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Conflit yéménite : les ventes d'armes françaises à Riyad de plus en plus contestées

Conflit

"Emmanuel Macron devrait placer le Yémen au cœur de ses discussions avec Mohammad ben Salmane", attendu en France la semaine prochaine, ont appelé dix ONG humanitaires et de défense des droits humains.

OLJ/Daphné BENOÎT/AFP
05/04/2018

ONG internationales, opinion publique, député... : les ventes d'armes françaises à l'Arabie saoudite, soupçonnée de crimes de guerre au Yémen, sont de plus en plus critiquées malgré les tentatives de Paris, troisième exportateur d'armement au monde, pour déminer le terrain.

"Emmanuel Macron devrait placer le Yémen au cœur de ses discussions avec (le prince héritier saoudien) Mohammad ben Salmane", attendu en France la semaine prochaine, ont appelé mercredi dix ONG humanitaires et de défense des droits humains, qui réclament "la fin des bombardements ciblant des civils" et "la levée de toutes les entraves à l'acheminement de l'aide humanitaire et des biens commerciaux au Yémen".

Le conflit yéménite oppose des forces progouvernementales, appuyées notamment par les Saoudiens et les Emiratis, aux rebelles houthis, soutenus par l'Iran et qui contrôlent la capitale Sanaa. Cette guerre a fait près de 10.000 morts depuis 2015, dont de nombreux civils, et provoqué ce que l'ONU qualifie de "pire crise humanitaire du monde".

"Riyad est à la tête d'une coalition qui a tué et blessé des milliers de civils" et "nombre de ces attaques seraient des crimes de guerre", dénonce Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch (HRW). "En continuant de vendre des armes à l'Arabie saoudite, la France risque de se rendre complice de graves violations du droit international et envoie un message d'impunité au dirigeant saoudien".

Si la France s'émeut publiquement des "dommages collatéraux" parmi les civils yéménites, elle demeure l'un des principaux fournisseurs de matériel militaire de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis. Un marché en pleine croissance où Paris est en concurrence avec Washington, Londres et bien d'autres: d'après l'institut de recherche suédois Sipri, les ventes d'armes au Moyen-Orient ont doublé ces dix dernières années, et la région représente désormais 32% des importations mondiales.


(Pour mémoire : Yémen : trois Français sur quatre jugent inacceptable la vente d'armes à l'Arabie saoudite)


Contrôle parlementaire 'inexistant'
"Corvettes, avions, hélicoptères, missiles... La France vend ses armes à l'Arabie saoudite sans prendre en considération les principes qu'elle défend sur la scène internationale", fait valoir Antoine Madelin, de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), en rappelant que d'autres pays européens, comme la Norvège, l'Allemagne ou la Belgique ont de leur côté pris des mesures pour limiter l'usage de leur matériel au Yémen.

Plusieurs associations envisagent désormais des recours juridiques, jugeant que la France viole notamment le Traité sur le commerce des armes (TCA), ratifié par Paris en 2014, selon lequel les Etats signataires ne doivent pas transférer d'armes qui puissent servir à commettre de graves atteintes aux droits humains.
Le gouvernement français, lui, assure disposer d'un "système de contrôle des exportations de matériels de guerre robuste et transparent" et prendre les décisions d'exportation "dans le strict respect des engagements internationaux de la France".
"Le dispositif de surveillance autour de la question du Yémen (...) a été fortement renforcé ces derniers mois", affirment en outre les services du Premier ministre.


(Pour mémoire : Conflit yéménite : Paris pourrait être hors-la-loi en livrant des armes à la coalition arabe)


Une ligne de défense qui peine à convaincre, tant le système est "opaque", selon Amnesty international.
Le député Sébastien Nadot, membre de la majorité présidentielle (LREM), réclame lui la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les ventes d'armes françaises aux acteurs du conflit au Yémen.
"Il s'agit de savoir si la France a tenu ses engagements internationaux en la matière", explique à l'AFP le député, qui déplore un contrôle parlementaire "inexistant" sur les ventes d'armes. "Aujourd'hui ce contrôle est purement administratif. Le Parlement a quelques informations mais aucun élément détaillé", regrette-t-il.

Ces cris d'alerte trouvent un écho dans l'opinion publique française.
Selon un récent sondage réalisé par l'institut YouGov, trois Français sur quatre (74%) jugent "inacceptable" la vente de matériel militaire à l'Arabie saoudite, et estiment dans leur écrasante majorité (88%) que la France doit arrêter les exportations d'armes aux pays qui risquent de les utiliser contre des populations civiles.
"Comment un jeune président éduqué peut ne pas tenir compte du sort des civils yéménites?", s'insurge Radhia Al-Mutawakel, présidente de l'ONG Mwatana, qui répertorie les violations des droits au Yémen. "L'Histoire n'oubliera jamais", prévient-elle.


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