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La Dernière

« On a commencé avec un mur, maintenant on embellit tout Tripoli »

Street Art

Nazih Yassine et Mohammad Abrash ont tous les deux grandi dans la capitale du Liban-Nord. Ensemble, ils ont lancé une initiative citoyenne visant à embellir les façades de la ville abîmées par les conflits et laissées à l’abandon.

08/03/2018

Nazih Yassine a 35 ans, il travaille en tant qu’ingénieur lumière dans les studios de Future TV à Beyrouth. C’est en 2014 qu’il rencontre Mohammad Abrash, à l’occasion de la réalisation d’un vidéoclip qu’ils produisent ensemble pour la commémoration de la mort de Rafic Hariri, ancien Premier ministre assassiné en 2005. Ils deviennent alors amis et lancent leur projet de street art à Tripoli dans le courant de l’année 2017. L’initiative « Embellir ton école et ton entourage » vise d’abord à restaurer les murs des écoles publiques de Tripoli, souvent décrépis, noircis ou recouverts de centaines d’affiches déchirées. Muni de son pochoir et de sa bombe de peinture, l’artiste graffeur et étudiant en ingénierie, Mohammad Abrash, sillonne les routes de la ville et utilise son talent pour réaliser des graffitis colorés, le tout orchestré par Nazih Yassine, en charge des différents projets. 

Séduit par leur initiative, Antoun Sehnaoui, le PDG de la SGBL, leur apporte un soutien financier. Le nombre d’écoles passées sous les pinceaux de Mohammad Abrash s’élève maintenant à 40, et le duo a étendu son initiative au-delà des établissements scolaires. 

Avec l’artiste pour guide dans les rues de Tripoli, qui explique et montre fièrement son travail, « l’art est la meilleure façon d’améliorer et d’embellir le décor et le quotidien des gens » prend tout son sens. Et de Bab el-Tebbané à la place al-Nour, en passant par Beddawi, aucun quartier n’a été oublié.

À l’heure de la sortie des classes, les jeunes lycéens sourient en reconnaissant celui qui a passé des heures, bombe de peinture à la main, à imaginer, créer, puis rendre une âme aux murs de leur école. Embellis aux couleurs de l’arc-en-ciel, il a inscrit « Lycée de Tripoli » en arabe, entremêlé de grands cercles multicolores étalés sur un mur de 20 mètres de longueur. Sur la façade d’une école primaire, le jeune homme a dessiné les mots « Live, Laugh, Learn ». Sur une autre, le portrait d’une enfant lisant un livre où il est inscrit « Travailler dur ». Ces établissements respirent désormais la gaieté et la joie de vivre. 


(Pour mémoire : La paix, en vert pistache, sur les toits de Tripoli)


« Penser pour être libre »

Mais le duo complémentaire et complice a décidé d’étendre cette initiative et de voir encore plus grand en investissant les façades d’immeubles abîmées par les conflits qui ont touché la ville. « Nous avons voulu effacer les dégâts causés par la guerre et redonner une seconde vie à Tripoli », dit Mohammad Abrash. 

Les graffitis se comptent par dizaines dans les rues tripolitaines. L’artiste a littéralement imprégné les quartiers de son art. Sur des pans de murs, ou plus largement sur d’immenses façades de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, le jeune homme n’a aucune limite. Il revisite le drapeau libanais en utilisant une bombe de couleur rouge sang. Dans un autre quartier, il joue sur une métaphore en représentant un adolescent portant un Rubik’s cube sur la tête avec la phrase « Penser pour être libre ». À travers ses graffitis, il a trouvé le moyen de s’exprimer en abordant notamment le sujet de l’éducation des jeunes. 

Depuis quelques années, Mohammad Abrash étudie l’ingénierie à la Sidon University College. Il a, sans surprise, recouvert l’enceinte de l’université par une fresque aux couleurs criardes et a inscrit « Abrash » en lettres entremêlées. Le directeur de l’université, Youssef Haddad, confie : « Quand il a commencé, les gens ne comprenaient pas ce qu’il faisait, il a dû insister. C’est devenu un challenge pour lui. Il a commencé de zéro et est devenu un héros. Pendant les conflits, alors que les jeunes de son âge se battaient, Mohammad dessinait. » 

Aujourd’hui, Nazih Yassine et Mohammad Abrash continuent de s’investir main dans la main dans des projets d’embellissement à Tripoli, mais souhaitent étendre leur initiative à d’autres villes. On attend de voir, avec impatience...




Pour mémoire

Qui sont ces Graffiti Men qui dessinent sur les murs de Beyrouth ?

Jad el-Khoury, passeur de mémoire

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