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Liban

Un passé médiéval sous la maison Sacy à Saïda ?

Archéologie

Un trésor peut en cacher un autre : dans le vieux souk de Saïda, les fondations de Kasr Sacy sont assises sur un khan et un hammam, dont la datation serait antérieure à la vieille ville.

May MAKAREM | OLJ
14/01/2017

C'était le palais de Ali Hammoud, agha ottoman d'origine maghrébine chargé par le wali de Saïda de récolter les impôts et les taxes portuaires de la cité. En partie inscrit dans une tour de garde, remontant à l'époque croisée, le palais est reconverti en demeure vers 1721 (1134 de l'Hégire), comme l'indique une inscription gravée dans un des murs du salamlik, acheté en 1859 par Asin Khlat, épouse de Youssef Debbané. C'est ce que signale dans une étude l'historienne May Davie. Se référant aux actes du tribunal chérié, elle note que l'aile ouest formant la partie haramlik a été acquise par la famille Sacy en 1856.

Pour délimiter la séparation entre les deux propriétés, « on a muré toutes les ouvertures communes, c'est-à-dire portes et fenêtres », raconte Dr André Sacy, auteur de Saïda, d'hier et d'aujourd'hui (édition Aleph). « La maison a été habitée par nos parents jusqu'à dans les années 50. Les derniers étaient un oncle et un cousin, qui ont choisi de s'installer à l'extérieur de la vieille ville et ont loué le bâtiment avec un contrat autorisant la sous-location. Pendant un demi-siècle, de nombreuses familles habiteront les lieux, faisant des rajouts de construction incroyables, à l'intérieur de chaque pièce. » Cette occupation et le manque d'entretien durant des décennies ont entraîné la détérioration et le délabrement de la maison. « En 2000, décidé à récupérer la maison pour qu'elle reste le lieu commun de regroupement de la famille, mon frère Antoine a réussi à résilier le bail et à racheter les parts de nos cousins, dispersés dans différentes régions du monde. Un seul a refusé de vendre », enchaîne le Dr Sacy.

Devenu le gros propriétaire, Antoine Sacy se lance dans d'importants travaux de renforcement pour remettre en état le bâtiment et l'adapter aux normes de sécurité. L'expérience sera édifiante.

 

Sous-plafond d'environ 12 mètres
Dès la première tranchée creusée, pour atteindre la base des colonnes, apparaît une chambre voûtée. Les opérations qui se poursuivent dévoilent progressivement une série de pièces en voûtes. Un khan sur lequel est assis le haramlik est ainsi découvert. La structure, qui a évolué sur plusieurs étapes, révèle une autre salle aux murs et sol décorés. « L'épaisseur des murs de soutènement de deux mètres et demi d'épaisseur et un sous plafond de 11 à 12 mètres portent à croire que ces vestiges datent de l'époque croisée », dit le Dr Sacy.
Continuant le déblaiement, les ouvriers mettent au jour un four conservé presque à l'état original. « Il était entièrement enseveli sous des pierres. Les conduits d'aération passent aujourd'hui dans le mur d'un magasin de la vieille ville », signale encore André Sacy, indiquant par ailleurs deux puits d'eau, « creusés à des époques différentes ». L'un d'eux a dû servir à alimenter le bain turc... En effet, deux, trois marches plus bas, on découvre un hammam dont le dôme en cul de bouteille indique qu'il était autrefois éclairé à ciel ouvert. « Car ici, on est au-dessous du niveau de la ville actuelle. Cette partie pourrait donc être de la période mamelouke, ou même avant... »

 

Exceptionnel en son genre
Mais « les données historiques et la documentation font encore défaut », relève un archéologue rattaché à la Direction générale de l'antiquité (DGA), qui a requis l'anonymat. « Les travaux de restauration ont été entrepris avant qu'un relevé ne soit effectué par des spécialistes. Aussi, une recherche reste à établir pour mettre en cohérence les différentes phases de la construction et de vérifier pleinement toutes les hypothèses ».

Cela dit, « tout semble indiquer que l'habitation a été édifiée sur des vestiges médiévaux importants », relève May Davie dans une étude. « Nous savons que, sous les Mamelouks, les murailles des villes littorales furent détruites pour empêcher leur reconquête par les croisés. Seule une investigation archéologique poussée permettra de confirmer cette hypothèse. En tout état de cause, nous pensons que les murailles ottomanes ont repris les fondations préexistantes (...) À Beyrouth, le sérail était aussi en partie construit sur des fondations monumentales datant de la période croisée », écrit l'historienne.

S'appuyant, par ailleurs, sur des documents fonciers du XIXe siècle, elle rapporte que la maison Hammoud et ses abords appartenaient aux familles de Ali et Hussein Zahra, avant que des parties soient louées ou revendues à trois familles : les Darwich, les Baba et les Ghannoum. « La maison a fait l'expérience de multiples remaniements ; l'édifice actuel étant en somme le fruit d'une élaboration constructive longue de deux siècles et faite par étapes. » Reste toutefois que « ce monument qui fait corps avec une tour est exceptionnel en son genre au Liban », note l'historienne.

 

La Fondation Sacy
Les travaux de restauration du khan sont aujourd'hui terminés. Le lieu a accueilli en novembre un concert et un dîner de levée de fonds organisés par la Fondation Sacy pour agrandir le collège de Aïn el-Mir (sur la route de Jezzine), dirigé par l'évêché de Saïda. La fondation, qui se veut un lien très fort avec la ville et les environs, toutes confessions confondues, a pour objectif de contribuer au développement social, économique, culturel et humanitaire, en créant du travail et du profit renouvelable, dans des régions qui sont abandonnées par les jeunes, comme le dit en substance Jacques Sacy, président de la fondation.

 

Pour mémoire

Saïda sous la loupe du Pr André Sacy

 

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