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À La Une - Terrorisme

Les attaques dans le sud de la France soulignent la persistance d'une menace intérieure

"C'est un risque qui va durer, plus difficile à déceler", commentait cette semaine un haut-responsable de la lutte antiterroriste française

Des policiers d'élite français lors d'une perquisition à Carcassonne, le 23 mars 2018. Photo AFP / PASCAL PAVANI

Les attaques menées dans le sud de la France par Radouane Lakdim, qui s'est radicalisé dans le pays avant de tuer quatre personnes en se présentant comme un "soldat de l'EI", soulignent la persistance d'une menace jihadiste endogène qui inquiète les autorités.

Ces attaques rappellent "que le niveau de la menace terroriste sur notre territoire n'a pas faibli. Désormais surtout endogène, il est d'abord le fait d'individus radicalisés se trouvant sur notre territoire national", a expliqué vendredi le procureur de la République de Paris, François Molins.
"C'est un risque qui va durer, plus difficile à déceler", commentait cette semaine un haut-responsable de la lutte antiterroriste française dans un entretien à l'AFP.

Vendredi, Radouane Lakdim a tué le passager d'une voiture qu'il a volée à Carcassonne avant de tirer sur des policiers puis de mener une prise d'otages dans un supermarché au cours de laquelle il a tué trois personnes, dont un gendarme. Il a été abattu dans l'assaut des forces de l'ordre.

Engagée dans la coalition militaire internationale intervenant en Syrie et en Irak contre le groupe Etat islamique, la France a été depuis 2015 la cible d'une vague d'attentats désormais responsable de la mort de 245 personnes.
Mais il ne s'agit plus d'individus envoyés depuis la zone de combat irako-syrienne pour commettre des attaques en Europe, comme lors des attentats de Paris et Saint-Denis du 13 novembre 2015 (130 morts), mais de personnes influencées à distance par l'idéologie de l'EI avant de passer à l'acte.
Déjà en septembre 2017, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb évoquait cette menace interne née, selon lui, de la "propagande" jihadiste qui a réussi "à contaminer un certain nombre d'esprits".
Le profil de Radouane Lakdim, fiché "S" (pour Sûreté de l'Etat), évoque à ce stade celui d'autres auteurs d'attentats perpétrés en France, eux aussi radicalisés dans le pays, tel Zyed Ben Belgacem, abattu lors d'une attaque contre des militaires à l'aéroport parisien d'Orly en mars 2017.





"Terroristes isolés"
Au 20 février 2018, 19.745 individus étaient recensés au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), un outil créé en 2015. Près de 11.000 d'entre eux faisaient l'objet d'une "prise en compte" effective des services.
Vendredi soir, le procureur François Molins a indiqué qu'aucun élément ne pouvait à ce stade laisser penser que Radouane Lakdim avait eu l'intention de se rendre en Syrie.
Selon une source proche de l'enquête, il ne s'est jamais rendu là-bas et aucun passage en Turquie, point d'entrée vers les bastions de l'EI, n'a été signalé. 
"La menace est principalement le fait d'individus présents en France: soit de velléitaires qui ont été empêchés de se rendre en Syrie ou en Irak, soit de primo-terroristes qui peuvent passer à l'action sans qu'il y ait eu de signes avant-coureurs", déclarait en octobre à l'AFP Laurent Nunez, le patron de la DGSI, le service de renseignement intérieur.
Cette tendance s'est renforcée après la série de défaites majeures subies par l'organisation Etat islamique en Syrie et en Irak, où elle a perdu une très large partie des territoires qu'elle avait conquis à partir de 2014.





"La +campagne d'Europe+ que +Daech+ (acronyme arabe de l'EI, ndlr) a lancée en mai 2014 avec l'attentat contre le Musée juif de Bruxelles se poursuit. (...) Cette campagne est pour l'essentiel menée par des cellules dormantes, comme en Catalogne en août 2017, ou des terroristes isolés, comme dans l'Aude", a expliqué à l'AFP Jean-Pierre Filiu, professeur à SciencesPo.
Et, ce, insiste cet expert, alors que le débat public s'est beaucoup focalisé récemment sur le risque que représentent les "returnees", c'est-à-dire ceux qui ont réussi à rejoindre les rangs de l'EI en zone irako-syrienne et qui pourraient être tentés de retourner dans leur pays d'origine pour commettre des attaques.
A ce jour, un peu moins de 200 "returnees" font l'objet d'une procédure judiciaire en France, pour l'essentiel des hommes, selon une source proche du dossier. Quelque 1.180 personnes, dont 500 enfants, se trouvent toujours dans la zone irako-syrienne.


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