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Liban

Les législatives, une nouvelle carte de pression aux mains du Hezbollah ?

Élections

« Plus aucun prétexte ne saurait justifier un nouveau report du scrutin », martèlent des responsables du parti chiite.

09/10/2017

Le feu vert semble avoir été donné au sein du Hezbollah pour faire campagne en faveur de la tenue des prochaines législatives, en mai prochain, coûte que coûte. Le mot d'ordre avait été donné la semaine dernière lors d'un discours prononcé à l'occasion de Achoura par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Sur un ton on ne peut plus confiant, ce dernier avait indiqué que les élections allaient assurément avoir lieu en temps voulu, précisant que ce souhait était également celui de l'ensemble des responsables politiques.

Au cours du week-end dernier, plusieurs ténors au sein du parti chiite ont matraqué la nécessité du respect des délais prévus pour la consultation électorale, maintes fois repoussée par le biais d'une triple prorogation du mandat de la législature.

« On ne pourra reporter le scrutin que dans le cas de figure où la nature devait se déchaîner », a ainsi affirmé le chef du conseil exécutif du Hezbollah, Hachem Safieddine. Dans une allusion à peine voilée au courant du Futur, l'un des courants politiques les plus désavantagés par la nouvelle loi électorale, selon les pronostics, mais aussi par le recul de sa popularité dans certaines localités à majorité sunnite, telles que Tripoli, le responsable au sein du parti chiite a mis en garde contre tous ceux qui seraient tentés par un report qui « mettrait sérieusement en colère les citoyens et pas seulement la nature », a-t-il prévenu. Selon lui, l'argument des circonstances exceptionnelles, jadis exploité, ne saurait faire diversion cette fois, « surtout que nous avons entre les mains une loi en bonne et due forme », a-t-il dit.

Le numéro deux du parti chiite, le cheikh Naïm Kassem, est revenu à la charge pour dire qu'aujourd'hui aucune excuse ne pourrait justifier un désistement devant un exercice démocratique d'autant plus incontournable que le peuple libanais « aspire désormais à une recomposition du pouvoir et exercer son droit à réclamer des comptes ». Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohammad Fneich, a lui aussi envoyé un message dans cette même direction. Il est rejoint par Hani Kobeissi, député Amal, allié électoral du Hezbollah par excellence. « Certains tentent de reporter les élections ou de modifier la nouvelle loi électorale », a-t-il déclaré. Une loi qui risque d'ailleurs de subir encore, à quelques mois des élections, un dernier lifting et que le Courant patriotique libre (CPL) n'a cessé de promouvoir comme étant un tremplin susceptible de renouveler les élites. C'est ce qu'a rappelé hier le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, proche de cette formation, qui a estimé que la réforme constitue un levier qui permettra de « libérer l'électeur des rouleaux compresseurs et des leaders traditionnels, lui permettant d'opter plutôt pour un style de gouvernance en lieu et place des chefs de file ». M. Sarraf ne s'est toutefois pas privé de saluer ces mêmes leaders traditionnels et la « bonne relation qui le lie à eux », en citant par ordre M. Berry, M. Hariri et les représentants de la ville de Saïda où il se trouvait pour une tournée.

Une carte gagnée d'avance

Pour nombre d'analystes, cette insistance du Hezbollah et de son principal allié, Amal, pour accélérer la procédure en vue de l'organisation du scrutin en mai prochain ne peut être expliquée que par le fait que le tandem chiite est donné principal gagnant après la réforme électorale. Le tandem est non seulement indéboulonnable dans ses régions, mais il raflerait même quelques sièges en plus grâce au nouveau scrutin mixte avec vote préférentiel.

Le courant du Futur, quant à lui, risque de perdre un peu moins de la moitié des sièges alors que le Courant patriotique libre et les Forces libanaises seraient égratignés plus ou moins gravement selon les alliances qu'ils réussiront ou non à faire dans les régions à prédominance chrétienne. « Pour faire court, aucune autre formation à part les formations chiites n'a intérêt à s'aventurer sur ce terrain », devait commenter un expert électoral.

Sauf que, cette fois-ci, il sera extrêmement difficile pour la classe politique de faire avaler la pilule non seulement au tandem Hezbollah-Amal, mais surtout à l'opinion publique dans son ensemble, qui n'a pu digérer à ce jour le diktat d'un Parlement qui s'est autoprorogé à trois reprises, foulant au pied les principes démocratiques les plus élémentaires.

Ainsi, le Hezbollah a non seulement intérêt à jouer une carte gagnée d'avance, mais il est également bien placé pour pouvoir la rançonner sur la scène politique en vue de faire pression et obtenir des concessions ailleurs, croit savoir un observateur qui suit de près le dossier électoral.

« Tout comme M. Berry avait brandi, il y a deux semaines, la menace de convoquer à des législatives anticipées, le Hezbollah pourrait être actuellement en train de se livrer à un jeu similaire en cherchant à exploiter la vulnérabilité électorale de ses partenaires politiques », dit-il. Hier, l'adversaire sunnite du courant du Futur, l'ancien ministre trublion Achraf Rifi, s'est engouffré dans la brèche en mettant en garde contre un « remake de dernière minute » de la loi électorale, inacceptable du point de vue des standards internationaux. Celle-ci risque de subir un nouveau lifting, si l'on en croit les informations qui circulent à ce sujet. « Celui qui a concocté la loi à sa juste mesure a regretté son architecture par la suite. Il est tombé dans son propre piège », a déclaré M. Rifi lors d'un dîner pré-électoral organisé samedi, à Tripoli, en présence de plusieurs avocats du Nord.

Hier, un autre dîner a rassemblé au domicile du chef du PSP Walid Joumblatt, à Clemenceau, le Premier ministre Saad Hariri, le président du Parlement Nabih Berry, le ministre des Finances Ali Hassan Khalil, Taymour Joumblatt, le fils du chef du PSP, ainsi que l'ancien ministre Waël Bou Faour. Au menu des échanges, notamment, les législatives. Dans un tweet publié tard en soirée, M. Joumblatt est resté vague en évoquant un climat d'« entente » autour de la nécessité de « protéger le Liban et de préserver sa stabilité » tout en faisant prévaloir « l'approche réaliste ».


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C.K

Ils ont l'air fin tous les trois, postures et mines à l'image du pays....

Le Faucon Pèlerin

Tous les acteurs du Hezbollah parmi eux cheikh Naïm Kassem, Hachem Safieddine; Mohammad Fneich, Hani Kobeissi
pour ne citer qu'eux, n'accepteront aucune raison qui empêcherait les élections législatives au printemps 2018. parmi ces raisons, la nature déchaînée, le gros temps, les tempêtes, les tsunamis, les cyclones, les ouragans et les séismes.
A bons entendeurs sunnites, chiites libres, druzes ou chrétiens indépendants, Salut !

gaby sioufi

s'il faut en croire les medias,ce sont jsutement les potes les plus proches que nasrallah craint vouloir annuler les elections.

DROLE HEIN ? mais la ns savons que nasrallah levera son index au moment voulu et signifiera a ses potes ses instructions !

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