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Moyen Orient et Monde

« Le Maroc a réussi à imposer son retour en Afrique »

Entretien express

Pierre Vermeren, professeur d'histoire du Maghreb et du monde arabe contemporain à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, répond aux questions de « L'Orient-Le-Jour » sur la réintégration de Rabat dans l'UA.

02/02/2017

« Il est beau le jour où l'en rentre chez soi, après une trop longue absence ! » a déclaré mardi dans un discours historique le roi du Maroc, Mohammed VI, à Addis-Abeba. La veille, lors du 28e sommet de l'Union africaine (UA) dans la capitale éthiopienne, les chefs d'État des pays membres ont accepté le retour du Maroc dans l'organisation panafricaine, faisant du royaume le 55e membre de l'Union. Cette annonce est venue récompenser l'intense travail diplomatique mené depuis des années par le royaume chérifien en Afrique : 46 visites royales dans 25 États africains, et près d'un millier d'accords conclus avec les pays du continent depuis l'an 2000. Pierre Vermeren, professeur d'histoire du Maghreb et du monde arabe contemporain à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a répondu aux questions de « L'Orient-Le-Jour » sur les enjeux de cette réintégration africaine.

Pourquoi le Maroc a-t-il cherché à réintégrer l'UA ?
En quittant l'OUA (Organisation de l'Union africaine, ancêtre de l'UA) en 1984, le Maroc voulait protester contre la reconnaissance de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) et cherchait à montrer que l'essentiel pour le royaume était la récupération du Sahara. Mais 30 ans plus tard, cette stratégie a montré ses limites. La RASD fait toujours partie de l'UA et l'Algérie, grand rival du royaume chérifien, est parvenue à créer un réseau influent en Afrique, en s'alliant notamment avec le Nigeria et l'Afrique du Sud. Le Maroc s'est retrouvé ainsi marginalisé sur le continent, alors même que depuis 10 ans, la politique de Mohammed VI consiste à reprendre sa place en Afrique.
Le Maroc a en effet intérêt à réinvestir le continent africain car sa croissance y est vigoureuse. Ses liens avec l'Union européenne sont forts mais son économie est au ralenti. Sous Hassan II, le royaume était également très investi au Moyen-Orient mais la situation de guerre dans la région rend les relations difficiles. Et au Maghreb, les frontières sont fermées avec l'Algérie. Le roi Mohammed VI s'est donc acharné à développer sa présence économique et diplomatique en Afrique ces dix dernières années.

 

(Lire aussi : Le roi du Maroc de retour à l'UA, après 33 ans d'absence)

 

Quelque 39 pays sur 54 se sont prononcés en faveur du retour du Maroc dans l'UA. Quels pays étaient contre la réintégration du Maroc et pourquoi ?
Ce sont principalement l'Algérie, l'Afrique du Sud et la RASD qui étaient contre la réintégration du Maroc dans l'UA. L'unique raison de cette opposition est leur désaccord avec le royaume marocain sur la question du Sahara occidental.
Il y a 40 ans, deux alliances s'étaient formées sur le continent africain. D'une part, les soutiens du Maroc, qui souhaite faire reconnaître le Sahara occidental comme partie intégrante du royaume. D'autre part, l'Algérie et ses nombreux alliés, qui soutiennent la RASD. Mais après 15 ans de travail diplomatique en Afrique, le Maroc a réussi à élargir le champ des soutiens à sa cause. Du côté algérien, l'action diplomatique a par contre fortement diminué, en raison de la maladie du président Bouteflika. Le Maroc a donc réussi à imposer son retour en Afrique.
Dans ce contexte, l'Algérie ne s'est pas frontalement opposée à la réintégration du Maroc dans l'UA, mais a imposé que le royaume n'émette pas de conditions préalables à son retour. Et le Maroc n'a effectivement pas exigé l'exclusion de la RASD pour revenir au sein de l'UA.

Comment la réintégration du Maroc va influer sur la question sahraouie ?
Le Maroc et la RASD vont siéger dans une même union, ce qui n'équivaut pas à une reconnaissance de la RASD par le Maroc, malgré les espoirs des Sahraouis.
Maintenant que le Maroc va réintégrer l'UA, il devrait réactiver un travail diplomatique complexe et subtil au sein de l'Union, pour obtenir gain de cause sur la question du Sahara occidental. À terme, son but est que l'UA ne reconnaisse plus la RASD.
Réintégrer l'UA est une victoire incontestable du Maroc certes, mais aucun des deux camps ne compte céder pour le moment. D'autant que certains pays ont une position ambiguë, car ils soutiennent le Maroc mais ne veulent pas pour autant mettre en cause leurs relations avec l'Algérie.

 

 

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