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Liban

Jeunes des Chevaliers de Malte : quand la joie de donner devient la joie qu’on reçoit

Humanitaire

Les jeunes des Chevaliers de Malte accueillent à Chabrouh (Faraya) des personnes trisomiques d’Acsauvel et du couvent de la Croix.

Fady NOUN | OLJ
23/02/2018

Qu’est-ce qui pousse 63 jeunes hommes et jeunes filles à consacrer trois journées à 23 de leurs semblables atteints de trisomie et à se mettre en quatre pour leur offrir un quotidien moins gris que celui auquel ils ont droit normalement ? C’est, sans hésitation aucune, la soif de servir qui sommeille au cœur de chaque être humain et qui languit en attendant de pouvoir s’exprimer.

Du haut de ses 29 ans, Nour Moghabghab, une économiste, le sait parfaitement bien, tout en ayant le sens du service discret. Ce ne sont pas la publicité ni le nombre quelle apprécie. Responsable des jeunes de l’Association libanaise des Chevaliers de Malte, elle fait pour nous le tour du propriétaire du centre que l’ordre possède à Chabrouh, en surplomb de Faraya.

Nous en visitons les espaces clairs, colorés, à la fois bien chauffés et bien aérés. L’esprit des lieux est celui de l’accueil, de l’hospitalité. Nous sommes au second jour d’un « camp » que les jeunes de l’ordre de Malte consacrent à l’accueil d’enfants et d’adultes trisomiques de l’association Acsauvel et du couvent de la Croix.

C’est l’heure du déjeuner, des sacs livrés fraîchement par un grand traiteur sortent d’élégants wraps de poulet. Le sandwich vient en complément d’un « kebbé bil sanniyé » digne d’un grand chef, assorti de la traditionnelle salade de concombre au yaourt. Les boissons gazeuses sont présentes, mais ne viennent qu’en complément, et ne sont généralement pas accordées librement à ces jeunes exposés plus que d’autres à l’obésité.


(Lire aussi : Charles-Henri d’Aragon, ambassadeur de l'Ordre de Malte : Nous accueillons les gens sans leur demander leurs origines)


Qualité reine
La qualité du service est l’un des points que surveille de près l’ordre de Malte. Ici, pas de « restes » venus des festins des riches. L’hygiène est reine ainsi que la qualité de l’alimentation. Personne ne doit quitter le camp malade. Dans la vaste cuisine rutilante, les aliments passent sans traîner du frigo au fourneau. La division des tâches est minutieuse : une équipe pour la cuisine, une autre pour les achats, une troisième pour la propreté et le vidage des poubelles. Un médecin est en permanence sur place. Quatre volontaires veillent sur le centre endormi.

La pause déjeuner est, comme on le devine, l’un des moments appréciés des « invités » présents. Ils ont été réveillés à 8 heures, fait un peu de gymnastique, une courte prière dans la chapelle du centre, avant de prendre le petit déjeuner et de se répartir en équipes pour préparer un « talent show », puis le présenter. Entre dabké, techno et déclamation de poèmes, certains font preuve, dans ce concours, d’un talent insoupçonné. Le spectacle sera suivi, selon les journées, d’une séquence chansons ou coloriage, ou bricolage, selon le temps qu’il fait et l’humeur des jeunes.

Après déjeuner, ils prendront une pause, chacun d’eux suivi d’un bénévole comme son ombre, avant d’avoir le choix entre une promenade (quand il fait bon), l’apprentissage d’un nouveau pas de danse, un feu de camp, un dîner gastronomique et une soirée disco. Des kermesses, des jeux, du tatouage au henné, un spectacle de prestidigitation, des moments de relaxation agrémentent et varient les activités. On ne s’ennuie pas une minute au centre de Chabrouh.

Les bénévoles sont en majorité libanais, mais quelques étrangers ressortent du lot. Venus d’Allemagne en année sabbatique, entre l’école et l’université, une dizaine de jeunes volontaires de l’ordre de Malte sont là, dans le cadre d’un programme appelé Caravane. Une caravane où servir est le maître mot. Deux jours par semaine, ils font halte au couvent de la Croix. Mais quand il y a un camp à Chabrouh, c’est le dessert.



No regrets !
« No regrets et sûr, j’essaierai d’y inviter mes camarades. » C’est Marwan Massaad, étudiant en événementiel et hôtellerie à la NDU, qui parle. C’est son deuxième camp. Et il se félicite de s’y être inscrit à temps. « D’autres n’ont pas eu cette chance », sourit-il. Il est là pour « mieux comprendre » les personnes trisomiques. « Les trisomiques, c’est la bonté de cœur personnifiée, à condition qu’on sache faire le contact », a-t-il appris, au terme de seulement deux jours de camp.

« L’ordre, c’est comme une seconde famille, fait-il encore. J’arrive au camp, j’oublie mes soucis et frustrations. Même le cellulaire devient inutile, sinon pour les photos. La joie donnée devient la joie qu’on reçoit ! » Et de préciser que ce qu’il apprécie profondément, c’est l’esprit général d’entraide, d’amour réciproque et d’unité qui semble se dégager de ses jours de service.

« C’est le plus important », relève Nour, et tous les bénévoles n’en font pas nécessairement l’expérience. « Le jeune volontaire doit prendre conscience de nos objectifs, ceux qui viennent pour s’amuser repartent en général avant la fin, en se rendant compte qu’ils se sont trompés d’adresse. » « D’elles-mêmes, les choses se filtrent, insiste-t-elle. L’important, c’est l’esprit. Même si on ne l’a pas, on peut vous l’enseigner. Celui qui vient avec une bonne intention, no way qu’il quitte. Tout le monde l’encourage. »

C’est bientôt la séquence « disco », animée par l’équipe « divertissement ». Derrière son walker, DJ-Joe (21 ans) en fait partie. Cette force de la nature souffre au physique – et seulement au physique – d’une infirmité motrice cérébrale (IMC). Impressionnant et touchant, DJ-Joe s’exprime très difficilement, mais compense avec ses yeux. D’un doigt sûr, il enchaîne les tubes avec une maîtrise et un sens du rythme hallucinants. Personne n’y résiste.

« Dans un Liban que des étrangers considèrent comme une terre sainte, mais dont les racines sont en nous, alors que le monde autour de nous souffre et doute, trouver un sens à notre vie à travers le service, ça peut créer une meilleure génération », commente Nour Moghabghab, plus sage que son âge.

S’il est vrai que, comme l’affirme son président Marwan Sehnaoui, « l’ordre de Malte sera toujours conduit par des personnes qui ont appris à aimer avant d’avoir appris à diriger », c’est ici que se prépare, sans aucun doute, la relève de l’ordre. Et peut-être aussi celle du Liban. En préparation, d’autres camps pour enfants défavorisés, pour enfants cancéreux, pour personnes âgées et mineurs handicapés. La soif de se donner est difficile à étancher.



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