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Culture

Une nuit au musée national avec le violoncelle d’Antonio Meneses

Festival al-Bustan
E. D. | OLJ
08/03/2018

À soixante ans, son violoncelle concilie harmonieusement tous les pouvoirs d’une jeunesse intempestive, ainsi que toutes les sagesses d’une solide maturité. Il prêtera la voix, les plaintes, les gémissements, les murmures, les incantations, les cavalcades, les raclements et les vibrations de ses cordes aux Suites de Bach pour réveiller les grandes salles du musée national et sommer les statues livrées à la torpeur du sommeil à secouer la poussière et la léthargie du temps. Derrière ce magique et imparable coup d’archet, on nomme Antonio Meneses, prix Tchaïkovski 1982.
Meneses a le sang chaud du Brésil qui coule dans ses veines. Impénitent voyageur et concertiste aussi bien chambriste que soliste devant les plus prestigieux orchestres au monde, il est invité, pour la troisième fois, au Festival du Bustan. Invitation cette fois extra-muros, loin de Beit-Méry, et tout à notre plaisir, à passer une partie de la nuit au musée…
Retour sur le parcours de cet artiste toujours entre deux avions, deux valises, deux concerts, deux masterclass. Son enfance a été baignée par la musique, car l’expression tombée dans le chaudron des gammes s’applique fort bien à ce musicien issu d’une famille portée à l’univers du solfège, des chemins de traverse et de ses transcendances. Jusqu’à ce père haut en couleur, car il était le premier souffleur d’instrument à vent (le cor) à l’opéra de Rio de Janeiro.
Tout commence à dix ans, l’âge où les galopins s’adonnent aux billes, aux guerres d’épées en bois et à la marelle. Le violoncelle attire l’enfant, parfait sortilège, comme le chant des sirènes. Et quand le maître de l’archet Antonio Janigro croise son chemin à l’adolescence, la rencontre est décisive, l’appel péremptoire et le talent reconnu d’office. Il ira vers Stuttgart et Düsseldorf. Glanera un prix à Munich, très vite suivi de la Médaille d’or à Moscou. On écoute volontiers Meneses dans ses enregistrements des concertos et fantaisies de Villa-Lobos pour des partitions faisant la part belle et ensoleillée au violoncelle avec orchestre.
Professeur à la Haute École d’art à Berne, il laisse aujourd’hui de côté ses pompes académiques de pédagogue et offre au public libanais cette souveraine beauté sonore, dans sa solitude absolue, des Suites Nos 2, 4 et 6 du Cantor. Joyau de partitions où convergent toutes les oreilles pour un violoncelle qui n’a pas fini de donner des leçons aux musiciens les plus chevronnés. Dans ce majestueux écrin muséal, une incroyable polyphonie pour un instrument sans rival. Pour une résonance qui fait rêver, et pénètre au plus profond du cœur et de l’esprit. Un instrument aux ressources innombrables, loin d’avoir dit son dernier mot dans ce monde moderne…

E. D.

Musée national de Beyrouth
Ce soir, jeudi 8 mars 2018. À 20h30 précises.

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