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Moyen Orient et Monde - Interview express

Entre Paris et Riyad, des liens toujours aussi étroits

Le chercheur David Rigoulet-Roze commente pour « L’Orient-Le Jour » la visite de MBS en France.

Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane reçoit le président français Emmanuel Macron à Riyad le 9 novembre 2017. Bandar Jaloud/AFP/Getty Images

Cinq mois après leur brève rencontre à l’aéroport de Riyad, le prince hériter saoudien Mohammad ben Salmane (MBS) et le président Emmanuel Macron se rencontreront à nouveau à Paris, les 9 et 10 avril. Une rencontre très observée comme toujours entre l’Arabie saoudite et un pays occidental, qui plus est l’un des grands partenaires stratégiques, militaires et commerciaux du royaume wahhabite. « Nous souhaitons une nouvelle coopération, moins axée sur des contrats ponctuels et davantage sur des investissements d’avenir, notamment dans le numérique et les énergies renouvelables, avec une vision commune », a précisé l’Élysée hier. Les crises au Moyen-Orient, la stabilité de la région et la lutte contre le terrorisme seront des sujets de conversation abordés par les deux dirigeants lors de cette visite. Décryptage sur les enjeux de cette rencontre avec David Rigoulet-Roze, chercheur à IFAS (Institut français d’analyses stratégiques) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques.


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Où en sont les relations franco-saoudiennes ?
Elles sont importantes. Sous le précédent quinquennat de François Hollande, elles l’étaient tout particulièrement. Il y avait en quelque sorte un tropisme saoudien de la part de l’ancien président comme il avait pu y avoir un tropisme qatari sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Avec le président Macron, la situation est moins marquée même si les liens demeurent toujours étroits avec Riyad. S’il devait y avoir un nouveau tropisme de sa part, ce serait plutôt un tropisme émirati. Mais cela n’entre pas forcément en contradiction avec le maintien simultané de liens étroits avec Riyad, entre autres parce que les deux MB que sont MBS et Mohammad ben Zayed (MBZ, le prince héritier d’Abou Dhabi), sont extrêmement proches dans leur lecture des défis régionaux et des enjeux stratégiques qui les sous-tendent. Donc, de ce point de vue, cette visite de MBS ne fait que poursuivre une relation préexistante très étroite même si, par rapport à François Hollande, il n’y a pas un alignement aussi serré sur les positions de Riyad de la part du président Macron.


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Pourquoi Paris veut-il se rapprocher de Riyad ?
Une visite de MBS à Paris en tant que prince héritier (depuis juin 2017) avait déjà été envisagée pour décembre dernier. Mais cela ne s’était finalement pas fait en raison de la situation interne du royaume saoudien alors en plein bouleversement, notamment du fait de la « purge anticorruption » lancée en novembre 2017. Le prince héritier a entamé le 20 mars dernier une grande tournée chez ses alliés occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis ainsi que le Royaume-Uni. Ce n’est donc pas une surprise que MBS vienne également en France. Cela offre sans doute l’opportunité de renforcer les relations commerciales bilatérales mais probablement de manière sensiblement différente par rapport à ce qui était auparavant attendu en la matière. En matière de contrats commerciaux, notamment militaires, le président Macron est beaucoup moins enclin à une forme de « mirage saoudien » que François Hollande sur le caractère mirobolant de gros contrats. Mais si contrats il doit y avoir, ils devraient plutôt s’inscrire dans une logique de long terme en faisant valoir l’expertise française dans des domaines susceptibles de répondre aux besoins identifiés dans le programme du prince héritier intitulé « Arabie saoudite : Vision 2030 », comme celui de la gestion de l’eau, celui des énergies renouvelables sur fond de transition énergétique, voire celui du nucléaire civil.


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L’Élysée a indiqué ne pas attendre de nouveaux contrats de la part de l’Arabie saoudite et veut insister sur une « nouvelle vision » du partenariat. Quelle serait-elle ?
Par delà cette dimension économique et commerciale, cette visite a également une forte dimension stratégique par rapport aux enjeux géopolitiques d’une région passablement convulsive dans de nombreux pays, que cela soit en Syrie, en Irak, au Yémen ou ailleurs. Mais cette dimension stratégique ne se réduit pas au strict point de vue régional, notamment lorsqu’il est question de cet islam radical à l’origine de l’extrémisme religieux qui s’est trouvé projeté depuis cet espace régional. Et de ce point de vue-là, le royaume d’Arabie saoudite demeure un acteur plus que jamais central, a fortiori lorsque MBS proclame ouvertement son intention de lutter vigoureusement contre toute forme d’extrémisme religieux. Sur cet aspect spécifique comme sur d’autres, on retrouve d’ailleurs l’étroitesse des liens que MBS entretient avec MBZ, qui ont l’ambition d’exercer à eux deux une sorte de duumvirat dans la région du Golfe. Et comme la France est déjà très proche d’Abou Dhabi, cela ne peut que conforter aussi les liens que la France peut entretenir avec MBS dans cette vision stratégique globale.



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