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Raqqa "sacrifiée" pour vaincre l'EI

Syrie

"Les infrastructures sont complètement détruites. L'eau, les réseaux électriques, les ponts, plus aucun service ne fonctionne (...) Le monde a le devoir de nous aider", dit un membre du Conseil civil de la ville.

OLJ/Reuters/John Davison
08/10/2017

Seuls les anciens murs de brique rouge entourant la vieille ville tiennent encore debout. Le reste de Raqqa n'est qu'une succession de ruines.

Les combats entre les milices arabo-kurdes des FDS (Forces démocratiques de Syrie, soutenues par les Etats-Unis) et les jihadistes de l'Etat islamique ont transformé la ville de l'est de la Syrie en champ de gravats. Les mosquées, les minarets sont criblés de balles de mitrailleuses, les maisons ont été détruites par les raids aériens de la coalition. Aucun bâtiment n'est épargné.

L'ancienne "capitale" autoproclamée de l'EI en Syrie, que les jihadistes ont tenue d'une main de fer pendant trois ans, a pratiquement été reconquise par les FDS. Mais les dégâts sont immenses. La reconstruction prendra des années et coûtera des millions.

"Les infrastructures sont complètement détruites. L'eau, les réseaux électriques, les ponts, plus aucun service ne fonctionne", explique Ibrahim Hassan, chargé de coordonner les réparations au sein du Conseil civil de Raqqa. "Nous avons sacrifié notre ville pour vaincre le terrorisme. Le monde a le devoir de nous aider", dit-il.

Omar Allouche, un autre membre du Conseil, estime qu'au moins de la moitié de la ville est complètement rasée. "Il y a aussi des corps sous les décombres, de civils et de terroristes. Il faudra les inhumer pour éviter les épidémies." Raqqa abritait autrefois plus de 200.000 habitants.

 

(Lire aussi : De retour à Raqqa, des habitants pleurent une ville totalement défigurée)

 

Priorité au déminage
Selon Amnesty International, l'offensive menée depuis des semaines par les FDS, notamment les frappes aériennes, a coûté la vie à des centaines de civils pris au piège. Impossible pour l'heure de chiffrer le nombre de victimes. La coalition dit tout faire pour éviter des pertes civiles, mais la ville est dense et les maisons où sont embusqués les snipers de l'EI sont fréquemment la cible de raids aériens.

La reconstruction n'a pas commencé car les affrontements continuent de faire rage dans un petit périmètre du centre-ville où sont retranchés les islamistes, qui ont en outre disséminé des dizaines de mines dans les secteurs qu'ils ont abandonnés. "La priorité, c'est l'aide d'urgence, l'eau, la nourriture et le déminage", déclare Ibrahim Hassan.

Le Conseil civil veut rétablir au plus vite les services publics mais ses moyens sont limités et son personnel est volontaire. "Le soutien de la communauté internationale s'est amélioré, nous nous sentons moins isolés, mais cela reste modeste", ajoute le responsable. Les Etats-Unis ont ainsi livré récemment plusieurs bulldozers et d'autres véhicules pour dégager les débris. Au total, 56 engins son attendus. "Même 700 ne suffiraient pas", souligne Omar Allouche.

Les membres du Conseil de Raqqa craignent que l'absence de progrès ne favorise des troubles. "Les groupes rebelles qui avaient pris Raqqa en 2013 n'ont pas bien géré la ville", relève un diplomate occidental dans la région. "C'est en partie ce qui a permis à Daech (EI) de s'en emparer. Sans aide humanitaire, sans une gouvernance locale efficace, le risque de violences augmente."

 

(Lire aussi : Les FDS s'emparent du QG de sécurité de l'EI à Raqqa)

 

Dans le collimateur de la Turquie
Le Conseil civil, composé d'ingénieurs, d'enseignants, de médecins, se plaint de ne pas être assez soutenu par les pays de la coalition. Mais, explique le diplomate, certains de ces pays redoutent les réactions de la Turquie vis-à-vis d'une structure qu'Ankara juge trop proche de la milice kurde YPG. Le pouvoir turc considère l'YPG, qui joue un rôle crucial au sein des FDS, comme une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) qu'il combat depuis plus de trente ans sur son territoire.

Un autre diplomate explique que la coalition s'inquiète également de la faible représentation des Arabes de Raqqa au sein du Conseil.

Pour le moment, la Turquie ayant fermé ses frontières avec le nord de la Syrie contrôlé par les FDS, l'aide à destination de Raqqa doit transiter par le Kurdistan irakien et le Conseil de la ville doit se débrouiller avec ses propres moyens.

"Nous attendons de l'aide pour réparer le pont à l'est", déclare la coprésidente du Conseil Leila Moustafa, qui est ingénieure de formation. "Si elle n'arrive pas rapidement, nous commencerons nous-mêmes, avec tout ce que nous pourrons trouver."

 

 

Lire aussi

Sortir de Raqqa, une question de vie ou de mort pour les blessés

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VAINCRE L,E.I. DANS SES FIEFS DE LA REGION... MAIS ENTRETEMPS ILS ONT... FILTRES PARMI LES REFUGIES... DEMENAGE VERS L,OCCIDENT !

Chammas frederico

Éradication, mais à quel prix?
Comment "faire payer a EI et à ce qui reste de ses fidèles" les. Crimes commis, les destructions occasionnées?
Effarant de constater les "Effets du Mal" a ravers l'action de quelques "enragés suicidaires"
Et "essaime partout"
Dieu vienne en aide aux parents des victimes innocentes, ou qu'ils se zrouvent

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