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Des tractations s'intensifient pour un transfert d'autorité à Hodeida

Yémen

Parmi ces conditions, le paiement des salaires des fonctionnaires dans les territoires contrôlés par les rebelles, la réouverture de l'aéroport de Sanaa aux vols commerciaux, la levée totale du siège des ports et l'arrêt des raids aériens de la coalition.

OLJ/AFP
05/06/2018

Des tractations impliquant l'ONU se sont intensifiées dans le Yémen en guerre pour éviter une bataille entre des rebelles contrôlant le port de Hodeida (ouest), crucial pour l'aide humanitaire, et des forces progouvernementales appuyées par Riyad et Abou Dhabi qui s'en rapprochent.

Des sources politiques yéménites ont fait état d'une proposition de transfert du port de Hodeida sous la supervision directe des Nations unies. Mais les insurgés ont posé "des conditions impossibles" en échange de leur retrait de cette grande ville sur la mer Rouge, a affirmé un responsable du camp gouvernemental opposé aux rebelles.

L'envoyé spécial de l'ONU Martin Griffiths a, lui, exprimé sa profonde préoccupation à l'issue d'une visite dans le pays, mardi.  "Outre les conséquences humanitaires d'une bataille (à Hodeida) qui peuvent être évitées, je suis aussi très inquiet concernant l'impact d'une telle attaque sur le processus politique" que l'ONU est "déterminée à faire avancer", a dit le médiateur britannique.

Martin Griffiths était depuis samedi dans la capitale Sanaa, également aux mains des rebelles houthis soutenus par l'Iran, après avoir rencontré le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi dans la capitale saoudienne Riyad.

"L'envoyé spécial discute avec les parties des pas à effectuer pour faire baisser les tensions, notamment à Hodeida", point d'entrée d'une bonne partie des importations et de l'aide humanitaire au Yémen, a déclaré le porte-parole des Nations unies à New York, Stéphane Dujarric.


(Lire aussi : L’émissaire spécial de l’ONU à Sanaa, l’étau se resserre sur Hodeida)


"Doigt sur la gâchette"
Lors d'une rencontre lundi à Sanaa avec M. Griffiths, un responsable politique rebelle, Mehdi al-Mashat, a confirmé que des négociations étaient en cours et que les houthis étaient prêts à avancer si l'autre camp faisait preuve de bonne foi.
"Tout comme notre doigt est sur la gâchette pour défendre notre nation, sa souveraineté, sa sécurité, son unité et son indépendance, nous tendons la main de la paix chaque fois que les autres parties montrent qu'elles sont sérieuses", a dit M. Mashat, cité par l'agence de presse rebelle Saba. Il a appelé l'ONU à "jouer son rôle pour alléger la crise humanitaire provoquée par l'agression" menée, selon lui, par les forces progouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite.

Selon des sources politiques yéménites, parmi des conditions posées par les houthis pour un éventuel retrait du port de Hodeida figurent le paiement des salaires des fonctionnaires civils et militaires dans les territoires contrôlés par les rebelles, la réouverture de l'aéroport de Sanaa aux vols commerciaux, la levée totale du siège des ports yéménites et l'arrêt des raids aériens de la coalition saoudienne. Il y a d'autres conditions, selon ces sources, notamment des excuses pour la mort d'un chef rebelle, Saleh al-Samad, tué dans une frappe de la coalition en avril dans la province de Hodeida.
"Les houthis ont adopté une position inflexible et posé des conditions qui bloquent les efforts visant à parvenir à une solution politique", a déclaré à l'AFP à Riyad un haut responsable yéménite.


(Lire aussi : Les enjeux de la bataille de Hodeida)


"Conditions"
"Pour l'heure", a-t-il ajouté, le médiateur de l'ONU "a échoué dans ses efforts pour convaincre (les houthis) de se retirer (de Hodeida) sans se battre et de remettre le port à l'ONU, en raison des conditions" rebelles selon lui.

Lundi soir, à Riyad, le porte-parole de la coalition a affirmé que l'alliance anti-rebelles s'était rapprochée un peu plus de Hodeida.  "L'armée yéménite appuyée par des forces de la coalition sont à neuf kilomètres de Hodeida", a assuré le colonel saoudien Turki al-Maliki en citant l'objectif de "libérer" la ville portuaire. "Nous recevons des renforts" et "retirons des mines" avant d'autres opérations, a-t-il dit.

Par ailleurs, l'officier a indiqué que la défense antiaérienne saoudienne avait intercepté un missile balistique tiré depuis le Yémen vers la ville saoudienne de Yanbu (ouest), sans qu'il y ait de victime. Les tirs de missiles rebelles vers l'Arabie saoudite se sont intensifiés depuis novembre. Riyad accuse Téhéran de fournir ce type d'armements aux houthis, ce que l'Iran dément. Outre Hodeida et Sanaa, les houthis, issus de la minorité zaïdite (branche du chiisme), contrôlent depuis fin 2014 de vastes régions du nord et de l'ouest.

En mars 2015, l'Arabie saoudite a pris la tête d'une coalition militaire pour venir en aide au gouvernement internationalement reconnu qui s'est réfugié dans le sud et, pour le président, à Riyad. Le conflit yéménite a fait près de 10.000 morts, plus de 55.000 blessés et provoqué, selon l'ONU, "la pire crise humanitaire du monde".



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