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Liban

Jérusalem, « cause des causes » du monde arabo-musulman

Paix régionale

Interventions de Fouad Siniora et de Béchara Raï à la conférence internationale d’al-Azhar.

Fady NOUN | OLJ
18/01/2018

Une conférence islamo-chrétienne internationale de deux jours s’est ouverte hier au Caire, à l’initiative du grand imam de la grande institution sunnite d’al-Azhar, Ahmad el-Tayyeb, sur le thème : « L’identité arabe de la Ville sainte (al-Qods, Jérusalem) et son message », en présence du pape Tawadros III des coptes-orthodoxes.

Un nombre significatif de personnalités libanaises laïques et religieuses y participe. C’est ainsi que la séance d’ouverture, hier, a été présidée par l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, et que le patriarche maronite Béchara Raï et Tarek Mitri, ancien ministre de la Culture, y sont intervenus.
Au nombre des personnalités libanaises présentes figurent aussi l’ancien chef d’État Amine Gemayel, le ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk, le mufti de la République Abdellatif Deriane, l’ancien député Farès Souhaid, le secrétaire général du comité national pour le dialogue islamo-chrétien Mohammad Sammak, ainsi que le métropolite de Beyrouth, Élias Audi, l’archevêque maronite de Beyrouth Boulos Matar et le catholicos Aram Ier.

 « Que faire, après la reconnaissance de Jérusalem par les États-Unis comme capitale d’Israël ? » pourrait être le titre de l’intervention inaugurale de Fouad Siniora, comme de toutes les autres d’ailleurs, puisque c’est sur ce dilemme entre une passivité complice et des discours tonitruants mais inefficaces que les Arabes s’interrogent.

Il y a lieu de souligner, d’ailleurs, que la conférence sur Jérusalem au Caire se tient presque en parallèle, pour ne pas dire en concurrence, avec la conférence des Parlements islamiques à Téhéran, qui a également fait de Jérusalem la « cause des causes » du monde musulman, et que l’OLP est invitée à « suspendre sa reconnaissance d’Israël ».


(Lire aussi : Raï : Personne ne peut accepter la judaïsation de Jérusalem)



Siniora : Ne pas capituler
Que faire, en effet ? « Ne pas capituler, ne pas céder au désespoir ou au découragement, refuser de voir brisée la volonté de la oumma islamique », a souligné l’ancien Premier ministre et, parallèlement, « refuser de recourir à des actions négatives, emprunter la voie de l’intolérance et la dérive vers une violence meurtrière qui conduirait au terrorisme ».

Entre ces deux extrêmes, M. Siniora préconise le réalisme. « Il n’est pas vrai que les paroles resteront au stade de paroles », a-t-il dit, encourageant les régimes arabes à « tirer les leçons de leurs guerres et de leurs négociations passées », et de fixer leurs yeux sur « la lutte infatigable » du peuple palestinien.
 « Nous possédons des points forts que nous ne devons pas négliger, a conclu M. Siniora. Ne prenons pas prétexte de leur insuffisance ou de leur inefficacité immédiate, pour y renoncer. Fixons nos yeux sur un objectif : l’édification d’un État palestinien avec pour capitale Jérusalem. Tenons bien fort à notre foi musulmane, arabe et chrétienne dans les droits nationaux du peuple palestinien (…) Appuyons-nous sur les résolutions de la légalité internationale (…) et coordonnons nos actions pour une plus grande efficience » au service d’une « identité pluraliste de Jérusalem » et des « libertés religieuses ».
 « Chrétiens et musulmans, consolidons l’identité et le message d’al-Qods, capitale de l’État palestinien, en faisant ressortir l’importance et le caractère sublime de notre longue expérience passée et présente du vivre-ensemble comme modèle de vie », a enfin lancé M. Siniora dans sa tirade finale.

La solution des deux États
Pour sa part, le patriarche Béchara Raï a fait l’historique du mouvement sioniste et de la création de l’État d’Israël, puis passé en revue la position du Vatican sur Jérusalem. Le chef de l’Église maronite a précisé que le Saint-Siège a tout dernièrement encore (8 janvier 2018) défendu une fois de plus le droit des Palestiniens à avoir leur propre État, en prônant la solution dite « des deux États ».

Le Saint-Siège, rappelle-t-on, se fait une règle de ne jamais entrer dans les contentieux territoriaux entre les pays, mais il ne reconnaît pas pour autant l’annexion de Jérusalem-Est par Israël, s’en tenant à la résolution du 20 août 1980 du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la proclamation par Israël de Jérusalem comme capitale « une et indivisible ».

Prière et solidarité interreligieuse
Que faire ? À cette question initiale le patriarche a répondu en prônant la prière commune, la solidarité interreligieuse islamo-chrétienne sur toute l’étendue du monde arabe, l’appui à la présence démographique palestinienne par la fondation de familles, l’attachement à la propriété des biens-fonds et le gel de tout exode ou mouvement migratoire, le renforcement du sentiment de l’appartenance et l’éducation à l’amour de la Ville sainte dans les foyers, les écoles et les lieux de culte, un usage intelligent des médias, enfin un lobbying persistant et de longue haleine.
Pour sa part, Tarek Mitri a évoqué un sujet qu’il connaît bien, puisqu’il lui a consacré un ouvrage (Au nom de la Bible, au nom de l’Amérique) : les chrétiens sionistes. C’est sous leur influence, a-t-il expliqué, puisqu’ils représentent près du quart de son électorat, que le président Trump a pris sa décision de transfert de l’ambassade US dans la Ville sainte. Ces mouvances évangéliques soutiennent le projet politique de l’État hébreu au nom d’une vision millénariste de l’histoire, croyant hâter ainsi la seconde venue du Christ.


Pour mémoire

Raï assistera au Caire à une grande conférence d’al-Azhar sur Jérusalem

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IMB a SPO

Ca suffit de oerdre votre temps - Jerusalem est DE FACTO la capitale d'Israel que vous le vouliez vou non. Rien ne va changer, le statut quo des Lieux Saint ne changera pas et la situation politique non plus. Donc, ca suffit que Rai et consort s'occupent plutot de la situation des coptes et autres chretien du MO...

Hitti arlette

Cher monsieur
Le dialogue islamo-chrétien n'a jamais abouti à des résultats positifs . Et l' Egypte est le pays le moins habilité à débattre de ce genre de problème . Les attentats et les horribles massacres menés contre les églises chrétiennes sont les meilleures preuves que le père noël n'existe pas . Mensonges et hypocrisies ad libitum .

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