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Moscou, maître d'un jeu hautement inflammable en Syrie

Conflit

"Malgré la victoire militaire, aucune issue politique n'a jusqu'à présent été trouvée par la Russie".

OLJ/Daphné BENOÎT/AFP
18/03/2018

En volant militairement au secours du président Bachar el-Assad, Moscou s'est rendu maître du jeu en Syrie, mais le Kremlin peine à traduire en avancées politiques ses victoires militaires dans un pays cerné d'acteurs régionaux aux intérêts divergents.

En intervenant sur le terrain syrien, Vladimir Poutine a offert à la Russie un retour fracassant sur la scène internationale et se pose désormais en arbitre incontournable dans le dossier, au grand dam des Occidentaux.

Toutefois, "malgré la victoire militaire, aucune issue politique n'a jusqu'à présent été trouvée par la Russie", souligne Julien Nocetti, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI).
"Moscou est sur une ligne de crête. Elle se retrouve dans une position très inconfortable de leader qui doit prendre des responsabilités. Or au Moyen Orient, plus la Russie s'implique plus elle risque d'être écartelée au plan diplomatique", fait-il valoir.

En même temps, prévient Mathieu Boulègue, du centre de réflexion britannique Chatham House, "il n'y aura pas de solution politique sans la Russie. Elle est le seul acteur diplomatique non régional capable de discuter avec tout le monde".

La tâche n'est pas aisée: le Kremlin doit gérer de front plusieurs alliés peu dociles: le président syrien Bachar el-Assad, l'Iran et la Turquie. En janvier 2017, Moscou, Téhéran et Ankara ont lancé ensemble le processus d'Astana, des discussions réunissant dans la capitale kazakhe des représentants de Damas et une délégation rebelle.

Cette initiative, qui a évincé Washington et éclipsé les négociations menées dans le cadre de l'ONU, a notamment abouti à un accord sur la création en Syrie de quatre "zones de désescalade" qui ont parfois permis une diminution des violences.

Mais le règlement du conflit patine, pâtissant des intérêts contradictoires des trois puissances parrainant le processus. Fin janvier, le "Congrès du dialogue national syrien" convoqué à Sotchi par Moscou, avec le soutien de Téhéran et Ankara, s'est soldé par un échec, en l'absence des principaux opposants à Bachar el-Assad et des Kurdes. En attendant, les offensives menées par la Turquie à Afrine et par Damas dans la Ghouta orientale continuent d'ensanglanter la Syrie, au mépris des appels internationaux à arrêter le massacre.


(Lire aussi : Pour Washington, il est temps d’agir contre Moscou, « complice » des atrocités d’Assad)


Chacun son agenda 
"Pendant la bataille contre le groupe Etat islamique, il était plus facile pour les différentes parties (Russie, Turquie, Iran, Etats-Unis) de trouver un terrain d'entente. Maintenant que la lutte anti-EI s'achève, chacun a son propre agenda et la Russie se retrouve soudainement perdue", estime Pavel Baev, de l'Institut de recherche pour la paix d'Oslo.

La Russie et la Turquie ont renforcé ces derniers mois leur coopération. Elles n'en soutiennent pas moins des camps opposés en Syrie: Ankara appuie les rebelles syriens anti-régime tandis que Moscou est derrière les Kurdes, considérés comme des terroristes par la Turquie.

"Moscou doit garder Ankara comme allié, pour sécuriser l'accès à la mer Noire et l'est méditerranéen", mais aussi pour enfoncer un coin dans la frontière méridionale de l'Otan, dont fait partie la Turquie, explique Mathieu Boulègue.

Allié de Moscou, l'Iran pousse lui pour sécuriser ses intérêts en Syrie et recueillir les dividendes de son soutien au régime Assad. Mais le Kremlin se méfie de son influence.  "La Russie est sous pression d'Israël et des Etats-Unis pour modérer la dépendance d'Assad à l'égard de l'Iran, qui paye pour la sécurité du régime. Mais Moscou n'a pas suffisamment de ressources financières" pour se substituer à Téhéran, fait valoir Pavel Baev.

Le président syrien Bachar el-Assad, enfin, montre peu d'entrain à soutenir les initiatives russes pour trouver un compromis politique avec l'opposition, préférant mettre toute son énergie à écraser dans le sang les dernières poches rebelles sur son territoire.

"C'est une erreur de croire que la Russie contrôle totalement l'exécutif syrien. Moscou a une influence tangible dans l'armée et le renseignement syriens, mais n'a aucune illusion sur le degré de loyauté personnelle d'Assad. La relation patron/client parfois se fait au profit du client", juge Julien Nocetti.


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Irene Said

Mais oui, fêtons en chantant les victoires des "Héros-Dictateurs" pataugeant dans le sang des milliers de victimes sacrifiées pour garder leur pouvoir en Russie, en Syrie, en Turquie et, si nous ne faisons pas attention...bientôt au Liban.
Mais chez nous ces dictateurs "infaillibles" seront coiffés de turbans noirs ou blancs !
Irène Saïd

VIRAGE CONTRÔLÉ

Alors là , TOUTES MES FÉLICITATIONS .

ENFIN , DAPHNÉ BENOÎT OLJ/AFP PARLE DE VICTOIRE DE LA RUSSIE DONC DE POUTINE , DONC DE L'AXE DE LA RÉSISTANCE .

JE NE DIRAI RIEN DE PLUS , POUR ESPÉRER ÊTRE PUBLIÉ, MAIS JE DIRAI QUE C'EST DÉJÀ AU MOINS ÇA.
COMPRENDRONT CEUX QUI POURRONT LE FAIRE .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,EST LE BORDEL DANS TOUTE SON OPULENCE ! LA RUSSIE EN PATRONNE LE DIRIGE MAIS CHAQUE CATIN EN FAIT A SA TETE...

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