Déchets ménagers

Déchets : de commissions en sous-commissions...

Le flou continue d'entourer ce dossier épineux, certains politiques dénonçant le projet d'agrandissement des décharges côtières ou la possible mise en place d'incinérateurs.

Les commissions parlementaires mixtes se sont réunies hier pour parler de la crise des déchets. Photo ANI

Le président de la commission parlementaire de l'Environnement, Akram Chehayeb, a appelé hier à adopter le système du Refused Derived Fuel (RDF ou combustible fabriqué à partir des déchets) dans le cadre d'un plan de traitement des déchets ménagers solides. La gestion de ce dossier continue d'être vivement critiquée, à l'heure où une sous-commission parlementaire a été mise en place pour établir un rapport sur la question, en vue de l'adoption d'une loi sur le traitement des déchets dans le pays.

« Nous devons suivre la tendance scientifique, en adoptant notamment le RDF, afin de transformer le problème des déchets en opportunité économique et source de production de courant électrique », a dit M. Chehayeb, lors d'une réunion des commissions parlementaires mixtes.

« J'ai proposé de créer une sous-commission qui doit étudier la version finale du rapport sur la gestion des déchets, et j'ai demandé un délai qui ne dépasse pas les trois semaines afin d'apporter des modifications nécessaires au texte, à la lumière des changements au niveau mondial concernant la gestion des déchets », a-t-il expliqué.

« Cette sous-commission va tenir sa réunion mardi prochain, afin de présenter, sous trois semaines, son rapport aux commissions parlementaires mixtes, pour aboutir à deux projets de loi sur les déchets solides et les réserves naturelles », a ajouté M. Chehayeb. Une loi sur la gestion des déchets est en étude au Parlement depuis 2014, mais pourrait encore subir quelques modifications, à la lumière des remarques de la sous-commission. « Il s'agit de la première tentative d'aboutir à une loi globale concernant la gestion des déchets », a souligné le député.

Concernant les réserves naturelles, M. Chehayeb a dit attendre les remarques que le ministère de l'Environnement compte faire parvenir aux députés. Il a souligné que la protection des réserves naturelles « nécessite le vote d'une loi au Parlement ».

 

(Lire aussi : Quand l'art et le jeu sensibilisent à la problématique des déchets)

 

Critiques des Kataëb
Présent lors de la réunion des commissions mixtes, le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a vivement critiqué la gestion du dossier des déchets par le gouvernement. « L'autorité politique a insisté à déverser les déchets dans la mer, malgré tous les avertissements que nous avions émis à ce sujet, sachant que cela est un désastre écologique qui affectera les générations futures », a dénoncé M. Gemayel.

« Les responsables concernés ont menti lorsqu'ils ont assuré qu'un tri des déchets sera effectué, mais, depuis deux ans, nous n'avons rien obtenu à ce sujet, car, jusqu'à présent, il n'y a pas de centres de tri, ni même un projet pour édifier de tels centres », a affirmé le député.

Un plan de gestion des déchets mis en place en mars 2016 prévoyait l'utilisation des deux décharges côtières de Bourj Hammoud et de Costa Brava sur une période de quatre ans. Un plan préparé dernièrement par le Conseil du développement et de la reconstruction à la demande du gouvernement propose l'agrandissement de ces deux décharges.

« Peut-être que ce plan d'agrandissement a pour but de relier tout le littoral du Mont-Liban afin qu'il devienne une décharge d'ordures », a lancé Samy Gemayel.

Des propos auxquels Simon Abi Ramia, député de Jbeil (CPL), n'a pas tardé à répondre. « Il semble que M. Gemayel ait oublié que les ministres affiliés au parti Kataëb (qui étaient membres du précédent gouvernement) avaient voté en faveur du plan des déchets (...) », a répondu M. Abi Ramia. « Nous avons assez des accusations, nous voulons des solutions scientifiques et concrètes », a-t-il ajouté.

 

(Pour mémoire : Hariri ordonne la fermeture du centre de traitement des déchets de Tripoli)

 

« Parking pour ordures à 200 millions de dollars »
« C'est de la folie. Nous assistons à la mise en place d'un parking pour ordures à 200 millions de dollars », a lancé pour sa part Serge Tor Sarkissian, député de Beyrouth, à L'Orient-Le Jour. « Nous avons besoin de traiter sérieusement de la question des déchets », a-t-il souligné, précisant qu'il avait demandé au gouvernement de consacrer une séance aux déchets. M. Tor Sarkissian a par ailleurs critiqué le plan de gestion établi par le gouvernement sur quatre ans, dénonçant « quatre ans de virus, de bactéries et de cancer ». « Est-il possible de parler de tourisme dans un pays où les touristes sont accueillis par des décharges à leur arrivée ? » s'est-il demandé. « La loi doit trancher, mais on se dirige vers les incinérateurs. Ils sont considérés comme étant la solution la plus facile et la plus lucrative, avec soi-disant une production d'énergie. Or, nos déchets sont très humides et non triés (...). Ils vont sûrement élargir les décharges », a-t-il dit.

Paul Abi Rached, président de l'ONG environnementale Terre Liban, dénonce pour sa part une loi sur la gestion des déchets « trop générale, avec une absence de hiérarchisation des méthodes de traitement des déchets ». « Nous avons essayé de faire en sorte que cette loi ne passe pas aujourd'hui (lors de la réunion des commissions mixtes). Cette loi permet de choisir la méthode de traitement que l'on veut », a-t-il déclaré à L'OLJ, avant d'ajouter : « Il s'agit pour eux d'une façon de pousser vers l'adoption des incinérateurs. »

Le ministre de l'Environnement a par ailleurs répondu dans un communiqué aux propos des uns et des autres, et dénoncé des « surenchères populistes à la veille des législatives ». « Le ministre de l'Environnement connaît bien le dossier (...). Néanmoins, aucune question ne lui a été posée lors de la réunion sur les détails du plan de gestion des déchets », précise le communiqué.

 

 

Pour mémoire
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Le président de la commission parlementaire de l'Environnement, Akram Chehayeb, a appelé hier à adopter le système du Refused Derived Fuel (RDF ou combustible fabriqué à partir des déchets) dans le cadre d'un plan de traitement des déchets ménagers solides. La gestion de ce dossier continue d'être vivement critiquée, à l'heure où une sous-commission parlementaire a été mise en...

commentaires (4)

Au lieu de re-créer indéfiniment des commissions, sous-commissions etc. plus inproductives les unes que les autres et qui probablement sont payées... Pourquoi ne pas charger et payer de vrais experts, locaux et internationaux d'étudier sérieusement ce problème des déchets et trouver des solutions adaptées à la diversité du paysage libanais ? Des incinérateurs, pourquoi pas, mais uniquement dans des régions loin des lieux habités. Dans d'autres, des usines de tri et de recyclage, qui créeraient des emplois. Le Liban, est-il le seul pays au monde où le traitement des déchets est insoluble ??? Faut seulement décider sérieusement de résoudre ce problème, sans écouter tous les opposants systématiques à toutes les solutions proposées. Car c'est pour cela que l'on avance jamais. Il faut savoir trancher et ordonner, c'est pour cela que l'on a été nommé président, ministre, directeur et responsable d'un pays ! Et c'est ainsi que cela fonctionne dans les autres nations...non ? Irène Saïd

Irene Said

12 h 23, le 10 janvier 2018

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Commentaires (4)

  • Au lieu de re-créer indéfiniment des commissions, sous-commissions etc. plus inproductives les unes que les autres et qui probablement sont payées... Pourquoi ne pas charger et payer de vrais experts, locaux et internationaux d'étudier sérieusement ce problème des déchets et trouver des solutions adaptées à la diversité du paysage libanais ? Des incinérateurs, pourquoi pas, mais uniquement dans des régions loin des lieux habités. Dans d'autres, des usines de tri et de recyclage, qui créeraient des emplois. Le Liban, est-il le seul pays au monde où le traitement des déchets est insoluble ??? Faut seulement décider sérieusement de résoudre ce problème, sans écouter tous les opposants systématiques à toutes les solutions proposées. Car c'est pour cela que l'on avance jamais. Il faut savoir trancher et ordonner, c'est pour cela que l'on a été nommé président, ministre, directeur et responsable d'un pays ! Et c'est ainsi que cela fonctionne dans les autres nations...non ? Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 23, le 10 janvier 2018

  • Lorsqu'un gouvernement formé de trois négations qui ne veulent pas ou ne peuvent pas solutionner un problème, il le renvoie à une commission puis en sous commission... C'est ce que le général de Gaulle avait appelé en 1963 "comité Théodule" ou "comité Gustave" ou "comité Hippolyte".

    Honneur et Patrie

    12 h 07, le 10 janvier 2018

  • je me demande, etre membre d'une commission, une sous commission, une sous sous commission , est on remunere autrement que d'honneur a servir le peuple?

    gaby sioufi

    10 h 16, le 10 janvier 2018

  • ET DE COMPROMIS EN COMPROMIS... ET DE BETISES EN BETISES... ET LE PEUPLE EN SOUFFRE DANS SA SANTE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 14, le 10 janvier 2018