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Moyen Orient et Monde

Quand les Syriennes cherchent un mari sur internet...

Témoignages

Un groupe fermé sur Facebook a été créé pour permettre aux jeunes Syriens de trouver l’âme sœur tout en respectant les traditions locales.

23/04/2018

« Si cette guerre continue, on se dirige vers une république de femmes. Tous les jeunes hommes ont quitté la Syrie. Ma seule chance de ne pas finir seule est d’épouser un soldat qui peut être tué à tout moment », confie Safa, 23 ans, réfugiée en Turquie. Comme beaucoup d’autres jeunes femmes en Syrie, ou dans les pays voisins, Safa est récemment devenue membre d’un groupe fermé sur Facebook qui permet aux jeunes Syriens de se rencontrer et de se marier. Une façon de compenser la « pénurie » d’hommes, résultante de plus de sept ans de guerre.

Avant le début du conflit en 2011, la société syrienne comptait 51 % d’hommes. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 35 %. « Chez moi à Alep par exemple, on ne croise pas beaucoup de jeunes hommes dans les rues, dans les magasins ou dans les universités », confie un étudiant. Une absence due au service militaire obligatoire, aux affres de la guerre, mais aussi à la cherté de vie qui ont poussé les jeunes à fuir le pays, réduisant près de 70 % des jeunes femmes syriennes au célibat forcé. Parmi elles, nombreuses sont celles qui choisissent de se tourner vers les réseaux sociaux afin de trouver un mari.

« Les hommes pensent que si on veut fonder une famille c’est qu’on ne pense qu’au sexe. Du coup, beaucoup s’inscrivent en pensant que nous autres, jeunes femmes, ne cherchons qu’à nous amuser », raconte Leila, 27 ans, qui réside dans le rif de Damas. En dépit de cela, elle a rejoint un groupe de rencontre sur Facebook parce qu’il lui paraît quasi impossible de rencontrer quelqu’un dans le « monde réel ». Pourtant, démarrer une relation avec un inconnu sur la Toile lui paraissait comme quelque chose d’inconcevable. « Avant 2011, j’en recevais des demandes en mariage. Maintenant, c’est le néant. Les hommes sont soit détenus, soit à l’étranger, ou pire, morts », dit-elle.


Jamais de photos

Nour, 53 ans, est l’administratrice d’un groupe de rencontres sur Facebook qui compte plus de 15 000 membres. Motivée par le seul fait d’aider les jeunes Syriennes célibataires à trouver un partenaire, qu’il soit encore en Syrie ou réfugié à l’étranger, elle met en relation des individus, toutes confessions confondues, tout en respectant les traditions et les lois syriennes. « Notre groupe n’est pas une alternative à la réalité, mais nous voulons juste rapprocher les gens entre eux », raconte l’administratrice, réfugiée en Arabie saoudite. « Nous ne donnons pas seulement un coup de pouce aux jeunes filles, mais aussi aux milliers de Syriens dans la région ou en Europe, pour qui il est difficile de trouver une femme qui partage les mêmes valeurs et les mêmes traditions », poursuit-elle. Elle assure ne pas tirer profit des mariages arrangés par ses soins. Environ un couple par semaine se forme et se fiance. Afin d’éviter toute rencontre malencontreuse, Nour a établi une règle de base : ne jamais divulguer le numéro de téléphone, le compte Facebook ou autres données privées des jeunes femmes. « Nous donnons l’âge, le degré d’études ou le métier, et une brève description physique de la personne. Jamais de photos », précise Nour qui alerte automatiquement les parents si deux profils correspondent. Le célibataire obtient par la suite une adresse où les deux familles peuvent se rencontrer dans le strict respect des traditions syriennes.


« Les hommes peuvent mentir »

Bien qu’au départ hésitante à tenter sa chance sur les réseaux sociaux, Cham, 25 ans, résidant elle aussi en Turquie, a sauté le pas. « Le fait de voir qu’il y a eu de nombreux mariages conclus sur internet, et au vu de la situation dans laquelle nous autres Syriens sommes plongés, je me suis dit qu’il était temps de me lancer, même si ça me paraît un peu bizarre », raconte Cham. Ses parents n’ont pas montré de réticence à ce que leur fille rencontre son futur mari en ligne, tant que les traditions sont respectées. « Les hommes peuvent mentir sur leur âge, leur travail ou autre, donc je ne peux pas me passer de l’œil avisé de mes parents qui ont plus d’expérience que moi », dit-elle.

Maya, 28 ans, a rencontré son mari l’an dernier à travers le groupe Facebook. Elle a ainsi quitté la Turquie pour venir habiter avec lui en Arabie saoudite. « C’est sûr qu’au début, j’avais peur, je craignais que ce soit une plate-forme juste pour s’amuser, ou que l’homme, que j’ai fini par épouser, soit en fait un menteur », raconte-t-elle. Maya n’a pas tout de suite cru en la demande de mariage de son futur mari, préférant lui dire d’arrêter de lui parler et de contacter ses parents. « J’ai été surpris que ça marche et je remercie Dieu pour cela », confie la jeune épouse qui espère que ses compatriotes auront la même chance qu’elle.


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