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Exposition

Après le pastel, l’aquarelle et l’acrylique, Chaouki Chamoun s’attaque au ciment

Fidèle à lui-même et à son talent tissé de constante créativité, l’artiste montre, à 76 ans, une belle jeunesse d’esprit. En témoignent ses 19 acryliques, ciment et grillage en fins fils de fer à la galerie Mark Hachem. Toujours dans le sillage de son inspiration entre personnages lilliputiens et cosmos...

Chaouki Chamoun, « Transformation S », matériaux mixtes , 80 x 80 cm, 2017.

L’œil toujours étincelant et d’une insatiable curiosité, les propos rythmés par de grandes mains qui s’agitent, la silhouette sportive, les cheveux sel et poivre sur un front dégagé, Chaouki Chamoun revisite son inspiration de personnages et de foule en attente par le biais de matériaux insoupçonnés et nouveaux pour ses toiles.
À savoir non l’acrylique, qu’il emploie déjà à bon escient, mais surtout l’intrusion du ciment (joliment et tendrement coloré avec des tons frais et vibrants) et des fils de fer en petit grillage comme des barres de fenêtres ouvertes sur le monde ou de geôles privant l’être de libre circulation. Le tout en un ensemble parfaitement harmonieux coulé sur des toiles à dimensions variables (2mx1m et 80cmx80cm avec une préférence pour les œuvres à l’horizontale) où chante la vie. Et où, en toute légèreté de cœur, de doigts, d’imagination, d’exécution et de représentation, sont dénoncées les notions de rêve, d’évasion ou d’emprisonnement dans des villes au béton sauvage et aux barbelés à la fois visibles et invisibles.
La griffe est d’emblée reconnaissable. Avec ces petits groupes d’êtres au bas de la toile, sagement alignés en file indienne ou en unités turbulentes. Comme une amusante et mystérieuse bande dessinée. Et dans l’espace au-dessus, de vastes échappées belles où le ciment (pétri, malaxé, massé, entortillé, trituré, déroulé) se déploie comme des pans d’azur ou des chapes de plomb.
Ciment agrémenté de fils de fer qui gainent un paysage insolite, presque surréaliste, avec un symbolisme vite percé, mais définitivement celui de Chaouki Chamoun. Comme une vision traversée d’air pur pour toujours davantage d’observation, de fuite en avant, d’espace, d’émancipation, de délivrance, de liberté.

Confidences claires
Cet homme, enfant de la Békaa (né à Sariine, près de Rayak), qui affiche une carrière riche d’un demi-siècle d’expositions plébiscitées par le public et a longtemps vécu aux États-Unis où il a décroché un PHD de l’Université de Syracuse (New York) en 1975, a la confidence claire. « Cette exposition sacre, pour moi, le rapport de la matière à la matière, le traitement au traitement. Je m’explique : c’est un procédé expérimental pour donner un nouveau souffle à la créativité. Après le pastel, l’aquarelle, l’acrylique, je me suis attaqué au ciment pour en tirer toutes les possibilités et potentialités. Pour un langage pictural inédit. » Pour l’artiste, il s’agit donc de manipuler la matière à des fins esthétiques. Tout comme pour la sculpture ou la céramique. D’ailleurs, le titre de son exposition, « Transformation », est explicite. « Il y a le plaisir au travail bien entendu, et cela se passe en plein air et non dans un atelier fermé à cause de l’emploi de l’époxy, de la résine et d’autres produits de fixation contre-respiratoires. J’ai repris mon idée de départ qui m’a marqué durant la guerre. Je veux dire ces longues files d’attente devant une boulangerie, dans les ports ou les aéroports… », explique-t-il.
Ces mêmes files habitent aujourd’hui à nouveau ses toiles mais avec « des matériaux différents, une expression artistique et une approche nouvelles » . Après tout, affirme-t-il, la vie entière est attente. « Par delà tous les paradoxes, toutes les confusions et les adversités, il y a l’attente pour la joie ou devant la douleur. Et c’est ce que représentent ces groupes de gens qui sont ma milice », dit-il dans un petit éclat de rire. « Mais au fond, que sommes-nous par rapport à la dimension du cosmos ? D’où cet aspect lilliputien de tous ces gens en quête de lumière, d’équilibre, de paix, de sérénité… », conclut Chaouki Chamoun.

Galerie Mark Hachem, « Transformation » de Chaouki Chamoun, jusqu’au 22 février 2018.





L’œil toujours étincelant et d’une insatiable curiosité, les propos rythmés par de grandes mains qui s’agitent, la silhouette sportive, les cheveux sel et poivre sur un front dégagé, Chaouki Chamoun revisite son inspiration de personnages et de foule en attente par le biais de matériaux insoupçonnés et nouveaux pour ses toiles.
À savoir non l’acrylique, qu’il emploie...

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