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La Dernière

Nabil et Zoé Debs, anges gardiens des vieilles pierres

Patrimoine

Une pépite architecturale à Mar Mikhaël a été sauvée des griffes d’un promoteur immobilier.

May MAKAREM | OLJ
17/04/2018

Du Liban à la Grande-Bretagne, en passant par Cuba, la France et la Syrie, Nabil Debs, ancien gestionnaire de fonds, collectionne les bâtisses d’intérêt patrimonial qu’il restaure et reconvertit en arts clubs couplés d’hôtels de charme aux ambiances différentes. Son principe est de faire comme si chaque lieu qu’il rénove était son propre home. Il le meuble en y intégrant des pièces et objets design, des peintures et des installations artistiques qu’il assemble avec passion. Ainsi réaménagées, ces maisons, loin de perdre leur âme, gagnent en beauté et authenticité.

Nabil Debs et son épouse Zoé ont fait leurs premières gammes à Bray on Thames, près de Windsor, dans le Berkshire. Dans cette banlieue chic de Londres où les Pink Floyd, Elton John, et Diana Ross ont élu domicile, ils ont transformé leur domaine victorien en hôtel de charme doté d’un centre d’art, le River Arts Club, où, dit-il, « les artistes viennent travailler et exposer ». Le même modèle sera transposé dans leurs propriétés à Megève et à Saint-Tropez, ainsi qu’à La Havane, où le couple vient d’acquérir un bâtiment datant de 1900, présentant des éléments décoratifs néobaroques. Au cœur de Beyrouth, à la rue Gouraud, la magnifique demeure que Nabil Debs a héritée de ses aïeuls est en cours de mutation pour abriter le Beirut Arts Club, dont l’ouverture est prévue dans quelques mois. Afin de préserver le cadre privilégié de ce nouveau centre culturel, Nabil Debs a investi dans un lot de maisons centenaires adjacentes, présentant un intérêt architectural certain. Elles auront une nouvelle vocation, celle d’un établissement hôtelier offrant aux touristes l’atmosphère historique et élégante d’un certain art de vivre à la libanaise.



Cette expérience du luxe authentique et durable s’étendra à Mar Mikhaïl, où Nabil Debs et son épouse ont également acheté une demeure bourgeoise de trois étages, rue d’Arménie. Elle avait été conçue en 1890 par un architecte italien pour le banquier Salim Habib el-Boustani, qui y a vécu avec sa femme Adèle, née Bahout, et leurs quatre filles et deux fils. L’un des deux, Victor, pharmacien, avait installé son laboratoire dans le jardin, dans une petite maison où la pierre de taille se déployait en voûte. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les deux derniers étages du bâtiment avaient été loués à des officiers britanniques, dont l’un d’eux, Frank Armour, est tombé amoureux de l’une des filles Boustany, Georgette, et l’a épousée. Mais depuis plusieurs décennies, cette oasis de luxe établie sur 1 100 m2 a été totalement abandonnée, les descendants de Salim Habib el-Boustani ayant peu à peu délaissé les lieux pour des appartements plus confortables. En 2003, ils vendent leur héritage au promoteur syrien Nader Kalii, dont le projet était de tout démolir pour laisser place à une grande construction moderne. C’était compter sans le coup de cœur de Nabil et Zoé Debs, qui ont jeté leur dévolu sur la vieille bâtisse aux triples arcades, qu’ils rachètent à Kalii en automne 2017. Il leur cède, du même coup, l’hôtel Le Talisman 2, une maison traditionnelle damascène de 300 ans située à Haret Sitt Roukia, au cœur de la vieille ville de Damas.

La maison aux trois arcades
Revitaliser le sanctuaire de Salim el-Boustany est l’objectif des Debs. Si la petite maison du jardin a été rasée au cours d’une nuit, en 2010, la grande demeure aux tuiles rouges a fermement résisté aux assauts du temps et les obus lâchés lors de la guerre civile du Liban. Même si la menuiserie en bois qotrani peint a été endommagée par les intempéries, les plafonds et les murs ont conservé les traces des peintures aux motifs géométriques, ou entrelacs ; les fragments du décor de certains murs originellement en stuc ont survécu ; les sols en marbre et les tomettes sont pratiquement intacts. Altière, portant toujours le charme de la patine du temps, elle garde son bel aspect.




Le bâtiment est composé d’un rez-de-chaussée surélevé et de deux étages. Sur les trois niveaux, l’organisation de l’espace est similaire. Il consiste en un hall central offrant des deux côtés     une triple arcade vitrée, s’ouvrant, d’une part sur un étroit balcon donnant sur la rue principale, qui, autrefois profitait d’une vue sur la mer et sur la montagne. Et, de l’autre, sur un jardin colonisé actuellement par la végétation qui se prolonge sur un espace vert planté d’oliviers, de néfliers et d’orangers, appartenant à la municipalité. Autour du hall, sont disposés les chambres à coucher, la salle à manger, les WC, la cuisine, l’office d’où partent des escaliers en bois menant à un grenier (tetkhité) servant de chambre pour les employés de maison ou de mouné. Les pièces sont dotées d’œil de bœuf et surtout de grandes fenêtres, qui baignent de lumière naturelle les grands volumes.

Nabil Debs, qui prône « une restauration à l’identique, sans aucune modification », compte insérer dans cette architecture historique de la fin du XIXe siècle tous les codes du luxe, indispensables pour les futurs résidents. Quant à la décoration, l’artisanat local sera présent et l’art bien sûr. Sa philosophie : préserver la mémoire de l’héritage architectural en lui redonnant un second souffle et tirer le meilleur des traditions locales en y intégrant le confort le plus contemporain. Alors, si on arrêtait de démolir systématiquement…



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Sarkis Serge Tateossian

Il en fait des milliers de sauveurs de pierres et de patrimoine stylisé au Liban.

La beauté architecturale est menacé presque dans chaque village mais aussi à Beyrouth.

Bonne chance à ce Monsieur qui a l'air de faire son travail avec amour et plaisir.

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