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Maghreb

La diplomatie religieuse, porte d’entrée du Maroc en Afrique subsaharienne

Pour accroître son influence en Afrique, le Maroc s'appuie largement sur la diplomatie religieuse.

Mohammed VI et Macky Sall lors d’une visite officielle du roi marocain à Dakar, le 21 mai 2015. Sellou/Photo AFP

Le royaume chérifien a le vent en poupe en Afrique. Quelques mois après avoir fait un retour retentissant au sein de l'Union Africaine (UA), après 33 ans d'absence, le Maroc s'apprête désormais à rejoindre la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao).
Ce retour en grâce sur la scène régionale africaine est le fruit d'une stratégie menée par le roi, Mohammed VI, qui s'est rendu à de nombreuses reprises en Afrique subsaharienne depuis les années 2000 avec responsables religieux et hommes d'affaires dans ses valises.

La multiplication de ces visites officielles a permis d'accroître l'influence marocaine sur le continent. Cette renaissance du Maroc sur la scène africaine doit beaucoup à sa diplomatie religieuse, véritable soft power développé puis renforcé suite aux attentats qui ont secoué le royaume chérifien en 2003 (Casablanca) et 2011 (Marrakech). Fondé sur la doctrine achaârite, le rite malékite et le soufisme comme cheminement spirituel, l'islam marocain est perçu comme ouvert, tolérant et gage de stabilité par de nombreux États africains car accordant une large place à l'ijtihad (effort d'interprétation et de jurisprudence). Ce courant religieux rencontre un fort écho en Afrique car « il y a une vraie demande de la part des pays africains qui sont confrontés à des vagues d'attentats », explique Pierre Vermeren, maître de conférences spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, à L'Orient-Le Jour.

 

(Lire aussi : « Le Maroc a réussi à imposer son retour en Afrique »)

 

L'islam marocain, plébiscité en Afrique
En marge d'un colloque international qui s'est tenu à Oujda (nord du Maroc) en mai dernier sur le thème « Diplomatie religieuse et défis de la sécurité et de la stabilité régionale », le ministre malien des Affaires religieuses et du Culte, Tierno Amadou Omar, a encensé la présence marocaine en Afrique, précisant qu'elle ne relève pas d' « une diplomatie politicienne », mais qu'elle est le fruit d'une « relation séculaire ». Cette proximité historique et les liens culturels unissant l'« État arabe fondamentalement africain » – selon les mots du ministre malien – à l'Afrique ont également été mis en avant par le ministre marocain des Habous (patrimoine religieux) et des Affaires islamiques, le 9 février 2016, lors d'une allocution prononcée lors de la 43e session de l'Académie du royaume chérifien sur les relations entre le Maroc et l'Afrique de l'Ouest.

Dans ce discours, le ministre mettait en avant la pertinence du modèle marocain en matière de gestion du fait religieux en Afrique, gage, selon lui, de stabilité politique et religieuse, conditions sine qua non au développement économique. Cette exportation de l'islam marocain repose notamment sur la formation des imams par l'Institut Mohammed VI, véritable fer de lance du soft power marocain en matière religieuse et le partage d'expertise en matière religieuse avec pour objectif, à terme, la création d'une Fondation Mohammed VI des ulémas africains. « La dimension religieuse de la politique africaine du Maroc s'est vérifiée lors de la tournée royale au Sénégal, en Côte d'Ivoire et au Gabon en mars 2013. Le roi s'est ainsi déplacé avec le ministre des Habous, Ahmad Toufiq, pour réaffirmer le lien avec les dignitaires religieux musulmans », rappelle le politologue Ismaïl Regragui, dans un entretien accordé au site Telquel.ma.

 

(Lire aussi : Le roi du Maroc de retour à l'UA, après 33 ans d'absence)

 

Un soft power au service d'intérêts économiques
Mais l'intérêt de la diplomatie religieuse ne s'arrête pas là. Véritable porte d'entrée pour le Maroc en Afrique subsaharienne, la diplomatie religieuse permet des rapports amicaux, de confiance, facilitant la signature de gros contrats et la mise en place de partenariats économiques. « Il y a une vraie complémentarité entre ces deux aspects de la diplomatie, religieuse et économique. Le soft power religieux marocain permet d'appuyer l'extension économique marocaine en Afrique à travers les banques, les grands groupes dans les domaines des télécoms, de l'agroalimentaire, des transports. L'Afrique de l'Ouest ne constitue que 10 % des échanges marocains mais ces échanges sont en forte croissance », précise Pierre Vermeren. Lors du colloque de Oujda, le directeur général de l'enseignement supérieur au Sénégal, Babacar Gueye, représentant du ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a ainsi rappelé au journal marocain Lemag.ma que le royaume chérifien a signé jusqu'à présent 133 accords de partenariat de développement avec plusieurs États du continent.

 

« Sortir du corner »
Cette offensive de charme marocaine en Afrique est également motivée par la volonté de Rabat de « sortir du corner », avance Pierre Vermeren. Bien qu'ayant relativement de bonnes relations avec les pays européens, le Maroc reste pointé du doigt en raison de l'implication de Marocains dans les récents attentats perpétués en Europe. Aussi, l'Union européenne voit d'un bon œil l'engagement marocain dans la lutte contre le fondamentalisme islamique. « De plus, l'engagement marocain en Afrique subsaharienne permet de concurrencer l'Algérie, avec laquelle le Maroc a de mauvaises relations en raison du dossier du Sahara occidental », affirme le chercheur. Longtemps resté isolé sur ce dossier, le Maroc sort petit à petit de son enclave en engrangeant de plus en plus de soutiens en Afrique. Continent sur lequel il semble de plus en plus proche de s'imposer comme un véritable modèle, tant sur le plan économique que religieux.

 

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" Nous sommes ce que nous pensons. " Siddhartha Gautama Bouddha

FAKHOURI

17 h 36, le 22 août 2017

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  • " Nous sommes ce que nous pensons. " Siddhartha Gautama Bouddha

    FAKHOURI

    17 h 36, le 22 août 2017