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Moyen Orient et Monde

Un « carton rouge » pour Israël, privé de Messi

Décryptage

Sous la pression d’acteurs palestiniens, l’équipe argentine de football a renoncé à disputer un match amical contre la sélection israélienne à Jérusalem.

07/06/2018

Entraînée à son insu dans un match au caractère extrasportif, la sélection argentine a fini par déclarer forfait. Le match de préparation au Mondial 2018 contre Israël, prévu samedi à Jérusalem, a été annulé sous la pression des Palestiniens. L’annulation arrive quelques heures après une mobilisation devant le terrain d’entraînement de l’Abiceleste à Barcelone, où des militants palestiniens ont agité des maillots argentins maculés de peinture rouge sang et apostrophé les joueurs. C’est un « carton rouge » infligé à l’État hébreu, estime le président de la Fédération palestinienne de football (FPF) Jibril Rajoub. L’affaire a fait l’actualité en début de semaine, lorsque M. Rajoub a menacé Lionel Messi d’appeler de brûler son maillot si la star de la sélection argentine participait au match. La menace peut faire doucement sourire, à mettre sur le dos de l’impulsivité d’un supporter de foot contrarié. 

Précédemment chef des forces de sécurité de Cisjordanie et conseiller à la Sécurité nationale de Yasser Arafat, Jibril Rajoub a pourtant réussi son pari. Beaucoup d’éléments portent à croire que Tel-Aviv s’est démené pour sauver une rencontre à l’intérêt sportif quasi nul, mais qui aurait fait excellente figure dans l’histoire des festivités liées aux 70 ans de l’État hébreu. Il semble en effet que les décideurs sportifs argentins se soient un peu fait forcer la main. En conférence de presse mardi à Buenos Aires, le sélectionneur Jorge Sampaoli s’est plaint de devoir jouer en Israël. « Ce n’est pas moi qui décide quand on joue et contre qui, a déclaré M. Sampaoli à l’issue d’un match amical disputé contre Haïti. D’un point de vue sportif, j’aurais préféré le jouer à Barcelone, mais c’est comme ça, on doit voyager la veille du match, jouer en Israël, contre Israël, puis de là aller en Russie, c’est la programmation que nous a donnée l’AFA (l’Association du football argentin). »


(Pour mémoire : Mondial-2018/Amical : les Palestiniens appellent Messi à ne pas affronter Israël)


Messi en Terre sainte
L’organisation du match a suscité une controverse israélo-israélienne. Les médias argentins et israéliens ont rapporté que l’organisateur de la rencontre, la société israélienne privé Comtec, devait verser à la fédération argentine un cachet de 2 à 3 millions de dollars, selon que Messi jouerait ou non. Un footballeur idolâtré et un décor choisi : le match devait initialement se tenir dans la ville septentrionale de Haïfa, mais la ministre israélienne de la Culture et des Sports Miri Regev a fait en sorte que le stade Teddy de Jérusalem-Ouest abrite la rencontre. Mme Regev a admis que son ministère avait dépensé l’équivalent d’à peu près 700 000 dollars pour sécuriser le décor hiérosolymitain. « Jérusalem vaut chaque shekel », s’est justifiée la ministre à la radio militaire lundi. Troisième source de polémique : la distribution des places dans le stade. Seules 20 000 ont été ouvertes au grand public sur les plus de 31 000 sièges disponibles du Teddy de Jérusalem. Dix mille places ont été bloquées pour des employées de ministère. Cette coloration très officielle voulue par les autorités israéliennes laisse penser que le football était juste un prétexte pour mettre en scène Jérusalem, capitale hôte d’un événement sportif rendu autrement prestigieux par la venue du numéro 10 de la sélection adverse. « Au lieu de football, Miri Regev a voulu de la politique, et elle a obtenu de la politique, et ceux qui paieront le prix sont les fans qui se réjouissaient de ce match historique. C’est une énorme farce qui donne un élan immense à la campagne BDS (Boycott Desinvestment Sanctions) contre Israël », a déclaré mardi soir le député Itzik Shmuli (Union sioniste) à propos de l’annulation du match. 


(Pour mémoire : Ruée sur les billets pour voir Messi à Jerusalem)



Terrorisme footballistique
Tel-Aviv a tenté dans un premier temps de minimiser le désistement argentin, ramenant l’affaire à un problème strictement sécuritaire. « Ce qui se passe a honnêtement moins trait au boycott. Il y a une bonne amitié avec l’Argentine, des relations formidables. À cause de l’incitation à la violence et des menaces de Jibril Rajoub, ainsi que toute la comédie des tee-shirt ensanglantés, l’inquiétude est montée chez le personnel de sécurité et les joueurs ont commencé à craindre d’être agressés physiquement à Jérusalem (…) C’est une soumission à la violence et au terrorisme que les Palestiniens recherchent, mais regardons l’image globale et ramenons les choses à leur juste proportion », a déclaré hier le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan sur la radio israélienne. Mais la Fédération israélienne de football ne compte pas en rester là. Elle a annoncé hier le dépôt d’une plainte auprès de la FIFA contre la Fédération palestinienne. Son vice-président Rotem Kamer a évoqué devant la presse « un acte de terrorisme footballistique ». 

Une star vénéré du football international affrontant la sélection israélienne dans « sa » capitale, avec des personnalités de premier plan dans les tribunes pour accentuer le trait officiel de l’événement : les Palestiniens ont probablement déjoué un très bon coup de l’entreprise de normalisation israélienne. Amener Lionel Messi à Haïfa aurait déjà procuré une belle vitrine à l’État hébreu. Miri Regev a voulu doubler la mise en déplaçant le jeu à Jérusalem, et ce faisant, pris le risque qu’il n’y ait pas de match du tout. L’emballement de la contestation était prévisible, tout autant que la frilosité redoublée des Argentins. Si le mouvement international de boycott de l’État hébreu, dit BDS, a fait campagne contre la rencontre Israël-Argentine, c’est l’effort palestinien domestique qui a fait reculer l’Abiceleste. Une victoire qui appartient aux Palestiniens et représente ainsi une piste de réflexion pour la suite. Sans compter que le coup de poker malchanceux de Mme Regev a créé un précédent. La marche arrière de l’équipe argentine invite les Palestiniens à reproduire ce genre de campagne non violente qui touche l’opinion publique internationale.

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