Ces initiatives qui changent le monde

Langouët, le petit village gaulois 100 % écolo

France
Mathilde GOLLA | Le Figaro
16/06/2018

« Small is beautiful » pourrait être la devise de Langouët en Bretagne. Le village de 600 âmes basé près de Rennes, en France, est en passe de devenir autonome sur le plan énergétique et vise l’indépendance alimentaire. Pour atteindre ses objectifs, la commune multiplie les projets depuis vingt ans : une cantine 100 % bio et locale depuis 2004, des logements sociaux passifs (sans système de chauffage actif, ou très peu), un hameau de « maisons-potagers », un jardin de formation en permaculture, un café participatif, une centrale solaire, une pépinière d’activités centrée sur l’économie sociale et solidaire, une voiture électrique partagée… C’est Daniel Cueff, maire depuis 1999, qui a enclenché cette transition. L’élu, arrivé à la tête de la commune « un peu par hasard », confie-t-il, s’appuie sur ses administrés pour réaliser les projets. Au point que, dans un contexte de chute des dotations publiques, le village a pu compter sur ses habitants pour financer ses expérimentations.

« Tout ce que nous pouvons faire localement, nous le faisons ! » assure Daniel Cueff. Alors pourquoi pas le financement ? Pari relevé ! Cette année, la commune a emprunté 25 000 euros auprès de citoyens. La mairie est même victime de son succès : les fonds ont été levés en deux jours avec une poignée d’habitants. Il faut dire que la municipalité n’en est pas à son coup d’essai. En 2016, elle leur avait déjà emprunté 40 000 euros pour financer une partie de son réaménagement. Dans les deux cas, les heureux banquiers de la commune pouvaient prêter entre 200 et 2 000 euros à un taux d’intérêt de 2 % brut par an sur 6 ans.




Le deuxième emprunt citoyen servira à créer un jardin partagé de formation à la permaculture – une méthode agricole douce et naturelle. « L’objectif est aussi de créer du lien intergénérationnel : les anciens pourront enseigner leurs méthodes de culture aux nouveaux arrivants », souligne l’édile, qui a à cœur d’impliquer l’ensemble des administrés dans les projets du village. « Je voulais participer au développement de la commune et investir dans la mise en œuvre des nombreuses idées issues des ateliers citoyens », indique Hélène, habitante de Langouët qui a prêté 2 000 euros. « Il faut dire que les projets nous intéressent aussi car nous aimerions bien habiter dans un logement passif », ajoute la Bretonne en sortant de la voiture électrique communale.

Des maisons « triple zéro »
La commune s’est très tôt engagée dans la construction de logements sociaux durables. Elle compte deux hameaux de maisons en bois peu énergivores et dotées de panneaux solaires, édifiés en 2005 et 2011. « Notre objectif est toujours de faire de l’écologie sociale », explique le maire en montrant la quinzaine de maisons de bois, installées à l’entrée du village, nichées dans un écrin de verdure. « La commune achète des terres qu’elle viabilise et revend à bas prix pour que le logement construit de manière durable reste à un prix abordable », explique celui qui a milité très jeune pour l’écologie. Chacun des propriétaires a également fourni 30 jours de travail sur le chantier, encadré par les Compagnons Bâtisseurs, une association qui lutte contre le mal-logement en France. « Un moyen de réduire le coût des logements, mais aussi de connaître nos maisons et nos voisins beaucoup plus rapidement », précise Sébastien Longechaud, propriétaire de l’une des maisons aux volets colorés, surplombées par de larges panneaux solaires. « Nous avons une sensibilité écologique et avons choisi de venir à Langouët pour vivre dans ces maisons en bois », explique Jérôme Gimenez, acquéreur d’une maison. « La facture énergétique est faible, de l’ordre de 200 euros par an pour un logement de 80 m2 », souligne l’heureux propriétaire.

La commune veut aller encore plus loin avec la construction d’un nouveau hameau de maisons « triple zéro » (zéro énergie, zéro carbone, zéro déchet). Conçu par un laboratoire de recherche, un premier prototype baptisé BioClim House est sorti de terre au printemps et trône sur un vaste terrain à l’entrée du bourg. Il sera doté d’une serre sur son toit pour cultiver un potager en permaculture ou produire de l’énergie. La commune qui rêve d’indépendance alimentaire pourra ainsi bientôt compter sur ses « maisons-potagers », en plus du magasin de vente directe à la ferme des producteurs de poulets bio.  

Et Langouët continue de fourmiller de projets. « Nous visons l’autonomie énergétique d’ici à 10 ans, grâce aux panneaux et aux trackers solaires » (structures pivotantes permettant d’orienter les panneaux vers le soleil pour optimiser leur productivité), précise le maire qui échange avec d’autres communes voisines pour aussi « s’inspirer de ce qu’il se fait ailleurs ». 

La commune s’étant ainsi forgé une solide réputation de village pionnier en matière d’écologie, la mairie croule sous les demandes de logements. « Un habitant de Floride (États-Unis) veut revenir en France et nous a demandé si des maisons étaient disponibles ! » se réjouit le maire. Toutes les demandes ne peuvent être satisfaites. Les habitants « seront choisis en fonction de leur envie ou non d’adhérer au projet », précise le maire. Ceux qui souhaitent s’installer dans ce petit village breton doivent ainsi montrer patte verte !



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Langouët, le petit village gaulois 100 % écolo

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« Small is beautiful » pourrait être la devise de Langouët en Bretagne. Le village de 600 âmes basé près de Rennes, en France, est en passe de devenir autonome sur le plan énergétique et vise l’indépendance alimentaire. Pour atteindre ses objectifs, la commune multiplie les projets depuis vingt ans : une cantine 100 % bio et locale depuis 2004, des logements sociaux passifs (sans système de chauffage actif, ou très peu), un hameau de « maisons-potagers », un jardin de formation en permaculture, un café participatif, une centrale solaire, une pépinière d’activités centrée sur l’économie sociale et solidaire, une voiture électrique partagée… C’est Daniel Cueff, maire depuis 1999, qui a enclenché cette transition. L’élu, arrivé à la tête de la commune « un peu par hasard », confie-t-il, s’appuie sur ses administrés pour réaliser les projets. Au point que, dans un contexte de chute des dotations publiques, le village a pu compter sur ses habitants pour financer ses expérimentations.

« Tout ce que nous pouvons faire localement, nous le faisons ! » assure Daniel Cueff. Alors pourquoi pas le financement ? Pari relevé ! Cette année, la commune a emprunté 25 000 euros auprès de citoyens. La mairie est même victime de son succès : les fonds ont été levés en deux jours avec une poignée d’habitants. Il faut dire que la municipalité n’en est pas à son coup d’essai. En 2016, elle leur avait déjà emprunté 40 000 euros pour financer une partie de son réaménagement. Dans les deux cas, les heureux banquiers de la commune pouvaient prêter entre 200 et 2 000 euros à un taux d’intérêt de 2 % brut par an sur 6 ans.




Le deuxième emprunt citoyen servira à créer un jardin partagé de formation à la permaculture – une méthode agricole douce et naturelle. « L’objectif est aussi de créer du lien intergénérationnel : les anciens pourront enseigner leurs méthodes de culture aux nouveaux arrivants », souligne l’édile, qui a à cœur d’impliquer l’ensemble des administrés dans les projets du village. « Je voulais participer au développement de la commune et investir dans la mise en œuvre des nombreuses idées issues des ateliers citoyens », indique Hélène, habitante de Langouët qui a prêté 2 000 euros. « Il faut dire que les projets nous intéressent aussi car nous aimerions bien habiter dans un logement passif », ajoute la Bretonne en sortant de la voiture électrique communale.

Des maisons « triple zéro »
La commune s’est très tôt engagée dans la construction de logements sociaux durables. Elle compte deux hameaux de maisons en bois peu énergivores et dotées de panneaux solaires, édifiés en 2005 et 2011. « Notre objectif est toujours de faire de l’écologie sociale », explique le maire en montrant la quinzaine de maisons de bois, installées à l’entrée du village, nichées dans un écrin de verdure. « La commune achète des terres qu’elle viabilise et revend à bas prix pour que le logement construit de manière durable reste à un prix abordable », explique celui qui a milité très jeune pour l’écologie. Chacun des propriétaires a également fourni 30 jours de travail sur le chantier, encadré par les Compagnons Bâtisseurs, une association qui lutte contre le mal-logement en France. « Un moyen de réduire le coût des logements, mais aussi de connaître nos maisons et nos voisins beaucoup plus rapidement », précise Sébastien Longechaud, propriétaire de l’une des maisons aux volets colorés, surplombées par de larges panneaux solaires. « Nous avons une sensibilité écologique et avons choisi de venir à Langouët pour vivre dans ces maisons en bois », explique Jérôme Gimenez, acquéreur d’une maison. « La facture énergétique est faible, de l’ordre de 200 euros par an pour un logement de 80 m2 », souligne l’heureux propriétaire.

La commune veut aller encore plus loin avec la construction d’un nouveau hameau de maisons « triple zéro » (zéro énergie, zéro carbone, zéro déchet). Conçu par un laboratoire de recherche, un premier prototype baptisé BioClim House est sorti de terre au printemps et trône sur un vaste terrain à l’entrée du bourg. Il sera doté d’une serre sur son toit pour cultiver un potager en permaculture ou produire de l’énergie. La commune qui rêve d’indépendance alimentaire pourra ainsi bientôt compter sur ses « maisons-potagers », en plus du magasin de vente directe à la ferme des producteurs de poulets bio.  

Et Langouët continue de fourmiller de projets. « Nous visons l’autonomie énergétique d’ici à 10 ans, grâce aux panneaux et aux trackers solaires » (structures pivotantes permettant d’orienter les panneaux vers le soleil pour optimiser leur productivité), précise le maire qui échange avec d’autres communes voisines pour aussi « s’inspirer de ce qu’il se fait ailleurs ». 

La commune s’étant ainsi forgé une solide réputation de village pionnier en matière d’écologie, la mairie croule sous les demandes de logements. « Un habitant de Floride (États-Unis) veut revenir en France et nous a demandé si des maisons étaient disponibles ! » se réjouit le maire. Toutes les demandes ne peuvent être satisfaites. Les habitants « seront choisis en fonction de leur envie ou non d’adhérer au projet », précise le maire. Ceux qui souhaitent s’installer dans ce petit village breton doivent ainsi montrer patte verte !



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