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Liban

Focus nécessaire sur la sécurité et la stratégie de défense avant la formation du cabinet

Éclairage

Machnouk annule la mesure spéciale en faveur des voyageurs iraniens au Liban.

19/06/2018

Le Premier ministre désigné poursuit ses efforts pour former un nouveau cabinet d’union nationale à l’heure où toutes les forces politiques, le Hezbollah notamment, appellent à hâter la genèse du gouvernement afin de profiter du soutien international consacré au Liban par le biais des trois conférences de Rome, Paris et Bruxelles et d’éviter rien moins qu’un effondrement économico-financier du pays.

Pourtant, c’est le volet sécuritaire qui a pris le dessus sur la politique au cours des derniers jours, avec les incidents dans la Békaa notamment. Il est de nouveau question de régler la problématique des armes qui se trouvent entre les mains de la population, dans la mesure où il serait vain de rêver d’une économie saine ou de sécurité sans contrôle des armes. Aussi les appels se succèdent-ils en faveur d’un plan de sécurité englobant l’ensemble du pays et réglant une bonne fois pour toutes la question des armes illégales.

Des sources politiques souverainistes s’interrogent ainsi sur la stratégie défensive dont il était question durant la campagne électorale des législatives. Le président de la République, Michel Aoun, et le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, ne s’étaient-ils pas engagés à relancer le débat à ce sujet ? Le chef de l’État n’avait-il pas annoncé qu’elle serait remise en selle après l’échéance législative et que c’est sur cette base que le nouveau gouvernement serait formé ? Il s’est avéré, dans les faits, que c’est le cabinet d’union nationale à venir qui mettra en place cette stratégie défensive.

Les incidents sécuritaires à Baalbeck ont amplifié les appels à ramasser les armes et à appliquer le principe du monopole de la violence légitime, qui est l’un des principes élémentaires fondateurs de la souveraineté. Les armes sont devenues la voie la plus facile pour tous les règlements de comptes, quelle que soit leur importance, si bien que le président Aoun a mis au point un plan de sécurité à Baalbeck, dont il parrainera lui-même la mise en application. D’autres réclament un plan à l’échelle du Liban tout entier pour freiner la propagation des armes entre les mains des Libanais, compte tenu du danger que cela représente pour la sécurité et la situation économique du pays, notamment pour le retour des investisseurs et des grands capitaux, assurent les instances économiques.

Tant qu’il y aura des armes dans les rues, il n’y aura pas d’investissements. En ce sens, le dossier de la sécurité dans toutes ses ramifications constitue un obstacle majeur face au développement de l’économie, à l’accroissement du développement et à la mise en chantier de projets.

Les représentants des pays et des organisations membres du Groupe de soutien international ont rappelé au président de la République, lors de leur visite à Baabda à la fin de la semaine dernière, la nécessité de préserver la stabilité, contrôler la sécurité, tracer, contrôler et surveiller les frontières et mettre en application les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité relatives au désarmement des milices. Selon des sources proches du Premier ministre désigné, le nouveau gouvernement devrait accorder au volet sécuritaire l’intérêt qu’il faut, sans quoi il ne faut pas espérer une relance économique et des investissements.


(Lire aussi : La lutte contre la corruption, en tête des priorités du nouveau gouvernement, le décryptage de Scarlett HADDAD)


L’affaire des visas iraniens
C’est dans ce cadre que l’agence iranienne officielle IRNA a annoncé, à travers une manœuvre douteuse et dangereuse pour la sécurité nationale de l’avis de certains milieux politiques, que le Liban avait pris la décision de ne pas viser les passeports des ressortissants iraniens à leurs entrées et sorties du Liban. Le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, a précisé que cette mesure était appliquée depuis longtemps et dans plus d’un pays. Le ministre des Affaires étrangères a pour sa part démenti toute responsabilité du palais Bustros, estimant que la mesure relève de la compétence de la Sûreté générale. Quant au ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, il a annoncé hier que cette mesure de la SG ne serait plus appliquée, dans la mesure où une décision du Conseil des ministres est nécessaire pour la faire valider.

Des milieux politiques ont exprimé de leur côté leur stupéfaction face aux propos tenus par le secrétaire général du Hezbollah selon lesquels ses combattants resteraient en Syrie sans fixer de date pour leur retour au bercail. Des propos qui recoupent ceux du président syrien Bachar el-Assad et selon lesquels la guerre en Syrie est encore longue et que le Hezbollah restera longtemps encore en territoire syrien. De tels propos sont à même de laisser un sentiment inconfortable, dans la mesure où ils auront des répercussions sécuritaires négatives sur la situation, surtout si elles sont liées aux propos récents du leader de la brigade al-Qods des pasdaran, le général Kassem Suleimani, qui avait affirmé la semaine dernière que le Hezbollah comptait une majorité confortable de 74 députés au sein du nouveau Parlement.
Toutes ces prises de position pourraient se répercuter négativement sur la scène locale et ne rendent pas service au régime, dans la mesure où elles sont susceptibles de créer des crispations et des tensions. D’autant que toute la problématique actuelle au Liban porte sur la force : le président « fort », le mandat « fort » ; le groupe parlementaire « fort »… Comment donc concilier la « force », qui repose sur la nécessité de sanctuariser la souveraineté libanaise, avec des déclarations de la part d’un camp armé au Liban et de ses parrains iraniens, qui font fi de toute souveraineté et de respect des frontières nationales ? De tels propos représentent des obstacles dans le processus de formation du nouveau cabinet et torpillent frontalement le principe de la neutralité du Liban, qui se retrouve aussitôt phagocyté par la politique des axes…

Dans un tel contexte, comment parler d’amnistie générale, s’interrogent des sources politiques, face à la promesse effectuée par Saad Hariri avant les législatives. Un redressement économique est nécessaire avant l’amnistie, avec la formation du nouveau cabinet et la mise sur pied d’un plan de sécurité ferme sur les armes en folie. De plus, les incidents sécuritaires sporadiques dans différentes régions nécessitent une réunion du Conseil supérieur de défense, afin de réclamer aux services militaires et de sécurité un plan global de sécurité. L’élaboration d’une stratégie de défense est également devenue une priorité absolue avant que le gouvernement n’entre de plain-pied dans son plan de réformes. Car il ne saurait y avoir de politique, de sécurité, d’économie ou de souveraineté au plein sens du terme à l’ombre des mini-États et des îlots sécuritaires qui échappent au contrôle du pouvoir par le truchement de différentes appellations, comme les « brigades de la résistance », souligne un ancien ministre.



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Pierre Hadjigeorgiou

"Des milieux politiques ont exprimé de leur côté leur stupéfaction face aux propos tenus par le secrétaire général du Hezbollah selon lesquels ses combattants resteraient en Syrie sans fixer de date pour leur retour au bercail". C'est plutôt très bien çà! Pourquoi s’inquiètent-ils? Moi je propose que leurs familles les rejoignent pour qu'ils ne se sentent pas seuls et même qu'ils y restent puisque la Syrie leur est bien plus importante que le Liban. Moins il y aura de voyous dans le pays mieux il se portera! Nous allons tous nous cotiser pour les aider a ne plus jamais rentrer. Mabrouk 3aleykoun ou 7ello ...!

Salim Dahdah

Le temps n'est-il pas enfin arrivé pour que le régime "fort" fasse ses preuves aujourd'hui, et s'impose avec naturellement sagesse, mais aussi avec fermeté et indépendamment de toutes les pressions que cherchent à lui imposer, autant l'opposition que ses propres alliés...?
C'est maintenant ou jamais, sinon nous allons tout droit dans le mur et vers un désastre garanti...!

gaby sioufi

hahahahahaha !
un programme gigantesque englobant le social, la defense, la geostrategie a l'echelle mondiale, la gerance du patrimoine , la gouvernance , les guerres d'escence divines passees/a venir .
WOWWWWWW!
avec pour acteurs /gerants nos grands amours de ce liban nouveau- TOUS tant qu'ils sont.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

METTRE LES POINTS SUR LES I AVANT PLUTOT QU,APRES EST UN DEVOIR !

Irene Said

A chaque nouvel épisode:
un responsable autorise...et ensuite annule...on se dit que nos autorités ne peuvent plus tomber plus bas, que le fond du ridicule est atteint, qu'elles vont enfin se ressaisir.

Eh bien non, il y a encore des fonds sous les fonds, et notre NOUVEAU LIBAN continue de briller par son ridicule gouvernemental et national !
Irène Saïd

Yves Prevost

Comment peut-on exiger des uns la remise de leur pistolet ou de leur kalachnikov quand d'autres peuvent impunément disposer de chars et de missiles?

George Khoury

fort? moi je dirais c'est le mandat impotent

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