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Liban

Entre CPL et FL, rien ne va plus...

Gouvernement

Saad Hariri se rendra à Baabda aujourd’hui pour un entretien avec Michel Aoun axé sur les tractations pour la formation du gouvernement.

Yara ABI AKL | OLJ
28/06/2018

Rien ne va plus entre le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL). C’est cette impression qui se dégage des derniers développements observés entre les deux formations durant les deux derniers jours.

Il est vrai que la nouvelle phase de la querelle entre les deux partenaires chrétiens est principalement liée à la guerre d’influence à laquelle ils se sont livrés autour de leurs représentations au sein de la future équipe ministérielle. Celle-ci avait même porté de sérieuses secousses à l’accord de Meerab liant les deux partis depuis janvier 2016.

Mais ce sont, surtout, des propos tenus mardi par le chef du courant aouniste, Gebran Bassil, qui ont porté un coup sévère à l’entente qui a scellé la réconciliation interchrétienne. « Il y avait une entente politique qui n’existe plus aujourd’hui », a tonné M. Bassil à l’issue de la réunion hebdomadaire du bloc « Le Liban fort » dirigé par son parti. Une allusion à peine voilée aux FL, que le chef de la diplomatie et son parti accusent d’amplifier leur poids politique pour augmenter leur quote-part gouvernementale. À cela est venu s’ajouter un communiqué du bureau de presse de la présidence de la République dans lequel le chef de l’État Michel Aoun invite « tous les protagonistes » à « respecter les poids » issus des législatives de mai dernier afin de faciliter le processus de formation de la future équipe ministérielle.

Une position interprétée, dans certains milieux politiques, comme un appui au CPL qui tente de contrer les ambitions gouvernementales de Meerab. Soucieux d’affirmer sa volonté de préserver la réconciliation interchrétienne, en dépit de ses divergences avec Gebran Bassil, le leader des FL, Samir Geagea, a dépêché hier le ministre sortant de l’Information Melhem Riachi – qui avait œuvré pour la mise sur pied de l’accord de Meerab – à Baabda pour un entretien avec le chef de l’État. Une façon pour les FL d’établir une nette distinction entre Michel Aoun et son gendre, chef du courant aouniste. S’exprimant à l’issue de la rencontre, M. Riachi a mis l’accent sur l’atmosphère « très positive » de la réunion, qui s’est articulée autour des négociations en vue de la formation du futur cabinet.

Interrogé à ce sujet par L’Orient-Le Jour, un cadre FL souligne qu’à travers cet entretien, M. Geagea a fait d’une pierre plusieurs coups : « Il a voulu affirmer son attachement à l’accord de Meerab, en dépit de toutes les divergences politiques qui existeront toujours entre les deux partis », dit-il. « L’entretien était également une occasion pour insister sur l’importance d’échanger les idées afin de permettre au cabinet de voir le jour », ajoute ce proche de Samir Geagea.


(Lire aussi : Des bazars et des souksl'édito de Issa GORAIEB)


« Aux soins intensifs »
Cela fait dire à certains que le leader des FL établit une distinction entre le volet « politique » de l’accord et celui lié à la réconciliation entre les deux partis. D’aucuns estiment que cette distinction est peu convaincante, dans la mesure où tout différend politique entre les deux formations pourrait pousser leurs bases populaires respectives vers des querelles virtuelles, à commencer par la sphère des réseaux sociaux. Mais il n’en reste pas moins que cette logique est de mise aussi bien chez les FL que parmi les partisans et cadres du CPL. « Nous allons défendre l’entente de Meerab avec force », déclare ainsi à L’OLJ Antoine Zahra, ancien député FL de Batroun. Selon lui, « cet accord a jeté les bases d’un partenariat qui ne saurait être limité au mandat actuel ». « La meilleure solution est celle de laisser le Premier ministre désigné, en collaboration avec le président de la République, former son cabinet », souligne encore M. Zahra.

À son tour, Ibrahim Kanaan, député CPL du Metn qui, avec Melhem Riachi, avait déployé des efforts pour que l’entente de Meerab puisse voir le jour, a insisté sur la pérennité de la réconciliation. « La réconciliation chrétienne n’est pas limitée à une date précise. Elle a été faite pour l’histoire et les générations futures, pour que nous leur construisions un avenir prospère en société et dans le pays. Et pour le partenariat national que nous eûmes restitué afin de le protéger, après que nous avons affirmé une présence chrétienne de poids au sein de toutes les institutions », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Même son de cloche chez Alain Aoun, député CPL de Baabda, même s’il se veut plus pragmatique. Dans un entretien accordé à L’OLJ, il souligne que « concernant la réconciliation, l’accord de Meerab tient toujours. Mais pour ce qui est de son volet politique, il est aux soins intensifs ». Le député de Baabda justifie cet état des lieux par le fait que « dans le cadre de l’ancien gouvernement (qui expédie actuellement les affaires courantes), les FL se sont rangées avec les opposants au président de la République. Il s’agit là d’une violation de l’accord qui stipulait que les deux partis appuieraient le régime ».


(Retour sur l'histoire : Solh, Karamé, Salam et Hariri : ces dynasties de Premiers ministres)


Le gouvernement
Il va sans dire que cette nouvelle phase du différend CPL-FL est à même de retarder la formation de l’équipe Hariri. D’autant que les aounistes continuent à renvoyer la balle du « nœud chrétien » dans le camp de Meerab, tout en affirmant qu’ils ne voient aucun inconvénient à ce que les FL intègrent le gouvernement. Sur ce plan, on évoquait hier dans certains milieux une éventuelle renonciation du camp Aoun-CPL à l’un des deux ministères régaliens au profit des FL, lesquelles devraient abandonner la vice-présidence du Conseil pour le compte de M. Aoun.

Mais il reste que l’obstacle « druze » généré par le différend entre le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt et son principal rival Talal Arslane, chef du Parti démocrate libanais, n’a pas encore été franchi, les deux parties campant toujours sur leurs positions respectives. Dans un entretien accordé à Radio Liban libre, Fayçal Sayegh, député PSP de Beyrouth, a insisté une fois de plus sur « le droit » de son parti à trois ministres dans un cabinet de trente, mettant l’accent sur « un mécanisme de formation du cabinet qui devrait respecter les poids issus des élections », estimant que « Samir Geagea soutient le régime plus que Gebran Bassil ».


(Lire aussi : Gouvernement : Aoun et Hariri tentent de reprendre le contrôle du processus)


Hezbollah-Arabie
Le Hezbollah, quant à lui, continue d’accuser l’Arabie saoudite de retarder la formation du cabinet. À deux jours d’une allocution que devrait prononcer le secrétaire général du parti Hassan Nasrallah, Nabil Kaouk, membre du conseil central du parti, a accusé le royaume wahhabite de s’ingérer dans la formation du gouvernement. « Le régime saoudien s’est ingéré dans les législatives. Il fait de même avec la formation du cabinet », a-t-il lancé lors d’une cérémonie, avant de poursuivre : « Les obstacles entravant le gouvernement sont apparemment internes. Mais en réalité, ils sont régionaux. Il s’agit notamment de la tentative de l’Arabie d’amplifier les quotes-parts de ses alliés au sein du cabinet pour former un front politique libanais face au Hezbollah, et régional pour affronter l’Iran. »

En face, Walid el-Boukhari, chargé d’affaires saoudien à Beyrouth, a évité d’évoquer la question du cabinet à l’issue d’un entretien avec le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, à Dar el-Fatwa. Il s’est contenté d’assurer que son pays est attaché à la stabilité, la souveraineté, la prospérité et la sécurité du Liban.

Quant à Saad Hariri, il se rendra aujourd’hui à Baabda pour une rencontre avec Michel Aoun afin d’évoquer la question gouvernementale, comme convenu lors d’un entretien téléphonique entre les deux hommes. À ce sujet, des sources proches de M. Aoun ont démenti, via L’OLJ, les informations qui circulaient dans les médias selon lesquelles le chef de l’État aurait menacé M. Hariri de le remplacer s’il ne forme pas son cabinet dans un bref délai, insistant sur « la bonne relation entre les deux hommes ».



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Bery tus

mais bien sur que les chrétiens ne se mettront pas d'accords vue les commentaires cela est inevitable .. le pb chez le chretien c'est qu'il se sent intelligent et veut montrer qu'il comprend tout

POURQUOI N'ESSAIT IL PAS DE DISSOCIER LA POLITIQUE DU SOCIAL !? OUI ILS SONT LIES POUR LES IMMATURES

EN QUOI UNE RECONCILIATION INTER CHRETIENNE PEUT ELLE REPRESENTER UN DANGER !?!

Georges MELKI

Pour une fois, Walid Joumblatt a raison: les Maronites sont une "mauvaise espèce"! A propos, ne vous fiez pas trop à mon nom: je suis moi-même Maronite!

gaby sioufi

LA RECONCILIATION INTERCHRETIENNE est quelque chose, une idee, une theorie au depart viciee .

Ne serait ce qu'elle se base sur la reconciliation entre 2 hommes qui sommes s'etaient querelles pour un conflit d'interets n'ayant rien a voir avec ceux des chretiens ni meme ceux du Liban mais bien d'ordre personnel & circonstanciel-double de lutte pour le pouvoir, ressemblant a ttes les autres "disputes" inter- chretiennes,

De plus ces 2 hommes ne representent certainement pas les Chretiens du Liban-rappelez vs, moins de 50% des libanais ont vote, leurs partisans a eux representaient bcp moins que cela en terme de votes Chretiens),

ceci pour dire que la base sur laquelle leur accord s'est fonde n'etait QUE personnelle la aussi, que Les "autres" Chretiens du Liban ont surement d'autres perspectives & ideologies s'agissant de l'avenir socio-politique de leur communaute,

En Conclusion, ces 2 hommes n'ont certainement pas le droit de confisquer pour eux la vision d'avenir du Chretien Libanais- en appelant leur entente(encore 1 fois circonstancielle) du titre Tonitruant de RECONCILIATION CHRETIENNE.


















Hitti arlette

L'Arabie saoudite fait la chose et son contraire . Si elle nie ou démentit toute ingérence dans la politique libanaise on serait en droit de se demander , pourquoi ,en l'escape quelques jours , samir Geagea et Walid joumblatt se sont-ils rendus en Arabie si n'est que pour se ressourcer avant la formation du cabinet . Et ce n'est pas non plus en tant que touriste que notre premier ministre fait la navette entre Beyrouth et Riad .c'est dire que l' Indépendance et la souveraineté devraient être effacés ,ad vitam aeternam , des manuels scolaires et autres manuscrits de l'histoire du Liban .

Le Faucon Pèlerin

Le loup CPL et l'agneau FL s'étripent, pourtant en 2016 ils avaient conclu un mariage d'amour et de raison, mais cela n'a duré que ce que dure un cactus l'espace de deux ans. Un mariage d'une carpe et un lapin aurait duré plus. Tout cela sous les regards heureux d'un million et demi de déplacés syriens qui ne veulent pas retourner chez eux ils sont mieux chez les autres.

Irene Said

Une question:
y-a-t-il quelque chose qui va dans ce pays, mis à part la corruption qui gangrène tout, absolument tout et TOUS ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DOMMAGE ! LES FORCES CHRETIENNES NE PEUVENT JAMAIS S,UNIR. TRES REGTRETTABLE !

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