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Idées

Trump attaque la paix au Moyen-Orient

Statut de Jérusalem
Daoud Kuttab | OLJ
09/12/2017

En trois semaines, le gouvernement des États-Unis a attaqué le peuple palestinien sur trois fronts. D'abord lorsque, le 17 novembre, l'administration du président Donald Trump a annoncé sa décision (par la suite infirmée) de fermer le bureau diplomatique de l'OLP à Washington. Puis le 5 décembre, lorsque le Congrès a voté à l'unanimité le Taylor Force Act qui bloque l'aide à l'Autorité palestinienne de 2018 à 2024, à moins que celle-ci ne cesse de soutenir financièrement les familles des militants palestiniens tués ou condamnés. Mais c'est la troisième attaque, qui survint le jour suivant, qui s'avérera la plus dévastatrice pour les efforts de paix.

Au mépris de l'écrasante opposition mondiale, sans parler des résolutions passées de l'Assemblée générale des Nations unies et du Conseil de sécurité, Trump a annoncé que les États-Unis reconnaîtraient officiellement Jérusalem comme la capitale d'Israël. Le message est clair : l'administration Trump est déterminée à dicter la version israélienne de la paix avec les Palestiniens, plutôt que de négocier un accord équitable entre les deux parties.

Bien sûr, ce n'est pas ainsi que l'administration Trump le présente. Comme le rapportait le New York Times juste avant cette annonce, les responsables de l'administration Trump pensent que cette décision pourrait accélérer le processus de paix, « en supprimant une cause d'ambiguïté de la position américaine ». Après tout, disent-ils, la question de l'ambassade se pose tous les six mois, lorsque le président doit signer une nouvelle dérogation pour maintenir l'ambassade à Tel-Aviv – ce qui, de leur point de vue, nourrit les tensions politiques.

(Lire aussi : Israël : mettons fin à l'apartheid !)

 

Accepter tranquillement la défaite

Dans son discours reconnaissant officiellement Jérusalem comme capitale d'Israël, Trump a affirmé que sa décision « ne reflète en aucune manière une rupture avec (son) ferme engagement à faciliter un accord de paix durable (...) qui est très important pour les Israéliens comme pour les Palestiniens ».
Mais ce même discours trahit la supériorité que Trump attribue à Israël : « Israël est une nation souveraine avec le droit comme toute autre nation souveraine de déterminer sa propre capitale. » Malgré tous ses efforts, la Palestine n'est bien sûr pas reconnue en tant qu'État souverain par les États-Unis. Ainsi, loin de rechercher un accord de paix juste entre les deux parties, Trump a effectivement déclaré la victoire d'Israël – et demandé aux Palestiniens d'accepter tranquillement la défaite.

Pourtant, les Palestiniens ont montré une profonde capacité de résistance. L'été dernier, lorsque le gouvernement israélien a décidé unilatéralement d'installer des détecteurs de métaux à l'entrée de l'esplanade des Mosquées, des Palestiniens ont manifesté devant l'esplanade pendant deux semaines, forçant les Israéliens à revenir sur leur décision.

Déplacer l'ambassade des États-Unis à Jérusalem est un geste symbolique beaucoup plus puissant, ce qui suggère qu'il pourrait susciter une résistance encore plus formidable – et pas seulement des 300 000 Palestiniens qui vivent à Jérusalem-Est, ou même des plus de 12 millions de Palestiniens dans le monde. Ce que l'administration de Trump ne reconnaît pas, c'est que Jérusalem – le troisième site le plus sacré de l'islam – n'est pas seulement un problème israélo-palestinien ; tous les 350 millions d'Arabes du monde et 1,5 milliard de musulmans y ont un intérêt direct et vital.

Trump peut penser que sa lune de miel actuelle avec l'Arabie saoudite lui permettra d'échapper à la pression des dirigeants arabes. Mais le prince héritier Mohammad ben Salmane fait face à trop d'opposition à ses propres réformes pour prendre parti ouvertement pour Israël sur une question aussi sensible que Jérusalem. Le fait est que les dirigeants du monde musulman et arabe n'autoriseront pas Trump à remettre unilatéralement Jérusalem à Israël, simplement pour satisfaire sa petite base d'évangélistes sionistes chrétiens américains (il a reçu le soutien de moins d'un quart des juifs américains). Et en effet, Mohammad Shtayyeh, un membre du comité central du Fatah, a déjà promis que les dirigeants palestiniens, en coordination avec la Jordanie et d'autres États arabes, résisteraient à ce diktat.

(Lire aussi : Jérusalem: chère au coeur des musulmans, symbole de défaite)

Résister à l'épreuve du temps

Pourtant, ce ne sont pas seulement les Arabes ou les musulmans qui soutiennent les justes demandes des Palestiniens pour un accord de paix juste. D'innombrables personnes dans le monde – de toutes confessions et origines, ainsi que des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, de son Assemblée générale et de la Cour internationale de justice – soutiennent également cette position. Cela est vrai même aux États-Unis : selon un sondage publié par l'Arab American Institute, seuls 20 % des Américains (y compris les Arabes et les juifs) sont d'accord pour déplacer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Les Palestiniens appellent à une solution à deux États, avec Jérusalem-Est comme capitale d'un État palestinien et Jérusalem-Ouest comme capitale d'Israël. Les Israéliens, en revanche, ont toujours contrecarré une solution à deux États, et ont exigé d'avoir Jérusalem tout seuls. En bref, si le conflit israélo-palestinien doit jamais être résolu, c'est la position du gouvernement israélien – et celle de l'administration Trump – qui doit changer.

Beaucoup en Israël le reconnaissent : 25 éminents Israéliens – dont d'anciens diplomates, officiers ou universitaires – ont signé une lettre dénonçant la décision de Jérusalem. « Le statut de Jérusalem, écrivaient-ils, est au cœur du conflit israélo-palestinien et doit être déterminé dans le contexte de la résolution de ce conflit. »

Tout accord de paix viable doit pouvoir résister à l'épreuve du temps. Cela signifie qu'il doit être juste et équitable, plutôt que de laisser une partie bouillonner de ressentiment. Surtout si ce ressentiment s'étend à des millions de personnes dans le monde. Tenter d'imposer une solution à la gorge des Palestiniens augmentera la probabilité d'une nouvelle éruption de violence, pas celle de la paix.
©Project Syndicate

Journaliste palestinien, lauréat de nombreux prix internationaux pour la liberté de la presse.

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gaby sioufi

serieusement, le pire n'est il pas les reactions regionales / depuis l'inaction des decennies passees a jour ?
de reunions en reunions, ( OIC etc... ), de propagande anti sioniste a l'autre, de guerre perdue a l'autre - contre israel ET entre arabes eux memes - de guerres intestines provoquees par les palestiniens -chez eux ET chez les autres -, de victoires divines en victoires divines ......
d'allies decevants en allies decevants - interchangeables of course- VIVE L'ALTERNANCE ,

nous en restons la !
a pleurnicher , insulter satan ( lui aussi interchangeable ) .

Marionet

Je suis profondément hostile à la déclaration de Trump et à Trump lui-même mais écrire "Jérusalem – le troisième site le plus sacré de l'islam – n'est pas seulement un problème israélo-palestinien ; tous les 350 millions d'Arabes du monde et 1,5 milliard de musulmans y ont un intérêt direct et vital," c'est tirer un trait sur la symbolique de Jérusalem aux yeux des Chrétiens et des Juifs aussi. Ça trahit un sectarisme regrettable.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,IGNORANCE DANS L,HIERARCHIE DES ETATS UNIS EST LE PLUS GRAND DANGER QU,ENCOURT LE MONDE !

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