Liban

Le Hezbollah derrière l’État : véritable changement ou nuance verbale ?

Décryptage
17/02/2018

Plus la guerre américaine contre lui et contre l’Iran se renforce et plus le Hezbollah durcit le ton et les positions. Cette année, la commémoration de l’assassinat du chef militaire de ce parti Imad Moghniyé, le 12 février 2008 dans la banlieue de Damas, a pris une tournure particulière. Une cérémonie spéciale lui a été consacrée à Téhéran au cours de laquelle le chef de la brigade al-Qods au sein des gardiens de la révolution, le général Kassem Souleimani, a pris la parole, évoquant ses souvenirs émus avec « Hajj Radwan » (le nom de guerre de Imad Moghniyé).

Le général Souleimani a ainsi révélé que c’est ce dernier qui avait arrangé la première visite du leader palestinien Yasser Arafat à Téhéran, inaugurant ainsi les relations entre la résistance palestinienne et le régime issu de la révolution islamique iranienne. C’est aussi lui qui aurait formé les combattants du Hamas et du Jihad islamique pour transformer la bande de Gaza en une forteresse militaire que les Israéliens n’ont pas pu défaire, en dépit de plusieurs tentatives dans ce sens. Imad Moghniyé, selon le général Souleimani, était aussi l’homme qui a su briser deux éléments importants de la force militaire israélienne : le drone, pièce maîtresse dans l’espionnage et la surveillance de l’ennemi, et les navires militaires, puisque c’est lui qui a eu l’idée de lancer un missile contre le navire Saer au large des côtes libanaises, pendant la guerre de 2006. Ces révélations sur le rôle de Moghniyé, dix ans après sa disparition, ne sont pas innocentes. Elles montrent, selon les sources proches du Hezbollah, la détermination du camp de l’axe de la résistance à poursuivre le combat. Elles montrent aussi le niveau de confiance en soi atteint par la résistance au point de révéler des secrets jusque-là biens gardés.


(Lire aussi : Nasrallah reconnaît le rôle prééminent de l’État dans la défense des droits)


Le discours du secrétaire général du Hezbollah prononcé hier va d’ailleurs dans ce sens et constitue une réponse directe à la visite du secrétaire d’État américain à Beyrouth ainsi qu’à celle de son adjoint (par intérim) pour les affaires du Proche-Orient, David Satterfield, qui est resté à Beyrouth pour le suivi avant de se rendre en Israël. Hassan Nasrallah a ainsi exposé la position du parti qui consiste à refuser les propositions américaines qualifiées de favorables aux intérêts israéliens, en se basant sur l’élément de force que constitue la résistance. Il a ainsi rejeté la suggestion américaine d’accorder 40 % du bloc 9 aux Israéliens en contrepartie de leur retrait des parcelles de territoire réclamées par le Liban le long de la ligne bleue. Selon lui, les Américains proposent ainsi aux autorités libanaises un cadeau inutile, puisqu’elles peuvent le prendre seules, alors que les gisements pétroliers et gaziers supposés contenus dans le bloc 9 sont bien plus importants.  

Dans son discours, le secrétaire général du Hezbollah a ainsi reconnu que le véritable enjeu dans la région aujourd’hui, ce sont les ressources énergétiques en train d’être découvertes en Syrie, au Liban et, selon sa terminologie, en Palestine. Pour lui, la lutte pour préserver ces ressources est aussi importante que celle pour la libération du territoire. Dans ce contexte, selon lui, la résistance est un des principaux éléments de force du Liban. Il n’a donc qu’à l’utiliser et à brandir cette menace pour faire céder les Israéliens et leurs protecteurs, les Américains. Mais l’élément nouveau dans le discours du secrétaire général du Hezbollah, c’est sa reconnaissance de l’autorité du Conseil supérieur de la défense. Hassan Nasrallah a ainsi déclaré, pour la première fois dans ses discours, que le Conseil supérieur de la défense « n’a qu’à nous demander d’agir, nous sommes prêts à le faire ». Ce qui montre clairement que le Hezbollah se place désormais sous l’autorité de l’État.


(Lire aussi : « Si une guerre survenait aujourd’hui, où irions-nous cette fois, nous les chiites ? »)


D’une part, c’est une reconnaissance indirecte du fait que l’État libanais bénéficie désormais du respect du Hezbollah, qui montre ainsi qu’il a pleinement confiance dans ses décisions et se met à son service, et d’autre part, c’est une promesse déguisée de ne pas prendre seul l’initiative d’une riposte. Sans donner de précision et sans le nommer, Nasrallah rend ainsi hommage à la décision du Premier ministre Saad Hariri au cours de la dernière réunion du Conseil supérieur de défense, lorsqu’il a clairement déclaré au commandant en chef de l’armée qu’il faut riposter par des tirs à toute agression israélienne. Cette position du Premier ministre, qui a été reprise par les médias, aurait pu être interprétée comme l’annulation du rôle de la résistance, qui n’a plus ainsi de raison d’être. Mais pour Hassan Nasrallah, elle est désormais une force complémentaire efficace et utile parce qu’elle peut intervenir sans mettre en cause les autorités officielles. Elle reste donc pour lui indispensable, d’autant qu’elle a atteint un tel niveau de professionnalisme et dispose de si nombreux moyens qu’elle constitue une force de dissuasion efficace. Par la bouche de son secrétaire général, le Hezbollah se positionne donc derrière l’État et les autorités dans la protection du Liban, tout en saluant l’unité de la position officielle libanaise dans le dossier israélien. S’agit-il d’un changement important dans son rôle ou d’une simple nuance verbale ? La réponse n’est pas évidente, mais les indices méritent d’être relevés.


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Wlek Sanferlou

Ah! Pseudo-democratie quand tu nous tiens!
On croit le hezb dans ses déclarations pro-etat et en défense du Liban ... Les élections s'en viennent et se positionner pour prendre contrôle du parlement et après ça de l'état officiellement devant ce monde démocratique est magistral et machiavélique en même temps.
Une fois cette victoire électorale assurée plus besoin de prétendre... La dictature légitime du parti unique est assurée et le monde n'a qu'à se taire...
Attention à l'arnaque...

Cabanha Árabe

Sem o Hezbollah o Estado Judeu já estaria dentro do Líbano!

RAISINS SECS

Un tel degré de confiance. ....
Voilà où le Liban se trouve aujourd'hui avec la couverture de la résistance du hezb libanais.

S'attaquer au hezb résistant n'est plus une simple affaire de confrontation entre l'usurpateur et la résistance du hezb, c'est devenu une affaire qui impliquea non plus l'Iran NPR et la Syrie du heros mais aussi la Russie la Chine et la Corée du Nord.

Les temps changent la peur et la panique aussi changent de camp, il y a en ce moment suite à l'abbatage du f16 par un missile à l'intérieur du territoire usurpé un message clair et précis de la Russie de Poutine , celui de faire sentir que " la honn wou bass " .
Bon weekend Scarlett.

gaby sioufi

jusqu'a quand devrions nous encore subir de telles abjections ?
la honte n'etant pas de rigueur , j'ai bien peur que ce ne soit parti pour tres tres longtemps encore.

""LE HEZB DERRIERE L'ETAT "" ! C non seulement le titre qui fait vomir mais le contenu plus encore.

RESUME de la reaction de tout LIBANAIS PUR ET DUR !
HONTE RESSENTIE devant de telles ignominies !




L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES FANFARONNADES, TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD, SUR LESQUELLES VOUS AVEZ BASE VOTRE ARTICLE, NE PESENT PAS LOURD DANS AUCUNE TRACTATION POLITIQUE ET SURTOUT A DESSEIN MILITAIRE ET NE SONT QUE POUR LA CONSOMMATION HEZBIENNE ET PARTISANALE... CE N,EST PAS A COUPS MAGIQUES D,UN PRETENDU BABA3 QUE L,AUTRE PARTIE FLECHIRA. IL FALLAIT PLUS DE SERIEUX DANS VOTRE DECRYPTAGE SUPPOSE ECLAIRER LE LECTEUR... LES HISTOIRES DES MILLE ET UNE NUIT NE LE CONCERNE GUERE ! LA SAGESSE DES DECISIONS QUI SERVENT L,INTERET VITAL DU PAYS DEVRAIENT PREVALOIR. LES AMIS FESTOIENT ET CELEBRENT... LES ENNEMIS DISCUTENT ET NEGOCIENT ! ET NOUS SOMMES PRIS ENTRE DEUX !!!

Yves Prevost

"une promesse déguisée de ne pas prendre seul l’initiative d’une riposte". le gros problème c'est que l'expérience nous a maintes fois montré le peu de cas que nous devons faire des promesses de Nasrallah.
L'argument selon laquelle la milice "peut intervenir sans mettre en cause les autorités officielles ne tient pas car Israël a dit et répété que l'Etat libanais étant complice du Hezbollah, il ne ferait pas cette distinction.
Une seule solution: que le Hezbllah rentre dans la légalité en dissolvant sa milice et remettant ses armes à l'armée libanaise, comme le prévoit l'accord de Taëf.

Bery tus

madame, Mr Moughnyeh a entrainer plusieurs groupes c'est vrai !!

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