Pour les différentes parties locales, dont le Hezbollah, et pour la communauté internationale, la stabilité du Liban constitue une ligne rouge, il est vrai, mais le pays n'est pas vraiment à l'abri des secousses générées par les tractations autour d'un règlement de la crise syrienne et le bras de fer engagé à ce niveau entre l'Arabie saoudite et l'Iran, qui essaie, à travers le Hezbollah, d'utiliser le pays comme un atout pour asseoir son influence dans la région et se poser comme un interlocuteur incontournable, au moment où Washington essaie de réduire cette influence.
C'est dans cette perspective notamment que les responsables américains ont intensifié depuis quelque temps leurs visites au Liban et développé leur aide à l'armée libanaise, « qui constitue une force de combat régionale de premier plan, pleinement capable de défendre les frontières du Liban », a tenu à affirmer hier l'ambassadrice américaine, Elizabeth Richard, lors de la remise de deux avions A-29 Super Tucanos aux forces régulières.
Washington œuvre principalement pour obtenir le retrait des forces gravitant dans l'orbite iranienne des zones de conflit dans la région, comme en Irak et en Syrie. Une manœuvre qui est très mal vue par l'Iran, et qui aurait motivé le discours tenu la semaine dernière par le président Hassan Rohani, à Téhéran. Celui-ci avait suscité un malaise dans les hautes sphères de l'État ainsi qu'une vive indignation dans les milieux du 14 Mars, dans la mesure où le chef de l'État iranien avait pratiquement présenté le Liban comme étant un État satellite. Hassan Rohani avait affirmé en substance que des actions décisives ne pouvaient pas être menées en Irak, en Syrie, au Liban, sans tenir compte du point de vue iranien. Dans les milieux de Baabda, on s'était même interrogé sur le point de savoir si ce genre de positions était dans l'intérêt du pays, et de sources aounistes, on a critiqué ceux qui s'étaient portés volontaires pour expliquer que les propos du président iranien avaient été mal traduits sans pour autant donner la version supposée être correcte de ce passage de son discours.
La réponse pourrait être apportée par le vice-président iranien, Eshagh Jahanguiri, attendu à Beyrouth dans les prochaines semaines et dont la visite pourrait s'inscrire dans le cadre de tentatives iraniennes de contrecarrer l'offensive diplomatique américaine en faveur du Liban. Commentant cette visite, un diplomate établit une comparaison entre l'apport iranien à Beyrouth et celui des États-Unis et de l'Arabie saoudite. Il souligne que Téhéran multiplie les promesses d'aide au Liban sans que celles-ci ne se concrétisent, les aides iraniennes, et plus précisément militaires, étant exclusivement fournies au Hezbollah au moment où Washington et Riyad soutiennent inconditionnellement les autorités libanaises. Ce diplomate rappelle à ce propos l'épisode du don saoudien d'un milliard de dollars que Riyad avait fini par suspendre non pas à cause de la campagne systématique menée contre lui par le Hezbollah qui accusait la famille royale de soutenir et de financer le terrorisme, mais parce que les autorités libanaises gardaient le silence face au déchaînement du Hezb contre lui.
Aujourd'hui encore, l'Arabie en veut au Liban officiel qui ne bronche pas alors que la campagne du parti de Hassan Nasrallah a repris de plus belle contre elle. La visite impromptue du chef du gouvernement, Saad Hariri, à Riyad devrait être liée à ce point, d'autant qu'elle intervient au lendemain de tweets très révélateurs du ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane. Ce dernier avait écrit lundi sur son compte Twitter : « Je m'adresse au gouvernement parce que le parti du Diable (le Hezbollah) y est représenté et parce qu'il est terroriste. Il ne s'agit pas de faire sauter le gouvernement, mais il faut que ce parti saute. Ceux qui croient que mes tweets représentent mon propre point de vue se font des illusions. Ils verront dans les prochains jours ce qui va se passer. Quelque chose d'extraordinaire va se produire. Comme nous avons réussi à éliminer Daech (le groupe État islamique) et el-Qaëda, nous viendrons à bout de la tumeur cancéreuse au Liban. »
Selon des sources ministérielles, l'Arabie saoudite en veut à Saad Hariri parce qu'il l'avait convaincue de l'importance, pour le Liban, du compromis politique qui a permis au fondateur du CPL, Michel Aoun, d'accéder à la présidence de la République, sans que l'équilibre des forces ne soit modifié dans le pays, et qu'il n'a pas réagi lorsque le Hezbollah a recommencé à se comporter en vainqueur. Pour Riyad, le compromis politique tel qu'il est aujourd'hui appliqué est inacceptable. Selon les mêmes sources, les tweets de Sabhane sont le reflet du mécontentement saoudien, le royaume n'étant plus en mesure de tolérer des attitudes qui sont à l'antipode du discours d'investiture du général Michel Aoun et de la politique de distanciation prônée par le Liban. Riyad n'a pas non plus caché sa surprise face à l'absence de réaction libanaise officielle (autre que celle de M. Hariri) au discours de Rohani.
Selon un autre ministre, il faudra s'attendre à ce que Saad Hariri transmette aux artisans du compromis politique des messages saoudiens destinés à le remettre sur la bonne trajectoire, à savoir dynamiser les institutions pour éviter l'effondrement du pays et y maintenir l'équilibre politique loin de toute logique de vainqueur et de vaincu.
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UNE CHOSE D,ETRE EMPORTE MALGRE SOI DANS UN BRAS DE FER... UNE AUTRE DE SE FOURRER SOI-MEME DEDANS !
14 h 11, le 01 novembre 2017