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Liban

Déchets : de mesures hâtives en reports successifs...

Environnement

Comme lors du dernier Conseil des ministres, une réunion ministérielle s'est terminée sur un ajournement de la question controversée de l'agrandissement des décharges.

27/12/2017

La réunion de la commission ministérielle sur les déchets, tenue hier au Grand Sérail sous la présidence du Premier ministre Saad Hariri, a abouti à l'adoption du plan à long terme de gestion des déchets du ministère de l'Environnement. Mais la décision controversée de l'agrandissement des deux décharges officielles côtières (saturées précocement et accueillant les déchets de Beyrouth et du Mont-Liban) n'a pas été discutée. Est-ce parce que, comme l'ont assuré des sources à la chaîne LBCI, cette question est du ressort du seul Conseil des ministres, ou parce que le consensus n'est pas si garanti que cela ?

Alors que la réunion s'est terminée sans que ne soit fixée une nouvelle date, le ministre de l'Environnement Tarek el-Khatib a simplement déclaré que « la commission a discuté de la politique générale qui lui a été présentée par le ministère de l'Environnement, et a approuvé les principes généraux (de ce document) avec de légères modifications ». M. Khatib a bien pris soin de préciser que la question de l'agrandissement des décharges n'a pas été tranchée et que la date de la prochaine réunion sera fixée par le Premier ministre lui-même.

Des personnes interrogées continuent de penser que l'agrandissement des décharges est inévitable, certaines même craignant que les autorités concernées ne veuillent orienter les débats vers la seule option des décharges et de l'incinération, sans considération pour les alternatives. Mais est-ce si sûr ?

 

(Pour mémoire : Le Conseil des ministres termine son année sur... un report du problème)

 

 

« Pas à nos dépens »
L'agrandissement des décharges n'a donc pas été tranché. Que signifie cela alors même que les déclarations sur la sursaturation précoce des décharges, peut-être dès mars prochain pour Costa Brava, suffisent à semer la panique sur une future crise des déchets dans les rues ? Il existe en tout cas un indice déroutant, vu les circonstances : avant d'entrer à la réunion, le ministre du Tourisme Avédis Guidanian a fait savoir qu'il était contre l'agrandissement des deux décharges. Qui connaît ce cadre du parti Tachnag sait qu'il suivait de près la construction de la décharge de Bourj Hammoud, que le parti avait entérinée en 2016 sous de strictes conditions.

Quelle est donc la position du parti qui domine la scène politique de cette banlieue ? Une source Tachnag assure à L'Orient-Le Jour que cette position est claire : le parti refuse tout agrandissement de la décharge de Bourj Hammoud avant l'adoption d'un plan général du gouvernement susceptible de régler le problème. « Nous avions accepté d'assumer notre part pour régler la crise des déchets dans les rues, fait remarquer cette source. Cependant, il semble que nous soyons passés à une nouvelle étape. Nous prendrons notre temps avant de décider de quoi que ce soit ayant trait à l'avenir de cette décharge. »

Mais n'y a-t-il pas urgence vu la sursaturation précoce des deux décharges ? « L'idée n'est pas de savoir où vont être jetés ces déchets, mais si une solution définitive et globale pour leur gestion va effectivement être trouvée, selon cette source. Le plan qui a préludé à la création de ces deux décharges avait une durée de quatre ans et nous sommes convaincus qu'au moins dans le cas de Bourj Hammoud-Jdeidé, les délais sont respectés pour le moment. D'où le fait que nous ne voyons pas l'urgence de prendre une décision immédiate en vue de l'agrandissement de cette décharge ou d'autres. »
Et d'ajouter, sur un ton énigmatique : « Si certains sont pressés de prendre cette mesure (d'agrandissement) avant les élections législatives (NDLR : mai prochain), cela ne se fera pas à nos dépens. »
Ces décharges sont installées à même la côte et les craintes de pollution les accompagnent depuis leur création, ainsi que les procès de la société civile contre les entrepreneurs et les autorités qui, pour l'instant, n'ont pas encore donné de fruits.

 

Décentralisation et gestion
Pour sa part, le ministre de l'Environnement a souligné hier, en marge de la réunion de la commission, que la question du plan à long terme de gestion des déchets est indépendante de celle de l'agrandissement des décharges, qui vient répondre à un besoin plus pressant. Interrogé sur les spécificités de ce plan, il a précisé que le texte consacrait l'idée de la décentralisation de la gestion des déchets, avec une exclusivité des prérogatives accordées au ministère de l'Environnement dans le domaine. Selon lui, certaines municipalités, grâce à des dons provenant de l'Union européenne (UE) notamment, ont réussi à édifier des usines de traitement. « Cela n'a cependant pas constitué une véritable décentralisation en soi, en l'absence d'une politique générale claire, a-t-il poursuivi. Aujourd'hui, cette politique est à même d'organiser cette décentralisation en lui définissant des garde-fous et un encadrement écologique approprié. »

Selon les informations obtenues par L'OLJ concernant ce document, le papier présenté par le ministre hier est fondé sur les principes énoncés dans le code de l'environnement – loi n° 444, adoptée en 2002 – notamment les principes de précaution, de prévention, de protection de la biodiversité, de surveillance de la pollution, d'évaluation de l'impact écologique, de pollueurs-payeurs et de bonne gouvernance, ainsi qu'une restitution maximale des déchets (recyclage, réutilisation...). Mais il a été impossible de contacter le ministre Khatib hier pour plus d'informations.

Concernant les technologies, ce papier en particulier ne les aborde pas en détail mais souligne que la méthode appropriée doit être choisie par chaque protagoniste. Le Refused Derived Fuel (RDF, ou combustible fabriqué à partie des déchets et pouvant être employé dans les cimenteries), considéré par certains comme une manière efficace de réduire le volume des déchets, n'aurait été cité qu'une seule fois dans le texte d'hier, comme devant être nécessairement ajouté aux usines de tri de la Quarantaine et de Amroussié, alors qu'il était cité avec beaucoup plus d'insistance dans le plan présenté le 12 août.

Pour sa part, le ministre d'État à la Planification, Michel Pharaon, membre de la commission, a déclaré avoir demandé durant la réunion que soit considérée l'option de développement des usines de tri afin qu'elles accueillent une technologie RDF, permettant de réduire drastiquement le volume des déchets, conformément au plan initial présenté par le ministre de l'Environnement le 12 août dernier. Par ailleurs, il a demandé que l'usine de tri de la Quarantaine, au lieu d'être agrandie sur place comme c'est prévu, soit transportée à Bourj Hammoud près de la décharge, à l'instar de l'usine de tri de Amroussié qui devrait être déplacée vers Costa Brava. La logique étant de garder les infrastructures à proximité, pour plus d'efficacité, dit-il à L'OLJ.

À noter que l'utilisation du RDF dans des cimenteries avait fait l'objet de tests effectués sous la supervision du ministère de l'Environnement il y a quelques années et qu'ils avaient suscité une polémique dans l'entourage des usines et auprès d'experts.

 

 

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Wlek Sanferlou

Les civilisations du monde entier et pour des millénaires ont trouver des solutions à leurs déchets solides...
Pas la nôtre!!!! ... Ou, peut être qu'on n'est pas civilisé?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TERGIVERSATIONS ET REPORTS... LES GRANDS ACHEVEMENTS DE NOS INCAPABLES IRRESPONSABLES/RESPONSABLES !

Irene Said

Si on compte juste...une "commission" composée de...11 ministres etc., + le chef du gouvernement...et pas une petite lumière qui s'allume dans un de ces 11 cerveaux ministériels ?

Mais que font-ils au juste ?

Ont-ils vraiment envie de règler ce problème devenu puant des déchets ménagers ?
Savent-ils au juste de quoi ils sont censés discuter et sont-ils capables de planifier ?
Irène Saïd

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