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Liban

Maroun Hitti, l’histoire d’un engagement acharné pour la sécurisation des frontières

Le portrait de la semaine

Le général à la retraite est aujourd’hui conseiller spécial du Premier ministre Saad Hariri pour la défense et la sécurité.

11/06/2018

Il est de ceux qui s’engagent corps et âme pour leur pays, pour un retour de l’autorité de l’État libanais sur l’ensemble du territoire et sur la totalité de ses frontières. Homme de terrain, mais aussi fin stratège, passionné à ses heures perdues de lecture et de littérature, le général de brigade à la retraite Maroun Hitti a reçu en mai dernier la décoration de l’ordre de l’Empire britannique, « pour les services rendus à la sécurité au Levant ». Une distinction que seuls trois autres Libanais détiennent. Et qui est la preuve du franc succès du projet de sécurité frontalière au Liban conjointement réalisé avec le Royaume-Uni. Un projet dont il a été « l’acteur central, tant au niveau de la conception que de la mise en œuvre », comme l’a affirmé lors de la cérémonie l’ambassadeur britannique, Hugo Shorter. Quatre régiments frontaliers terrestres, soit 4 000 hommes, ont alors été déployés à la frontière libano-syrienne et plus de 76 tours d’observation et bases opérationnelles ont été construites le long de cette même frontière. Ce qui a permis au Liban « de sécuriser et de défendre ses frontières avec la Syrie, pour la première fois de son histoire », a encore dit M. Shorter. 

La ligne est tracée
Aujourd’hui conseiller spécial du Premier ministre Saad Hariri pour la défense et la sécurité, le général Hitti revient pour L’Orient-Le Jour sur son rôle « d’élément déclencheur » dans le processus de sécurisation des frontières. « Nous assistons au retour de l’autorité de l’État aux zones frontalières avec la Syrie », souligne-t-il avec satisfaction, spécifiant que « la troupe est désormais postée à la frontière même avec la Syrie, et non pas à l’intérieur du territoire libanais ». Ce qui signifie que « la ligne entre le Liban et la Syrie est aujourd’hui tracée ». Quant au rôle imparti à la troupe, il réside « dans le contrôle des frontières », autrement dit, « dans la détection, la possibilité d’intervention, la possibilité de déploiement en surface, et enfin la possibilité d’appuyer ce déploiement par une intervention ». Le général de brigade précise au passage que « le programme n’est pas encore complètement achevé », qu’il est « exécuté à 95 % dans la zone frontalière avec la Syrie », et que « les choses continueront jusqu’aux frontières sud du pays ». Mais pour ce faire, « une décision politique est nécessaire ». 

Le point de départ de la sécurisation des frontières date de 2006, après l’invasion israélienne du pays. L’adoption de la résolution 1701 des Nations unies exigeait du Liban qu’il contrôle ses frontières et pas seulement celles avec l’État hébreu, dans le but d’empêcher la contrebande de matériel, d’armes et de personnes. « Le gouvernement décide alors de passer à l’action, d’abord avec le parrainage de l’Union européenne », rappelle le général de brigade. Des forces conjointes sont créées dans le but de contrôler les frontières. Mais ces forces, formées de contingents distincts de l’armée libanaise, des FSI, de la Sûreté générale et des douanes, se distinguaient par « leur dysfonctionnement ». Non seulement elles ne « répondaient pas concrètement à un seul commandement », mais « l’absence de stratégie » empêchait l’aboutissement du projet. Et puis « des divergences » sont apparues entre les différentes composantes de ces forces. Sans oublier que la population de la région frontalière, qui vivait principalement de contrebande, « voyait d’un mauvais œil le déploiement de soldats représentant la légalité » qui devrait la priver de ses ressources. 

Fin 2008, Maroun Hitti est nommé à la tête des opérations au sein de l’armée. La première force des frontières terrestres voit le jour en 2009. Un second régiment est posté à Ras Baalbeck, mais il manque cruellement d’équipements et d’hommes. « L’armée est pourtant soucieuse de montrer son intention d’appliquer la 1701 », rappelle l’officier supérieur. En 2011, sur base d’une promesse mutuelle de coopération militaire, signée entre le Liban et le Royaume-Uni, les deux parties s’engagent à mettre en place le Programme conjoint d’aide rapide à la sécurité des frontières terrestres. Le général Hitti le dirige et le développe jusqu’à son départ à la retraite en 2016, à l’âge de 58 ans. Il faut dire qu’il a le profil adéquat, avec un DEA en géopolitique et géostratégie de la Sorbonne, une éducation militaire en France, au Collège interarmées de défense notamment, « au sein de la 7e promotion, la meilleure », précise-t-il fièrement, et une bonne dose d’expérience. 

Un soldat n’est jamais à la retraite
Derrière cet accord bilatéral, réside certes « la nécessité pour le pays du Cèdre de rétablir la souveraineté, l’autorité et l’indépendance de l’État, renforcer la confiance du citoyen dans cet État, après de longues périodes d’occupations et d’interférences extérieures, après la perte aussi par l’État du monopole de la force ». Alors que le conflit syrien fait rage, « il devient par ailleurs essentiel de contenir la violence qui en découle, combattre la peur et l’insécurité générées par l’organisation terroriste Daech », note le général. Ce dernier tient à rendre hommage à tous ceux qui ont contribué au succès de l’opération, parmi lesquels ses collègues au sein de l’armée, les deux ambassadeurs britanniques successifs, Tom Fletcher et Hugo Shorter, mais aussi les États-Unis, qui n’ont pas manqué d’apporter leur contribution. Mieux encore, la structure du programme lié à la sécurité des frontières terrestres « sert aujourd’hui de modèle à d’autres gestions de donation ». « J’ai mis tout mon savoir dans la réalisation de ce projet », conclut-il.

Maroun Hitti estime qu’il a « eu de la chance dans sa carrière », que « chaque étape est importante ». Cet originaire de Damour, qui s’est particulièrement distingué dans la bataille de Souk el-Gharb, est peu disert sur les moments difficiles qu’il a vécus durant la guerre. « Le combat est tellement dur », se contente d’avouer celui qui a été fait grand officier de l’ordre national du Cèdre. En revanche, il se dit fier du travail qu’il a accompli en tant que chef du groupe tactique de protection de la commission d’enquête du TSL sur l’assassinat de Rafic Hariri, dans l’édification de projets tels que le plan de développement capacitaire, la proposition de loi sur l’âge de la retraite des officiers – « qui n’entraînera aucune surcharge financière », assure-t-il –, ou la donation saoudienne au Liban destinée à l’armée libanaise... « Même s’il n’a pas abouti, le projet de donation est considéré comme une réussite technique », assure le général. La France lui décerne alors la Légion d’honneur. 

C’est avec autant de fierté que, depuis un an déjà, il accomplit sa mission actuelle auprès de Saad Hariri, tout en abordant sa retraite avec sérénité. A-t-il des projets d’avenir ? « Je n’ai jamais arrêté d’être un soldat. Et un soldat, comme un médecin, n’est jamais à la retraite », soutient-il. Fort de son bagage théorique, de sa méthode et de cette expérience « susceptibles de décupler l’efficacité opérationnelle des forces armées libanaises », Maroun Hitti ira donc là où il peut se rendre utile, « si jamais l’État décide d’utiliser (s)es capacités ». 


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TYAN Georges

Un soldat n’est jamais à la retraite, mais il quitte l’active trop jeune, que serait-ce quand il est valeureux comme le général Hitti.

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