Ces initiatives qui changent le monde

De l’eau potable grâce à un filtre en céramique

Ouganda
Andrew KAGGWA | Daily Monitor
16/06/2018

Un à un, les élèves de l’école primaire Bright Little Angel se précipitent vers un distributeur d’eau bleu et blanc avec des gobelets en plastique coloré à la main. Quatre distributeurs de ce type, des « Purifaaya », sont disposés à différents endroits de cette école située à Nakawuka, dans le district de Wakiso, en Ouganda. Comme l’établissement n’a pas de cantine, il était essentiel qu’il propose de l’eau potable gratuitement. « Nous insistons sur l’importance de boire de l’eau car nous voulons que les élèves s’y habituent », explique Basajja Kirinya, directeur de l’école.

Selon l’OMS, plus de 800 millions de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à de l’eau potable. En Ouganda, les maladies transmises par l’eau restent une des principales causes de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Le programme « Eau et Assainissement » de la Banque mondiale note que les maladies diarrhéiques dues au mauvais assainissement ainsi que le temps passé à aller chercher de l’eau coûtent chaque année plus de 170 millions de dollars au pays.

Avant qu’un Bon Samaritain ne fasse don des distributeurs d’eau Purifaaya à l’école, les élèves buvaient essentiellement de l’eau bouillie. « Parfois, l’eau était encore chaude à l’heure du déjeuner ou bien nous étions obligés de la laisser dehors à l’air libre pour la refroidir. Le Purifaaya a changé beaucoup de choses », témoigne Basajja Kirinya.

Le filtre d’eau Purifaaya est fabriqué à Kampala par l’entreprise sociale Spouts of Water, basée aux États-Unis. Frappée par le manque d’accès à l’eau potable après avoir passé un été en Ouganda, Kathy Ku a cofondé la start-up avec un camarade étudiant à Harvard, John Kye, en 2012. En juillet 2015, le ministère de l’Eau et de l’Environnement ougandais a déclaré que le filtre Purifaaya était efficace à 99,9 %, rendant l’eau propre à la consommation.
Contrairement à la plupart des systèmes qui fournissent de l’eau potable dans les pays en développement, le filtre Purifaaya, situé à l’intérieur du distributeur en plastique, est un pot en céramique construit entièrement à base de matériaux locaux : de l’argile, de la sciure de bois et une fine couche de nitrate d’argent, pour améliorer l’élimination des bactéries. L’eau coule à travers le pot, en conservant son goût et son odeur, piégeant en même temps les virus, les polluants et les matériaux organiques et inorganiques d’une taille supérieure à un demi-micron. Son système de filtration s’appuie sur la gravité et permet un débit allant jusqu’à trois litres par heure.

Spouts of Water emploie 35 travailleurs locaux dans son usine, tout en développant un vaste réseau de partenariats pour assurer la distribution et toucher le plus grand nombre, indépendamment de la situation économique ou géographique de chacun. Pour une famille, par exemple, un ensemble complet de Purifaaya se vend à 100 000 shillings ougandais (27 dollars). Spouts of Water espère ainsi fournir de l’eau potable aux 10 millions d’Ougandais qui n’y ont toujours pas accès. Entre-temps, l’entreprise a également commencé à approvisionner le Congo voisin.


« Avant d’acquérir les distributeurs, nous faisions bouillir l’eau »
Bien que tous les filtres soient de la même taille, les distributeurs Purifaaya sont vendus, eux, en deux formats : un de 20 litres, principalement destiné aux familles, et un autre de 65 litres pour les entreprises ou les institutions. Depuis novembre 2015, plus de 1 600 filtres ont été distribués dans des écoles grâce à un programme de partenariat avec l’ONG Save the Children, approvisionnant en eau potable environ 30 000 élèves.
Annet Nakibinge, conseillère locale à Nakawuka, fait partie des 110 000 Ougandais qui ont accédé à l’eau potable depuis le lancement de Spouts of Water. Elle utilise le Purifaaya depuis cinq mois. À la tête d’une famille de neuf personnes, elle souligne que faire bouillir de l’eau tous les deux jours était une perte de temps et d’argent. « Avant d’acquérir les distributeurs, nous faisions bouillir l’eau et la filtrions », se souvient-elle. « Nous consommons environ 10 litres tous les deux jours », soit l’équivalent d’un dollar, dans un pays où environ 10 millions de personnes gagnent moins de 1,25 dollar par jour.


Un puits et un forage constituent les principales sources d’eau dans la région de la conseillère. Mais comme le puits est généralement contaminé à cause d’une utilisation fréquente, les gens se tournent vers le trou de forage pour obtenir de l’eau, qui semble propre mais contient souvent des objets métalliques et des morceaux de rouille.
Annet Nakibinge a joué un rôle déterminant en veillant à ce que davantage de familles dans la région obtiennent les distributeurs. Elle contribue régulièrement à organiser des réunions où les habitants découvrent l’importance de l’eau potable. Lors de ces réunions, ils reçoivent un rabais de 15 % sur l’achat d’un Purifaaya, qu’ils peuvent aussi payer à l’aide de versements mensuels, afin que tous puissent accéder au filtre.

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Un à un, les élèves de l’école primaire Bright Little Angel se précipitent vers un distributeur d’eau bleu et blanc avec des gobelets en plastique coloré à la main. Quatre distributeurs de ce type, des « Purifaaya », sont disposés à différents endroits de cette école située à Nakawuka, dans le district de Wakiso, en Ouganda. Comme l’établissement n’a pas de cantine, il était essentiel qu’il propose de l’eau potable gratuitement. « Nous insistons sur l’importance de boire de l’eau car nous voulons que les élèves s’y habituent », explique Basajja Kirinya, directeur de l’école.

Selon l’OMS, plus de 800 millions de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à de l’eau potable. En Ouganda, les maladies transmises par l’eau restent une des principales causes de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Le programme « Eau et Assainissement » de la Banque mondiale note que les maladies diarrhéiques dues au mauvais assainissement ainsi que le temps passé à aller chercher de l’eau coûtent chaque année plus de 170 millions de dollars au pays.

Avant qu’un Bon Samaritain ne fasse don des distributeurs d’eau Purifaaya à l’école, les élèves buvaient essentiellement de l’eau bouillie. « Parfois, l’eau était encore chaude à l’heure du déjeuner ou bien nous étions obligés de la laisser dehors à l’air libre pour la refroidir. Le Purifaaya a changé beaucoup de choses », témoigne Basajja Kirinya.

Le filtre d’eau Purifaaya est fabriqué à Kampala par l’entreprise sociale Spouts of Water, basée aux États-Unis. Frappée par le manque d’accès à l’eau potable après avoir passé un été en Ouganda, Kathy Ku a cofondé la start-up avec un camarade étudiant à Harvard, John Kye, en 2012. En juillet 2015, le ministère de l’Eau et de l’Environnement ougandais a déclaré que le filtre Purifaaya était efficace à 99,9 %, rendant l’eau propre à la consommation.
Contrairement à la plupart des systèmes qui fournissent de l’eau potable dans les pays en développement, le filtre Purifaaya, situé à l’intérieur du distributeur en plastique, est un pot en céramique construit entièrement à base de matériaux locaux : de l’argile, de la sciure de bois et une fine couche de nitrate d’argent, pour améliorer l’élimination des bactéries. L’eau coule à travers le pot, en conservant son goût et son odeur, piégeant en même temps les virus, les polluants et les matériaux organiques et inorganiques d’une taille supérieure à un demi-micron. Son système de filtration s’appuie sur la gravité et permet un débit allant jusqu’à trois litres par heure.

Spouts of Water emploie 35 travailleurs locaux dans son usine, tout en développant un vaste réseau de partenariats pour assurer la distribution et toucher le plus grand nombre, indépendamment de la situation économique ou géographique de chacun. Pour une famille, par exemple, un ensemble complet de Purifaaya se vend à 100 000 shillings ougandais (27 dollars). Spouts of Water espère ainsi fournir de l’eau potable aux 10 millions d’Ougandais qui n’y ont toujours pas accès. Entre-temps, l’entreprise a également commencé à approvisionner le Congo voisin.


« Avant d’acquérir les distributeurs, nous faisions bouillir l’eau »
Bien que tous les filtres soient de la même taille, les distributeurs Purifaaya sont vendus, eux, en deux formats : un de 20 litres, principalement destiné aux familles, et un autre de 65 litres pour les entreprises ou les institutions. Depuis novembre 2015, plus de 1 600 filtres ont été distribués dans des écoles grâce à un programme de partenariat avec l’ONG Save the Children, approvisionnant en eau potable environ 30 000 élèves.
Annet Nakibinge, conseillère locale à Nakawuka, fait partie des 110 000 Ougandais qui ont accédé à l’eau potable depuis le lancement de Spouts of Water. Elle utilise le Purifaaya depuis cinq mois. À la tête d’une famille de neuf personnes, elle souligne que faire bouillir de l’eau tous les deux jours était une perte de temps et d’argent. « Avant d’acquérir les distributeurs, nous faisions bouillir l’eau et la filtrions », se souvient-elle. « Nous consommons environ 10 litres tous les deux jours », soit l’équivalent d’un dollar, dans un pays où environ 10 millions de personnes gagnent moins de 1,25 dollar par jour.


Un puits et un forage constituent les principales sources d’eau dans la région de la conseillère. Mais comme le puits est généralement contaminé à cause d’une utilisation fréquente, les gens se tournent vers le trou de forage pour obtenir de l’eau, qui semble propre mais contient souvent des objets métalliques et des morceaux de rouille.
Annet Nakibinge a joué un rôle déterminant en veillant à ce que davantage de familles dans la région obtiennent les distributeurs. Elle contribue régulièrement à organiser des réunions où les habitants découvrent l’importance de l’eau potable. Lors de ces réunions, ils reçoivent un rabais de 15 % sur l’achat d’un Purifaaya, qu’ils peuvent aussi payer à l’aide de versements mensuels, afin que tous puissent accéder au filtre.

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