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Liban

Khatib tente de dorer la pilule : tri obligatoire avant toute incinération

Déchets ménagers
13/01/2018

La balle a été renvoyée dans le camp des municipalités hier, dans l'épineux dossier de la gestion des déchets ménagers, au lendemain de la décision du gouvernement d'agrandir la décharge de Costa Brava et d'organiser dans les six mois un appel d'offres pour la construction d'incinérateurs, en attendant que les municipalités prennent l'affaire en main. « Aux municipalités de choisir la méthode qui leur convient pour traiter leurs déchets », a déclaré le ministre de l'Environnement, Tarek el-Khatib, lors d'une conférence de presse tenue dans son bureau, prônant la décentralisation sur le long terme.

« Le plan du ministère de l'Environnement se base sur la décentralisation et nous n'adoptons pas une méthode de traitement particulière. Les municipalités et fédérations de municipalités devront choisir la technique qui leur convient et le ministère veillera à étudier l'impact écologique de la méthode choisie, que ce soit les incinérateurs ou autres », a souligné M. Khatib qui, plutôt que de parler d'incinérateurs, préfère parler de « waste to energy ».

En attendant de pouvoir mettre les incinérateurs en place, le Conseil des ministres a décidé jeudi d'agrandir la décharge côtière de Costa Brava. Outre les déchets de la capitale, la décharge recevra aussi les déchets du Chouf et de Aley. Une décision saluée par Akram Chehayeb, président de la commission parlementaire de l'Environnement et député de Aley. « Nous espérons, par le biais de ce projet, régler la crise des déchets dans les cazas du Chouf et de Aley de façon permanente », a-t-il dit.

Répondant à ceux qui dénoncent les risques environnementaux du « waste to energy », M. Khatib a souligné : « La technique du "waste to energy" a été choisie depuis 2010, du temps du gouvernement Tammam Salam, et elle est adoptée dans les plus grandes capitales du monde. » La transformation des déchets en énergie est obtenue par le biais de la récupération des gaz émis par les déchets.

 

(Pour mémoire : Déchets : de commissions en sous-commissions...)

 

 

Incinérateurs ou RDF ?
Si aujourd'hui la question des incinérateurs semble presque tranchée, le ministre d'État pour la Planification et membre de la commission ministérielle pour la gestion des déchets, Michel Pharaon, rappelle que M. Khatib s'était prononcé pour le RDF (Refuse Derived Fuel) dans son plan d'action présenté en août dernier. « M. Khatib avait présenté un document au gouvernement dans lequel il faisait état d'une solution ponctuelle et d'une autre sur le long terme. Il suggérait l'utilisation des décharges pour une année et demandait, sur le long terme, d'améliorer le tri et de suivre la technique du RDF, arguant que cette méthode nous dispenserait des décharges et des incinérateurs », a déclaré M. Pharaon à L'OLJ. « Or, lors de nos dernières réunions, M. Khatib a finalement distribué quelques feuilles sur le sujet, différentes du plan présenté en août. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait laissé tomber son plan initial, il n'a pas répondu », a indiqué le ministre qui s'est dit « choqué » par la manière dont le dossier est traité.

Questionné par L'OLJ sur le passage de l'option RDF à celle des incinérateurs, le ministre de l'Environnement a assuré que, partant du principe que son plan ne favorisait pas une méthode particulière, il ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'une des municipalités choisisse de traiter ses déchets selon le RDF, « tant que cette technique est écologiquement sûre ».
M. Khatib a par ailleurs annoncé qu'un comité composé de représentants du secteur public, du secteur privé et de la société civile sera mis en place afin de faire le suivi du plan de traitement des déchets mis en place par le ministère de l'Environnement. Un congrès sera également organisé bientôt pour les municipalités et la société civile, afin de présenter les objectifs dudit plan.

 

(Lire aussi : Quand l'art et le jeu sensibilisent à la problématique des déchets)

 

« La différence notable est dans les coûts »
Face au risque de voir certaines municipalités envoyer systématiquement tous leurs déchets à l'incinération, une source proche du ministère de l'Environnement a assuré à L'Orient-Le Jour que l'usage des incinérateurs suppose le tri sélectif des ordures, puisque le fer et le plastique ne peuvent pas être brûlés par exemple. « Les municipalités ne pourront envoyer leurs déchets aux incinérateurs que s'ils sont triés. L'usage des incinérateurs permettra de réduire la masse des déchets. Les municipalités pourront ensuite vendre ce qui reste aux usines de recyclage », a souligné le responsable.

Interrogé par L'OLJ sur la différence entre le RDF et le « waste to energy », un expert a expliqué pencher pour le RDF pour plusieurs raisons. « Le RDF est le procédé qui consiste à transformer certains déchets en un combustible utilisé par certaines industries comme les cimenteries, explique l'expert. La grosse différence est que l'incinérateur doit être construit de A à Z, alors que les machines de RDF sont beaucoup plus simples à mettre en place dans des centres de tri ordinaire. La différence notable est dans les coûts, bien moindres pour le RDF ainsi que pour le temps d'installation, puisque les incinérateurs ont besoin de plusieurs années de construction. » « Il y a également le problème des résidus de l'incinération et des cendres toxiques qui se pose », a aussi mis en garde l'expert.

Le parti des Verts a pour sa part critiqué les décisions du gouvernement, estimant qu'elles s'éloignaient de la règle écologique consistant à « réduire, réutiliser et recycler ». « Les incinérateurs menacent la santé des Libanais et contredisent l'engagement du Liban à lutter contre le changement climatique en réduisant ses émissions », a souligné le parti dans un communiqué.

 

 

Pour mémoire
Hariri ordonne la fermeture du centre de traitement des déchets de Tripoli

Déchets : de mesures hâtives en reports successifs...

 

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DOUBLE TRAVAIL ! DOUBLE BETISE !

gaby sioufi

et voila, sans honte, avec en plus des auto louanges doublees de louanges ttes pures,
voila qu'ils en remmettent
voila qu'ils veulent continuer a se foutre de notre gueule :
TRI prealable ???
non mais, meme ds les pays evolues ils n'arrivent pas a controler ca,
alors au Liban ? qui va le faire ?

Ah mais desole, j'oubliai les solutions miracles disponibles DANS TS LES CAS :
Stes de controle privees, a couts de millions , mais des millions partages!

Irene Said

Magnifique et brillant le projet de Akram Chehayeb de "régler" le problème des déchets du Chouf et de Aley en les déversant tout simplement aussi à Costa Brava !

Bravo, Monsieur le président de la commission parlementaire de l'environnement et DEPUTE DE ALEY,

et MERCI de la part des habitants de cette région du bord de mer !!!
Irène Saïd

Wlek Sanferlou

Hahaha... Les libanais à tout niveau sont devenus expert dans le traitement des déchets solides... Mais pas de traitement en vu! Allah yirhamak ya chouchou...

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