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Liban

Pierre Issa : Les États-Unis ont beaucoup plus à donner au Liban que des dollars

Interview

Le cofondateur d'arcenciel était l'invité d'honneur d'un dîner d'anciens de Jamhour à New York. Il a répondu aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

24/11/2017

Invité d'honneur du dîner que l'association Jamhour Alumni US a organisé il y a quelques jours à Washington, pour célébrer 14 ans d'action au profit du Collège Notre-Dame de Jamhour et de son réseau de neuf écoles, Pierre Issa est le cofondateur d'arcenciel, une ONG « apolitique et aconfessionnelle », créée en 1985 durant la guerre civile et reconnue d'utilité publique par décret présidentiel.

Cette organisation qui travaille avec et pour toute personne en difficulté, emploie 600 salariés handicapés moteurs aidés de professionnels volontaires, avec un budget consolidé annuel de 20 millions de dollars. Elle a pour seul objectif « le mieux-être de la population civile ». Son travail qui se construit autour de cinq programmes relevant des politiques nationales dans tous les secteurs s'étend sur tout le Liban. Sa stratégie et son savoir-faire sont une « success story » exportée dans onze pays, dont la France. Son rayonnement s'étendra bientôt aux États-Unis, un pays qui « a beaucoup plus à donner au Liban que des dollars, » souligne-t-il dans une interview recueillie par L'Orient-Le Jour à New York.

 

« Rainbow clubs » et « circenciel »
Cette ONG est devenue une entreprise qui génère des revenus. « Il n'y a aucune différence entre une ONG et une entreprise », se hâte-t-il de préciser. « Une entreprise peut être gérée, menée ou créée par une ONG, par une coopérative ou par une société anonyme. Ce n'est pas antinomique. Nombreux sont ceux qui font cette confusion : À but non lucratif ne signifie pas ne pas réaliser de profits. Cela veut dire ne pas distribuer des dividendes à des actionnaires. Cela veut dire que si une activité génère des profits, ces profits sont réinvestis dans l'action au service du groupe cible pour lequel elle a été créée «, clarifie-t-il. « Arcenciel s'étend sur tout le territoire national au service de tous », poursuit Pierre Issa. « Au Liban, le travail social est le fait des communautés et de réseaux confessionnels. arcenciel signifie l'arc-en-ciel qui représente toutes les couleurs et se lève pour tous. Notre organisation rayonne donc pour tout le monde. Et bien qu'aconfessionnelle, notre culture institutionnelle est inspirée du programme de vie chrétienne qui n'a rien à voir avec la foi », ponctue-t-il.

Fonctionnant toujours « à contre-courant », arcenciel, qui a démarré pendant la guerre au service des handicapés, des toxicomanes et des délinquants, a évolué pour devenir un acteur économique clé avec pour principaux bénéficiaires les plus démunis. Le succès du programme jeunesse, appelé rainbow clubs, dans le Akkar, avec la création d'un centre avec une piscine chauffée destinée aux handicapés, a répondu à un grand besoin pour les jeunes de cette région. Les rainbow clubs se sont étendus ensuite dans toutes les régions du Liban. De ces clubs, est né le circenciel, l'école du cirque pour les jeunes en décrochage scolaire et familial. Ce programme, le seul de ce type au Moyen-Orient, a été mis en place par le Cirque du soleil, pour l'association canadienne Enfance du monde et Cirque du monde. Cette opération connaît un grand succès.

 

Transfert de savoir-faire
L'ONG agit en fonction des besoins et des crises. En 2001, Pierre Issa décide d'agir pour la collecte et le traitement des déchets. « C'est une success story pour arcenciel », affirme-t-il. « On nous a tapés sur les doigts quand on a voulu travailler les déchets solides infectieux à risque. Le Liban venait de signer les accords de Kyoto ; les incinérateurs étaient interdits. Il fallait trouver une solution », raconte-t-il. « Ce tout petit marché était inintéressant pour les mafias. Avec les déchets à risque, arcenciel s'est positionné comme acteur-clé en traitant 83 à 97 % des déchets hospitaliers, laboratoires et cliniques vétérinaires au Liban. Cette success story est telle que des partenaires et les agences de l'ONU nous ont demandé de faire une stratégie pour l'Algérie et la Syrie avec une campagne de sensibilisation et de formation en collaboration avec le ministère syrien de la Santé », assure M. Issa. Cette expertise qui a réussi en France, en 2015, sera bientôt appliquée dans les pays du Maghreb. « Pourquoi pas les États-Unis ? »

Le projet d'établir une antenne arcenciel aux États-Unis pourra bientôt voir le jour. « Ce pays qui est à la pointe de tout, avec de gros budgets pour la recherche et le développement, a bien plus à donner que des dollars, » observe-t-il. Que cherche-t-il à faire en Amérique ? « D'abord un travail de veille, d'identification en fonction des besoins de nos programmes, et déterminer comment faire du transfert de savoir et de savoir-faire des États-Unis vers le Liban, en agriculture, en environnement, en gestion de l'eau et autres. » Pour lui, « un travail de relations institutionnelles avec les grandes fondations devra être mis sur pied, parce qu'arcenciel est un modèle pilote qui a un gros potentiel de mise en œuvre et une capacité d'implantation et d'application ». L'organisation a établi des programmes permanents en Syrie, en Jordanie et en Égypte et des programmes avec plus de onze pays, au Moyen-Orient, en Macédoine, en Turquie, en Éthiopie, au Mozambique et au Sri Lanka. « Le traitement des déchets hospitaliers, le cirque, les maisons en terre, ces modèles-pilotes marchent bien au Liban. Ils pourront être reproduits dans les pays du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord, et d'autres », estime-t-il.

Aux États-Unis, « une partie d'arcenciel se concentrera sur le transfert du savoir et du savoir-faire, et une autre sur la relation institutionnelle pour avoir accès aux gros fonds d'implantation de projets au Liban et en dehors du pays ».

Optimiste ? « Sûrement. Le démarrage se fera à New York, parce que c'est la capitale économique. Nous allons collaborer avec les universités. Il y aura des cas d'études sur arcenciel dans les universités américaines, notamment à Columbia et à Harvard, comme cela a déjà été fait à l'AUB. Nous avons déjà gagné deux prix de MIT. » Ce rêve sera bientôt une réalité.

 

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