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Joseph Abboud, le designer le plus « Made in America »

This is America

Alors que le président Trump s'évertue à rapatrier les nombreuses industries locales qui se sont établies à l'étranger pour des raisons économiques, ce créateur américain d'origine libanaise est salué pour sa fibre ultrapatriotique.

12/01/2018

La griffe masculine éponyme de Joseph Abboud a connu un grand succès aux USA depuis une trentaine d'années, notamment avec ses blazers souples et ses vestes aux épaules tombantes, qui donnaient à ses costumes une coupe confortable et séduisante, privilégiée par le grand Giorgio Armani. Avec ce concept, il avait atteint les sommets, accumulant plusieurs prix honorifiques en même temps qu'une belle fortune. En dépit de la marée (montante) des créateurs, il est arrivé à trouver sa place grâce à trois constantes : sa foi dans la beauté, l'élégance BCBG et l'attrait toujours tendance du costume.

Cette année, il est revenu sur le devant de la scène, puisque, en plein débat politique sur les avantages économiques d'implanter des branches industrielles à l'étranger, Abboud reste l'un des rares à n'avoir jamais eu la tentation de produire ses vêtements en dehors des frontières américaines. Depuis ses débuts dans le métier, sa production est directement sortie de son usine installée dans une ancienne filature, non loin de la ville de Boston, et qu'il a transformée pour ses besoins. Les tissus qu'il emploie proviennent toujours d'Italie, mais c'est aux États-Unis que Abboud élabore une silhouette masculine haut de gamme qui souligne les formes du corps sans les écraser. Il a voulu que son « Made In America » soit « chic et cool », et à un prix abordable, avec des costumes à moins de 1 000 dollars d'une qualité égale aux griffes italiennes vendues, elles, à plus de 5 000 dollars.

 

L'art dans son ADN
Bien qu'issu d'une famille de travailleurs, des émigrés de la deuxième génération, Joseph Abboud, aujourd'hui âgé de 68 ans, était dès sa prime jeunesse fasciné par les beaux vêtements. Quant à son talent de designer, il le tient sans doute de sa mère, Leila, l'amour de sa vie. Une couturière qui a dû subvenir aux besoins de sa famille après l'accident de travail de son époux Joe, mécanicien. Son histoire et ses souvenirs liés au pays du Cèdre figurent dans un ouvrage que Joseph Abboud a signé il y a quelques années sous le titre Threads (fils), (éditions Harper Collins), ou le tissage de sa vie privée et professionnelle.

« Leila Sallah Abboud, ma mère, a toujours été une couturière, du moins depuis 1930, quand elle travaillait dans une usine de vêtements. Enfant, je la voyais travailler à la maison. Le bruit de sa machine à coudre encore en marche continuait de résonner à l'heure où tout le monde était rentré dormir. Je me souviens aussi de séries de manches et de cols, emballés séparément. La couture n'était pas pour elle un art et ne relevait pas d'un goût pour la mode. Coudre servait simplement à payer les factures, et cela n'avait rien d'inspirant », y raconte Abboud.

Cependant, l'atmosphère était à la légèreté dans cette famille unie, comme il la décrit : « Personne n'était pleinement artiste, mais nous étions tous capables d'exprimer nos émotions et d'exprimer la beauté dans nos vies. Ma sœur Jeanette composait de la musique, mon autre sœur, Mara, peignait et la troisième, Nancy, faisait des dessins au fusain. Mon père réalisait des motifs kaléidoscopiques dans notre patio, avec un œil affiné pour les entrelacs, et ma mère était une cuisinière inventive. »

La famille vivait dans la partie sud de Boston qui regroupait des émigrés de première génération, à dominante moyen-orientale.

 

Les tonalités terre du cousin Gebran
Après un diplôme de littérature comparée, Joseph Abboud se rend en France dans l'espoir d'enseigner le français. Mais la mode est dans son ADN et lorsqu'il voit un jour, de retour aux USA, un homme élégant, en imperméable bleu marine et coiffé d'un chapeau Pierre Cardin, il décide de « devenir cet homme ». Il est alors engagé par un magasin de vêtements masculins huppé, Louis Boston, et en gravit tous les échelons avant de joindre l'équipe de Ralph Lauren en 1981. Six ans plus tard, il lance sa propre griffe relevant d'une esthétique fluide, à mi-chemin entre le style italien et l'allure « preppy » de Ralph Lauren. Parmi ses clients figurent Josh Kaufman (de l'équipe The Voice), le trompettiste et compositeur Wynton Marsalis et l'ancien journaliste vedette de la chaîne de télévision NBC, Tom Brokaw.

Malgré ce métier souvent enivrant, Joseph Abboud a gardé les pieds sur terre et est resté attaché à un talisman, un galet au doux toucher qui, confie-t-il, l'a aidé à apaiser son stress et ses inquiétudes. Dans cette proximité avec la nature, il se retrouve dans Gebran Khalil Gebran, qui est également le cousin germain de son grand-père. « Gebran vient d'une ville où les maisons ont des toits rouges et il dessine en sépia et gris, mes couleurs. Il écrivait dans des carnets aux couvertures brunes. Il aimait le bois naturel, la terre sombre et les arbres aux feuillages changeants. Il aimait les galets ramassés au bord des mers de toute la planète et il aimait les rouler entre ses doigts, bien plus qu'une poignée de pièces d'or clinquantes. Moi de même. »

Pour illustrer ses propos, une inoubliable publicité de Abboud représente une cravate très « artsy » réalisée avec des galets de différentes formes et couleurs nouée autour du col d'une chemise marron, avec une pierre en forme de nœud. Drôle et créatif, en toute élégance.

 

 

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