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Moyen Orient et Monde

Les enjeux de la bataille de Hodeida

Yémen

Les forces de Abd Rabbo Mansour Hadi et de la coalition menées par Riyad cherchent à prendre la ville des mains des houthis, faisant craindre une dégradation de la situation humanitaire.

Julie KEBBI | OLJ
31/05/2018

La guerre au Yémen entre actuellement dans une nouvelle phase, alors que le conflit s’éternise depuis trois ans entre les rebelles houthis et les forces du président Abd Rabbo Mansour Hadi, appuyées par la coalition internationale menée par l’Arabie saoudite. Tous les yeux sont désormais tournés vers Hodeida alors que les membres de la coalition ont lancé l’offensive pour prendre cette ville portuaire à l’ouest du pays des mains des houthis. Et pour cause : Hodeida représente un point-clé stratégique grâce à son accès privilégié à la mer Rouge par lequel transite 70 % de l’aide humanitaire. 

L’opération est prévue depuis plusieurs semaines alors que les Émirats arabes unis, qui chapeautent différents groupes sur le terrain, ont déjà agité la menace d’une intervention de la coalition sur la ville dès la mi-mai. Désormais, « il ne reste plus que 20 kilomètres environ jusqu’à Hodeida et les opérations se poursuivent », avait déclaré lundi le porte-parole de la coalition, Turki el-Maliki. Selon des médecins sur place, au moins 53 rebelles sont morts dans les combats mardi tandis que 7 ont péri du côté des forces loyalistes et 14 ont été blessés.Les rebelles se sont empressés d’appeler à une « mobilisation générale » dès lundi tandis que le « gouverneur » de Sanaa, capitale yéménite au nord et sous le contrôle des houthis, a souligné la nécessité de « défendre tous les fronts, en particulier celui de l’Ouest ». Il a par ailleurs mis en avant « une responsabilité religieuse et patriotique » des rebelles. Le chef des houthis, Abdel Malik al-Houthi, a déclaré la veille que « l’ennemi peut ouvrir un front à Hodeida, mais il lui sera impossible de remporter la bataille », avant d’insister sur le fait que les « percées des forces adverses peuvent être contenues ». Le site de la chaîne d’information houthi, al-Masirah, a en outre rapporté hier que « les services de sécurité ont arrêté une cellule d’agression qui surveille les lieux et les mouvements de l’armée et les comités populaires dans la province de Hodeida ». « Une source de sécurité a indiqué que la cellule se compose de quatre éléments de la direction de Durahmi (dans le gouvernorat de Hodeida) qui œuvraient à recruter plus de vingt personnes en faveur des pays d’agression », est-il ajouté.


(Lire aussi : "Mobilisation" des Houthis pour défendre le port stratégique de Hodeida)


Revers violent
 « Jusqu’à présent, les houthis n’ont pas activement résisté aux mouvements des forces de la coalition » , indique à L’Orient-Le Jour Gerald Feierstein, ancien ambassadeur américain au Yémen de 2010 à 2013 et directeur du Middle East Institute. Ils pourraient cependant opposer une résistance farouche aux forces loyalistes, en bénéficiant de leur connaissance assidue du terrain. « Les houthis continuent de contrôler les points sur les hauteurs autour de la ville et la route menant à Hodeida », précise l’ancien ambassadeur. Dans le scénario espéré par le camp loyaliste, l’opération devrait infliger un revers violent aux houthis tout en faisant pencher le rapport de force en leur faveur sur les terrains politique et militaire. Une stratégie qui pourrait être à double tranchant et se retourner contre Riyad si les rebelles décidaient d’intensifier les lancements de missiles en direction des villes frontalières d’Arabie saoudite, en réponse à cette offensive. Le temps que pourrait prendre l’opération reste tout aussi incertain, ont souligné de nombreux observateurs hier sur les réseaux sociaux. Plus elle durera, plus les dégâts seront importants tant sur les infrastructures que sur la population yéménite.

La situation est d’autant plus délicate que la coalition bloque l’accès au port de Hodeida depuis novembre dernier, compliquant l’approvisionnement en aide humanitaire dans le nord du pays tandis que l’aide à destination du Sud, aux mains des forces loyalistes, transite par le port d’Aden. « Hodeida n’est actuellement pas accessible au vu des hostilités en cours », affirme à L’OLJ Johan Lefebvre Chevallier, responsable du bureau Moyen-Orient à Solidarités International. « Selon nos informations, les humanitaires sont arrêtés aux points de contrôle, ce qui représente un vrai défi » pour approvisionner les populations, poursuit-il. Selon M. Lefebvre Chevallier, « personne n’a une très bonne visibilité sur la zone alors que le conflit se déroule dans un contexte très fluide ».


(Pour mémoire : Assassinat du chef politique des Houthis, menaces de vengeance)



Déplacement interne
Les organisations humanitaires craignent l’ampleur de l’impact que peuvent avoir ces nouvelles opérations militaires sur le pays, qui se trouve déjà dans une situation catastrophique et où la population civile paye le prix. Les chiffres de la « pire crise humanitaire dans le monde » font froid dans le dos. Selon un document de la Commission européenne en date du 3 avril, 22,2 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, ce qui équivaut à 80 % de la population. Parmi elles, 17,8 millions sont en « situation d’insécurité alimentaire », 16,4 millions ont « besoin de soins de santé de base » et 16 millions « n’ont pas accès à l’eau potable et aux sanitaires ». S’ajoutent à cela les mises en garde incessantes des ONG quant à une possible relance du choléra avec la saison des pluies. L’épidémie, qui marque l’une des pires crises sanitaires, a déjà fait 2 400 morts entre 2016 et le mois de mars dernier. Aucun élément ne permet cependant de savoir pour le moment quelle seraient les mesures prises par les forces loyalistes et celles de la coalition si elles venaient à mettre la main sur Hodeida. L’opération sur Hodeida pourrait également pousser à de nouveaux mouvements de populations, alors que 3 millions de personnes sont déjà déplacées à l’intérieur du pays, précise le texte de la Commission européenne. « L’impact risque d’être énorme si les populations redescendent vers le Sud pour s’éloigner des combats », observe M. Lefebvre Chevallier.Seul motif d’espoir, les pourparlers qui ont débuté en février entre l’Iran, qui approvisionne à demi-mot les houthis en armes, et les pays européens pour trouver une solution de paix vont de l’avant, a rapporté Reuters mardi. « Bien que les houthis ne soient pas contrôlés par l’Iran, les Iraniens ont une influence sur eux », note M. Feierstein. « Leur participation active dans l’effort international pour promouvoir de nouvelles négociations sous les auspices de l’ONU seraient utiles », ajoute-t-il. Le succès de ces pourparlers reste toutefois difficile à entrevoir, alors que Riyad, le parrain du président Hadi, n’est pas à la table des négociations et que chaque partie rejette la responsabilité du conflit sur l’autre. L’envoyé spécial pour le Yémen, Martin Griffiths, a par ailleurs déclaré en avril « vouloir présenter un plan pour des négociations dans les deux mois pour mettre un terme au conflit, mais a averti que toute nouvelle offensive militaire pourrait “retirer la paix de la table” », rappelle Reuters.




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