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Liban

Quand trésors et autres raretés jaillissent du 415 Saïfi

Archéologie

Sur le site du futur siège de la SGBL, des tonnes de terre ont été remuées, ressuscitant un quartier de potiers et un mobilier archéologique de plus de 900 pièces correspondant à différentes périodes de l'histoire.

May MAKAREM | OLJ
01/11/2017

Spatule, truelle, ou binette, tout est bon pour ratisser minutieusement le sous-sol de la parcelle 415 à Saïfi où l'archéologue Mountaha Saghié et son équipe de la faculté d'archéologie de l'Université libanaise mènent des fouilles préventives depuis six mois. Le terrain, où se posera le futur siège de la SGBL, dessiné par le bureau d'architecture Renzo Piano, couvre 4 000 mètres carrés et, selon Mme Saghié, les opérations sont encore loin d'être terminées. Elles pourront se poursuivre jusqu'en 2018.

Ces derniers six mois ont été généreux en découvertes. Dès les premiers coups de pioche, sont apparus les vestiges d'un bâtiment datant de la fin du XIXe siècle. L'urbanisation post-ottomane ne les a pas fait disparaître complètement : trois grandes arcades sont encore debout. Elles ont été démontées et numérotées, afin qu'elles puissent, un jour, être restituées en l'état.

À l'angle sud-nord du site, et à sept mètres de profondeur par rapport au niveau actuel du trottoir, le sol vierge a été atteint, révélant un pan de mur de 20,50 m de long et de 2,30 m d'épaisseur. L'ouvrage, dont la surface est ornée de bossages, remonte au Ier siècle avant J.-C. Vu son plan incomplet, les archéologues n'ont pas pu encore déterminer sa fonction.

 

(Pour mémoire : Un sanctuaire hellénistique découvert à Tyr, une première)

 

 

Fours industriels
Des structures liées à des ateliers de potiers romains datant du Ier siècle de l'ère chrétienne ont été également découvertes. Des bacs à préparation d'argile ainsi que six fours de différentes tailles et formes ont été dégagés : circulaires pour ceux de dimension moyenne, elliptiques pour les deux grands. Ces derniers sont dans un état de conservation quasiment complet, signale Mountaha Saghié, qui précise qu'une partie uniquement de leur toit s'est effondrée. Leur reconstitution en dessin montre des installations munies d'une coupole, faite de vases emboîtés les uns dans les autres et liés au torchis. Elles ont été essentiellement utilisées pour la cuisson des grandes pièces comme les tuiles, les amphores servant au transport de l'huile et du vin. Des grandes cuves en pierre d'un mètre cinquante, ainsi que deux jarres, dites dolias, d'une capacité de plus de 60 litres – servant de silo de stockage pour le vin, l'huile et les céréales – ont été exhumées. L'ensemble est parfaitement conservé.

La présence d'un grand bassin à un jet de pierre du quartier des potiers soulève un débat. Certains archéologues émettent l'hypothèse que celui-ci appartient à une structure de vinification. Selon d'autres, il aurait servi de récipient pour la préparation d'argile. Pour l'archéologue Abdallah Alaeddine, le bassin, qui comporte des ouvertures destinées au remplissage puis à l'évacuation d'eau usée, est lié à un atelier de foulons (laverie publique, dite aussi foulonnerie). C'est dans ce plan d'eau, rempli de terre de foulon (une argile dégraissante), que les anciens plongeaient leurs linges, les foulaient avec leurs pieds pour les nettoyer, avant de les rincer. Le processus est répété jusqu'à ce que l'eau d'écoulement soit limpide. L'opération demande une grande quantité d'eau, d'où la présence sur le lieu d'un réseau de canalisations de plomb, indique en substance M. Alaeddine. Si cette hypothèse s'avère juste, ce serait « une découverte incroyable, car à part à Pompéi et à Ostia Antica, rares sont les foulonneries mises au jour », ajoute l'archéologue.

 

(Pour mémoire : Surprenantes fragrances romaines au BIEL...)

 

Minerve et lacrymatoires
Plus loin, dans une petite pièce à laquelle on accède par quelques marches, on aperçoit une niche où était probablement placée une statue. Pour Mme Saghié, il ne peut s'agir que de la déesse Minerve, patronne des artisans, et elle espère la retrouver dans les décombres.

Les spécialistes continuent leurs fouilles pour accéder aux niveaux les plus anciens, apportant une moisson de trouvailles impressionnante. « Plus de 900 pièces archéologiques correspondant à plusieurs périodes archéologiques ont été découvertes », signale Mountaha Saghié. Aux statuettes de marbre s'ajoutent des produits en terracotta : figurines, amulettes, vases, amphores, ainsi que de la vaisselle et des lampes à huile. Dont une intacte datant de 1500 avant J.-C. Elle a été trouvée dans une des tombes phéniciennes exhumées.

Des tombeaux grecs tardifs ont livré des lacrymatoires (sorte de récipients de terre cuite, en forme d'un flacon, dans lesquels, dit-on, les parents du défunt laissaient tomber leurs larmes). À proximité, deux squelettes de chevaux. Le sol a même recraché un lot de pièces de monnaie byzantines, romaines, grecques et phéniciennes. « L'une d'elles a été frappée au Ve siècle avant l'ère chrétienne », selon Abdallah Alaeddine.
Les excavations qui se poursuivront jusqu'en 2018 peuvent encore réserver plein de surprises. Affaire à suivre.

 

 

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Antoine Sabbagha

Ces trésors et autres raretés vont ils finir comme les autres trésors par être vendus à l'étranger ?

Talaat Dominique

si il existe des ruines ici
cela me reste rêveur en pensant qu'il y en a d'autres
en espérant que le passé ne sera pas détruit par l'argent

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES INTERESSANT !

Marionet

C'est super excitant! J'espère que le futur bâtiment SGBL laissera l'accès libre à ce site archéologique incroyablement riche.

Finalement, pour préserver les richesses architecturales et archéologiques du Liban, il faut les enfouir bien profond.

Sarkis Serge Tateossian

Merveilleuse découverte qui viendra enrichir le patrimoine national

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