Liban

Navires-centrales : Joumblatt préconise de se conformer à l’avis des organismes de contrôle

Electricité

Le bras de fer entre la direction des adjudications et le ministre de l'Énergie se poursuit.

13/09/2017

À la veille de la tenue du Conseil des ministres prévu demain jeudi, le chef du PSP, Walid Joumblatt, a relancé le débat autour du dossier des navires-centrales que l'État projette de louer pour combler une partie du déficit de production d'Électricité du Liban. « Il est préférable de se conformer aux conditions posées par la Direction des adjudications (DDA) pour parvenir à réaliser un appel d'offres transparent avant d'opter pour de nouvelles centrales », a indiqué M. Joumblatt dans un tweet. « Plus important encore, a-t-il ajouté, le fait de parvenir à une meilleure gestion de la compagnie d'électricité. »

Le Conseil des ministres réuni le 24 août dernier à Beiteddine avait adopté plusieurs mesures pour relancer l'appel d'offres devant attribuer ce marché public estimé à moins de deux milliards de dollars sur cinq ans. Le gouvernement avait décidé une semaine plus tôt de redémarrer cette procédure après avoir annulé celle lancée en avril par le ministère de l'Énergie et de l'Eau, l'appel d'offres ayant été jugé invalide par nombre de ministres, suite aux remarques formulées par la DDA.

Depuis, le dossier continue de faire la navette entre la DDA, le Conseil des ministres et le ministre de l'Énergie, César Abi Khalil. Après avoir renvoyé en Conseil des ministres ses remarques sur l'appel d'offres, la DDA a reçu hier la réponse du ministère de l'Énergie, où le dossier a été transféré. Selon une source proche du dossier, c'est le retour à la case départ.
« Les remarques de fond formulées par la DDA, qui a relevé maintes irrégularités dans le cahier des charges, ont été royalement ignorées par M. Abi Khalil, qui s'est contenté de rebondir sur des points techniques, en évitant d'apporter des réponses rigoureuses au vice majeur qui entache le cahier des charges : l'élimination par différents moyens de toute concurrence loyale », précise la source.

 

(Pour mémoire : Navires-centrales : l'appel d'offres relancé... mais sans garanties)

 

 

Karadeniz, encore et toujours
Parmi les irrégularités, on relève la question des délais accordés aux sociétés candidates pour déposer leurs offres, soit 21 jours, « un temps insuffisant » de l'avis d'un expert, d'autant que les sociétés désirant soumettre leur offre doivent se conformer à des requis techniques tels que les attestations et certifications qu'elles doivent solliciter de l'étranger. Les délais d'exécution, fixés entre trois et six mois, favorisent en outre une seule et unique société, la société turque Karadeniz, en éliminant d'emblée la concurrence, poursuit l'expert.

De l'avis de plusieurs observateurs qui suivent de près ce dossier, le nouvel appel d'offres reste, malgré les modifications exigées en Conseil des ministres, très proche du précédent. « À voir de près le cahier des charges, on a clairement l'impression qu'il est concocté à la juste mesure de la société turque », commente un responsable qui suit de près ce dossier. Il rejoint ainsi les propos formulés en août dernier par le ministre des Transports, Youssef Fenianos, qui avait alors déclaré : « Ils ont fait sortir Karadeniz par une porte pour mieux la faire rentrer par la fenêtre. »

Le bras de fer entre l'administration et le ministre de l'Énergie se poursuit donc, sur fond d'un alignement politique qui divise la classe politique entre ceux qui sont en faveur des navires-centrales et ceux qui s'opposent au principe d'un appel d'offres se limitant aux seuls opérateurs de barges. Parmi ces derniers, les Kataëb, qui ont dénoncé à plus d'une reprise cette condition restrictive notamment, ainsi que l'absence de toute considération écologique. Ils sont rejoints par les Marada, les Forces libanaises et le mouvement Amal, lui-même rejoint par le Hezbollah.

Interrogée, une source proche du Hezb déplore « la mauvaise gestion de ce dossier depuis le début ». Selon cette source, « il aurait fallu dire clairement dès le départ que les sociétés capables de fournir un tel service sont peu nombreuses. Cela n'a pas été fait, d'où les doutes suscités au sein de l'opinion publique mais aussi d'une partie de la classe politique ». D'après lui, au lieu de concentrer ses efforts et son énergie à la recherche d'une solution, le gouvernement mène aujourd'hui une guerre pour calmer l'opinion publique et contrer les informations qui filtrent de part et d'autre. « Tant que le gouvernement n'a pas tranché, aucune information ne devrait filtrer à la presse », a-t-il dit.

Une source proche du dossier a estimé à ce propos que l'accusation adressée à la DDA, notamment au sujet d'informations ayant filtré à la presse, est une manière de faire pression sur les responsables de cet organe de contrôle pour qu'ils se plient aux desiderata du ministre de l'Énergie. « Or, poursuit la source, le gouvernement semble totalement ignorer l'existence d'une loi qui prévoit le droit de tout citoyen libanais, et des journalistes notamment, à l'accès à l'information. Le texte leur permet de réclamer et d'obtenir toutes les données concernant les marchés publics. »

C'est également l'avis de Rami Rayès, conseiller en communication de M. Joumblatt, pour qui « la transparence est le seul moyen de dissiper les soupçons ». « D'ailleurs, dit-il en évoquant la nouvelle loi sur le droit d'accès à l'information, ce n'est pas la première fois qu'une loi est foulée aux pieds sitôt après sa promulgation. »

Pour les Kataëb, la solution est d'amender le cahier des charges de sorte à prendre en considération toutes les remarques formulées par la DDA. « Parmi celles-ci, le fait d'avoir réduit les appels d'offres aux seules navires-centrales en éliminant la possibilité pour d'autres centrales qui proposent des solutions sur terre ferme de se présenter », rappelle Charles Saba, conseiller de Samy Gemayel, chef du parti.

Quand bien même le gouvernement avait accepté le principe des centrales sur terre ferme, cette décision, censée encourager la concurrence, « a été contournée » grâce à une clause stipulant que les sociétés concernées doivent assurer elles-mêmes le terrain. « Une absurdité de plus, sachant que l'État possède beaucoup de terrains à Zahrani et Deir Ammar », commente une source qui suit le dossier de près.
Rejoignant M. Joumblatt, les Kataëb préconisent à leur tour « une politique de gestion globale du secteur de l'électricité et d'EDL, en désignant notamment un nouveau conseil d'administration, le plus tôt possible, afin de mettre un terme à l'hémorragie financière en cours ».

 

 

Pour mémoire

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Saliba Nouhad

Amusant que ces Messieurs dénoncent, protestent, veulent mettre un terme aux hémorragies financières, retour à des débats souvent stériles, des organismes de contrôle etc...
Ils tournent autour du pot sans oser dénoncer carrément les magouilles, dessous de table, corruption éhontée évidente!
Pourquoi?
Car dans notre République bananière, impunité garantie et, le renard passe passe et à chacun à son tour!

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