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Moyen Orient et Monde

V- La cause palestinienne mobilise-t-elle encore les jeunes ?

Les 70 ans de la Nakba

La Nakba. Certains associent cette date à la genèse du malheur arabe. D’autres considèrent qu’elle n’est qu’un événement parmi d’autres dans une histoire contemporaine essentiellement façonnée par les conflits au Proche et au Moyen-Orient. L’histoire de la région aurait-elle été marquée par la paix et la stabilité si la Nakba n’avait pas eu lieu ? Probablement pas. Mais il est peu dire que l’événement, qui fait référence à la création d’Israël le 15 mai 1948, a bouleversé toute une région, a traumatisé plusieurs générations et a fait germer une multitude de conflits au cours de ces sept dernières décennies. Il y a 70 ans, la création d’Israël devenait le symbole de l’humiliation arabe. C’est cette histoire, ce qu’il en reste mais aussi son évolution côté palestinien comme côté israélien que « L’Orient-Le Jour » a voulu faire revivre à l’occasion de cet anniversaire malheureux qui va être commémoré dans un contexte explosif. Le cinquième épisode aujourd’hui...

18/05/2018

Qu’est-il donc advenu de la mobilisation du monde arabe, de sa jeunesse surtout, pour la cause palestinienne ? Et que dire de la perception de plus en plus généralisée que cette question autrefois centrale n’est plus qu’un sujet périmé ? Car 70 ans se sont écoulés depuis la proclamation de l’État d’Israël, le 15 mai 1948. À partir des années 1950 et 1960, la question palestinienne devient une question arabe. Partout, et dans les universités, surtout, c’est l’effervescence. La jeunesse arabe veut en découdre. La mobilisation devient générale, notamment grâce à Gamal Abdel Nasser, qui devient le fer de lance du nationalisme arabe. La débâcle de la guerre des Six-Jours, en juin 1967, ouvre la voie à la résistance palestinienne. Et malgré la récupération politique de la question palestinienne, la ferveur populaire des jeunes, surtout, reste intacte.

Mais cet enthousiasme commence à s’étioler au fil des décennies et des conflits qui agitent la région. La désillusion et la lassitude font leur effet sur l’opinion publique. D’une part, la rancune à l’encontre des Palestiniens même s’approfondit. Les centaines de milliers de réfugiés chassés de chez eux dans les années 1940 commencent à peser sur les pays voisins, et pas seulement sur le plan économique. Sur le plan politique interne aussi, la présence palestinienne devient problématique. Tous les gouvernements de la région, ou presque, s’attirent les foudres d’Israël à cause des agissements de la résistance palestinienne à partir de leurs terres. Au Liban ou encore en Jordanie, entre autres, le fossé se creuse entre partisans et détracteurs de la résistance palestinienne. Tout en faisant la nette différence entre les actions palestiniennes sur le terrain et la cause même. L’un des exemples les plus flagrants de cette tendance est le Septembre noir. Ce conflit, qui se déclenche le 12 septembre 1970, opposa le roi Hussein de Jordanie et les fedayine de l’OLP, qui ont plus d’une fois tenté de renverser le souverain hachémite.
D’autre part, le sentiment d’abandon – matériel, militaire, politique – ressenti par les Palestiniens à l’encontre de leurs parrains arabes, grandit, d’autant que des gouvernements de la région commencent, à partir des années soixante-dix, à se résoudre à la présence de l’État hébreu. C’est bien sûr le cas de l’Égypte d’Anouar el-Sadate, qui conclut en 1979 la paix avec Israël. Ce sera, 15 ans plus tard, le cas aussi de la Jordanie du roi Hussein. Récemment, Bahreïn, exprimant implicitement la position des monarchies du Golfe, est allé jusqu’à affirmer qu’Israël avait le droit de se défendre, après des frappes contre des cibles iraniennes en Syrie. Ces propos ne semblent toutefois pas remettre en question la position du Golfe sur la question palestinienne à proprement parler.
D’ailleurs, les responsables palestiniens eux-mêmes, dans le cadre des accords d’Oslo signés en 1993, reconnaissent le droit d’Israël à exister.


(Lire aussi : Le Hamas toujours en quête de légitimité politique à Gaza)

Jeunes icônes
La disparition de grandes figures palestiniennes ou arabes, à l’instar de Yasser Arafat, l’écart générationnel, la montée en puissance de l’islamisme radical mais aussi, et surtout, les soulèvements arabes qui commencent entre fin 2010 et début 2011 confortent le sentiment d’une « relativisation » de la cause palestinienne au profit de conflits plus « pressants ». À lui seul, le conflit syrien, dont les répercussions se font ressentir à l’échelle régionale, et même internationale, et qui a fait plus de morts que tous les conflits israélo-arabes et la répression israélienne en Palestine réunis, donne l’impression d’occulter la question palestinienne.
 « Faux », assène Sari Hanafi, sociologue et professeur à l’Université américaine de Beyrouth. « À chaque fois que quelqu’un a voulu réclamer des droits, on en a conclu que cela détournait l’attention générale de la cause palestinienne. Les gens peuvent soutenir plus d’une cause. On peut très bien s’indigner du projet de colonisation israélienne, mais aussi du diktat arabe, ou encore du conservatisme social profond », estime le chercheur, selon lequel il n’y a pas de « compétition » entre les causes.


(Lire aussi : « À Gaza, il faut faire de la place pour la prochaine vague de blessés »)


Des figures emblématiques, et surtout jeunes, comme Ahed Tamimi ou Jana Jihad, omniprésentes sur les réseaux sociaux, donnent un nouveau souffle à ce combat de plus de 70 ans. Conséquence directe de ce sursaut, ces mêmes jeunes ne sont pas épargnés par les forces de sécurité, malgré leur jeune âge. « En Palestine, le phénomène récent qui se profile est la répression des enfants. On l’a vu au cours de la première intifada, en 1986, puis de la seconde, en 2000. Tout le monde se souvient de Mohammad el-Dorra. Aujourd’hui, cela continue. Cela ne se limite pas à la Palestine. Au début du conflit syrien, le jeune Hamza, l’horreur des tortures qui lui ont été infligées et sa mort sont l’un des facteurs les plus marquants du début de la guerre », avance l’auteur et activiste libanais Élias Khoury. Pour lui, la cause palestinienne n’est pas moins actuelle, elle a juste subi des mutations. Et la Nakba s’est étendue à toute la région. « Vient un moment où ceux qui vivent cela veulent panser leurs plaies. Dans les années 1950, la Palestine était la seule question qui se posait. Aujourd’hui, elle est l’une des questions. La blessure n’a fait qu’empirer », déplore-t-il.
Pour certains observateurs, le soutien populaire arabe aux Palestiniens se fait de plus en plus sporadique, en apparence du moins. Bien que sincère, il ne semble se manifester qu’occasionnellement, comme à chaque offensive israélienne contre la bande de Gaza, avant de se tarir jusqu’à la prochaine guerre. Pour Élias Khoury, cette décélération est due à la réaction des gouvernements de la région. « En Syrie, en Égypte, en Irak, où y a-t-il encore des protestataires ? La répression a été si sévère qu’elle a ôté le goût de manifester. Cela ne veut pas dire que l’attention est aujourd’hui moindre », affirme-t-il. Quid des pays du Golfe ? « Ces pays sont les plus répressifs du monde et ils font les yeux doux à Israël », lance l’auteur, tandis que pour Sari Hanafi, les nouvelles générations des pays du Golfe « ne sont pas représentatifs de toute la jeunesse arabe ».


Les autres articles du dossier

IV- De Ben Gourion à Netanyahu, la « dérive de l’utopie » israélienne

III – Entre Palestiniens et Arabes, une histoire d’instrumentalisation et d’abandon
II – De Abdallah Ier à David Ben Gourion, les principaux acteurs de la Nakba

I – Les archives orales, pour raconter la Nakba


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Eleni Caridopoulou

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