : Face aux torpilleurs, Hariri oppose le calme)


De source politique bien informée, on apprend d’ailleurs que le leader des FL a profité de son entretien avec Michel Aoun pour affirmer qu’aucun désaccord politique ne devrait porter atteinte à la réconciliation ou encore aux rapports Aoun-Geagea. Dans les mêmes milieux, on fait savoir que les deux hommes (qui n’ont pas évoqué la répartition des quotes-parts ministérielles) se sont entendus sur l’intensification des contacts entre les directoires des deux formations pour mettre les points sur les i afin de normaliser les rapports et faciliter la mise sur pied de la nouvelle équipe Hariri.
Le même optimisme se fait sentir à Meerab. Interrogé par L’Orient-Le Jour, un cadre FL indique que Michel Aoun et Samir Geagea ont défini le plafond de leurs désaccords politiques. Il s’agit du maintien de la réconciliation. « MM. Aoun et Geagea se sont entendus sur la nécessité de résoudre le différend FL-CPL par le biais d’un entretien entre M. Geagea et le chef du CPL, Gebran Bassil (qui pourrait se tenir prochainement) », ajoute le proche du leader des FL, insistant, toutefois, sur l’attachement de son parti à une représentation gouvernementale qui respecterait les résultats des élections législatives.

Calculs présidentiels ?
Le chef du CPL, quant à lui, continue à tenter de contrer les ambitions gouvernementales des FL. Selon certains médias locaux, Gebran Bassil aurait profité de sa réunion tenue avec le Premier ministre désigné Saad Hariri à la Maison du Centre pour insister sur son attachement à sa part gouvernementale intégrale, refusant de se désister d’un portefeuille dit « consistant » au profit de Meerab. Une source proche du CPL précise, dans ce cadre, à L’OLJ que le parti de Samir Geagea ne devrait pas puiser sa représentation gouvernementale chez les aounistes, mais chez le Premier ministre désigné, insistant par la même occasion sur la nécessité, pour Saad Hariri, de définir un critère unifié pour former son équipe.
Sauf qu’un observateur politique contacté par L’OLJ préfère placer l’entretien Hariri-Bassil dans un plus large contexte. Selon lui, le Premier ministre désigné aurait assuré la pérennité du compromis qu’il a conclu avec Michel Aoun en 2016, notant qu’il ne faut pas garder les FL en dehors du prochain cabinet et que les atermoiements quant à la formation du gouvernement portent de sérieux coups à la présidence. Dans certains milieux politiques, on va encore plus loin. On estime que les demandes à caractère gouvernemental des aounistes seraient liées à des calculs politiques dans la perspective de la présidentielle 2022, à l’issue de laquelle Gebran Bassil croit pouvoir succéder à Michel Aoun avec l’appui du Hezbollah.


(Lire aussi : Geagea assure à Aoun qu’il peut compter sur son parti autant que sur le CPL)


Hariri et le nœud druze
Si l’entretien Aoun-Geagea aurait permis de (commencer à) défaire le nœud chrétien lié au différend FL-CPL, le chef de gouvernement désigné poursuit ses efforts pour surmonter les obstacles entravant encore la formation du gouvernement. Après avoir fait barrage, depuis Baabda jeudi dernier, à toute représentation des députés sunnites du 8 Mars au sein de son cabinet, M. Hariri a accordé audience hier à Waël Bou Faour, député joumblattiste de Rachaya, dans une nouvelle tentative de franchir l’obstacle druze. La discussion a tout naturellement porté sur le gouvernement en gestation. S’exprimant à l’issue de la rencontre, M. Bou Faour a déclaré que son parti campe toujours sur sa position : les résultats des législatives sont clairs. Selon ce critère, il revient au PSP de nommer les trois ministres druzes.


(Lire aussi : Le gouvernement suspendu aux développements régionaux, le décryptage de Scarlett HADDAD)


Commentant la polémique opposant Walid Joumblatt à son rival politique Talal Arslane (appuyé par le CPL et son chef), sur ce plan, le député de Rachaya a lancé : « Le bloc hypothétique dont il est question nécessite un débat. » Une allusion à peine voilée au bloc « La garantie de la Montagne » présidé par M. Arslane et regroupant les députés CPL de la circonscription du Chouf-Aley. Mais à la faveur de l’atmosphère positive qui a prévalu hier dans le pays, Waël Bou Faour a souligné qu’une rencontre Hariri-Joumblatt pourrait avoir lieu à tout moment et qu’il n’y a pas de rupture des rapports joumblattistes avec le chef de l’État. Les relations entre Baabda et Moukhtara avaient subi un sévère coup à la suite d’un tweet dans lequel le leader druze avait dénoncé « le fiasco » du sexennat, il y a une quinzaine de jours.
C’est dans le même cadre que s’inscrit une réunion entre Saad Hariri et le ministre sortant de l’Information Melhem Riachi (FL). L’occasion pour les deux hommes de discuter de la formation du gouvernement, de s’informer de l’entretien Aoun-Geagea et… de regarder le match de football entre le Brésil et le Mexique dans le cadre de la Coupe du monde.


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