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Culture

Les cinq commandements pour débusquer le faux tableau

Expertise d’art

Vous vous apprêtez à acquérir une toile coûteuse ? Assurez-vous au préalable qu’il ne s’agit pas d’une contrefaçon. L’expert français en art moderne et contemporain, Pascal Odille, vous suggère de procéder à cinq vérifications.

Zéna ZALZAL | OLJ
20/02/2018

Membre de la Chambre nationale (française) des experts spécialisés en objets d’art et de collection (CNES) et de la Confédération européenne des experts d’art (CEDEA), Pascal Odille connaît bien la scène artistique libanaise. Et pour cause, il est le cofondateur, avec Laure d’Hauteville, de la Beirut Art Fair (BAF), et également le directeur artistique de cette foire qui, depuis quelques années, contribue au développement et à la dynamisation du marché de l’art au Liban. 

C’est à ce titre et en raison « de quelques petites affaires survenues ces derniers mois », qu’il a pris l’initiative d’organiser, en partenariat avec l’Institut français du Liban et l’École supérieure des affaires de Beyrouth (ESA), un colloque visant à présenter « l’expertise artistique à la française, dont la particularité est d’être largement régulée et d’offrir ainsi une sécurité d’achat à travers de nombreuses garanties et recours ». Pascal Odille suggère donc qu’« un système équivalent pourrait être implanté au pays du Cèdre, où aucune réglementation n’existe encore en la matière ».





Adressé, essentiellement, aux professionnels de l’art, aux universitaires et aux juristes intéressés par ce registre, le colloque qui s’est déroulé sur deux jours au cours du week-end à l’ESA (Clemenceau) a donc présenté « le rôle de l’expert et son implication dans le marché de l’art. À travers les certificats d’expertise, la vente de gré à gré, les maisons de vente aux enchères, les assurances et les douanes. Il a également été question de copies, de faux ainsi que de restauration dans des domaines aussi divers que l’archéologie, la peinture ancienne, les écoles modernes et contemporaines, ou encore le mobilier ». Le colloque a également attiré un public d’amateurs, lesquels ont bénéficié d’une consultation gratuite (estimation d’authenticité et de prix) le samedi après-midi auprès des experts français participant à l’événement. 

Si l’expert d’art « détermine, à travers son accumulation de connaissances dans un domaine, la nature, l’origine et l’époque de l’œuvre, sa provenance et ses restaurations éventuelles – et s’il peut en donner à partir de tous ces éléments une estimation –, 

l’expertise toutefois n’est pas une science exacte », signalera parmi les intervenants Armelle Baron, dont le domaine est la peinture ancienne flamande, italienne et hollandaise du XVIIe siècle. 

« L’expert n’est pas celui qui ne se trompe jamais, mais celui qui se trompe le moins, renchérit Pascal Odille. D’autant que les difficultés auxquelles nous sommes régulièrement confrontés dans le métier sont complexes. Elles dépendent de la nature de l’œuvre, des ressources que l’on peut avoir à travers les archives ou encore les documents oubliés. De manière anecdotique, on pourrait affirmer que les experts sont de petits détectives privés qui partent à la recherche d’une bribe de vérité et qui, de fil-en-fil, essayent de découvrir ce que l’on peut savoir de l’objet. »


Examen préliminaire 

Justement, y aurait-il des indices pouvant faire soupçonner un faux que l’acheteur lambda devrait prendre en compte avant de recourir à l’expertise ? 

Et l’expert en art moderne et contemporain de répondre : « Je parlerais plutôt des éléments à vérifier avant tout achat d’une toile coûteuse. » 

– Premièrement : il est essentiel d’examiner le tableau en tant qu’objet à part entière et donc ne pas se contenter de regarder l’image frontale, la surface visuelle, mais le retourner et le regarder dans sa globalité. Tout compte : cadre, tampon, châssis (à clef ou pas), clous, type de toile (qui diffère en fonction des époques : lin, chanvre, coton, puis mélange coton-lin et coton-synthétique. Il est difficile par exemple d’avoir des toiles synthétiques pour des pièces des années 50 et 60). Pareil pour le carton, il y a une grande différence entre ceux que l’on trouve à la fin du XIXe-début du XXe siècle, et ceux que l’on trouve dans la période de la Seconde Guerre mondiale et celle plus proche de nous encore. 

– Deuxièmement : pour vérifier si le tableau a subi certaines restaurations, il suffit de l’incliner un peu à la lumière rasante, pour voir quels ont pu être les repeints, par exemple, s’il y a eu des retouches, pour voir aussi si la signature est apocryphe (c’est-à-dire, si elle a été posée après). Encore une fois, il faut regarder la toile de manière précise pour voir son évolution dans le temps : la poussière incrustée, l’hydrométrie qui fait bouger le bois…

– Troisièmement : toujours exiger une facture imprimée de la photo de l’œuvre et, dans le cas d’un artiste décédé, demander un certificat d’authenticité. Dans les deux cas, la photo doit faire partie du document. Une simple description n’est pas une garantie. 

– Quatrièmement : quand on s’intéresse à un artiste, faire une petite recherche sur son parcours, essayer de s’assurer de la provenance (elle apporte une certaine garantie en fonction du sérieux de la collection d’où la pièce est tirée) mais, au-delà, c’est la photographie qui va prouver que cette toile est dans cette maison depuis telle période.

– Cinquièmement : passé ce cap, si le doute est là, il faudra aller vers l’expertise. Et là, l’expert a des outils de base, comme la lampe de Wood qui permet d’observer les repeints et mieux vérifier l’implantation de la signature et la superposition de couches. Ensuite, les loupes lumineuses pour examiner encore plus en profondeur les supports, voir s’il s’agit d’une toile mécanique ou pas, déterminer les fils utilisés et les pigments… Et là, on entre dans le domaine scientifique qui offre un soutien supplémentaire, mais qui ne remplacera jamais la connaissance d’un expert. Car c’est l’œil de ce dernier qui va reconnaître le dynamisme de l’écriture de l’artiste, ce caractère de l’esprit qu’il décèle sous le caractère de la main…




Terminologie régulée

En France, c’est un décret voté à l’Assemblée nationale en 1981 qui a régulé la terminologie des certificats d’experts en peinture. 

Ainsi, lorsqu’on parle d’un « tableau signé », cela veut dire qu’il est signé par l’artiste. 

Lorsqu’on dit « attribué à… » cela signifie que l’œuvre n’est pas signée (comme c’est le cas de beaucoup de tableaux anciens) mais que l’expert l’impute à cet artiste. 

« Atelier de… » est une garantie que l’œuvre a été faite durant la période de production de l’artiste. 

« École de… » signifie que l’œuvre a été peinte pas plus de 50 ans après la mort de l’artiste.


Pour mémoire 

Une joie, un plaisir que ce Beyrouth d’expositions


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