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#Mesh_Basita : au Liban, des voix s'élèvent contre le harcèlement sexuel

Liban

Le projet KIP sur le genre et la sexualité a lancé une campagne qui, depuis le 31 juillet dernier, fait parler d'elle sur les réseaux sociaux.

14/08/2017

Il y a cette adolescente angoissée par les regards lourds qu'elle subit chaque jour à la sortie de son lycée. Il y a aussi cette femme qui tolère les grivoiseries de ses supérieurs par crainte de perdre son travail et de ne plus pouvoir assumer sa mère malade. Il y a encore cette journaliste qui s'est vu écartée d'une promotion après avoir décliné les avances de son patron...

Ces histoires rapportées par Charlotte Karam, directrice du projet KIP (Knowledge is Power), n'ont rien de surprenant. Au Liban, le harcèlement sexuel fait partie du quotidien de milliers de femmes qui n'ont toujours aucune loi pour les protéger. Face à cette réalité, le projet KIP sur le genre et la sexualité a lancé une campagne qui, depuis le 31 juillet dernier, fait parler d'elle sur les réseaux sociaux.

Dans le cadre de cette campagne, les Libanais étaient invités à partager des textes, vidéos ou images sur les réseaux sociaux avec le hashtag #Mesh_Basita ("ce n'est pas anodin", en français). Le but ? Refuser la résignation de la société face au harcèlement sexuel. Les Libanais ont largement répondu à l'appel, publiant des photos, des textes ou encore de fausses scènes de harcèlement sexuel filmées. Nombre de participations ont fait le buzz sur les réseaux sociaux, comme cette vidéo montrant l'agression d'une jeune femme dans un ascenseur et qui a été largement relayée. 

 

 

Faire du harcèlement sexuel un sujet de débat public
"Le harcèlement sexuel est une forme de violence qui doit être reconnue, nommée, et endiguée", affirme Charlotte Karam, contactée par L'Orient Le-Jour. Le projet KIP oeuvre depuis deux ans, en partenariat avec des ONG comme Women in Front et la Fondation arabe pour la liberté et l'égalité (AFE) sur différents aspects du genre et de la sexualité au Liban.  "A l'issue de notre première année de travail, nous avons identifié le harcèlement sexuel comme un problème récurrent au Liban. Face au manque de ressources et au vide législatif entourant ce sujet, nous avons commencé à lancer des campagnes de sensibilisation, raconte Mme Karam. Le premier objectif est de faire du harcèlement sexuel, sous toutes ses formes, un véritable sujet de débat public. C'est en coordination avec le ministère d'Etat pour les affaires de la femme que le projet KIP a lancé la campagne #Mesh_Basita. Grâce à notre travail sur le terrain, nous avons réalisé que les Libanais étaient très mal informés sur ce sujet" explique la directrice du projet.

 

 

Au Liban, il n'y a pas de statistiques officielles sur les violences faites aux femmes. Les associations libanaises de défense des femmes estiment à plusieurs centaines le nombre de cas d'agression sexuelle enregistrés chaque année.

"Aucun chiffre officiel ne permet de mesurer l'ampleur du problème et beaucoup d'idées fausses circulent, confirme Charlotte Karam. Les réactions entraînées par la campagne #Mesh_Basita le prouvent". Et d'expliquer : "Si un consensus semble se former sur la nécessité de lutter contre le harcèlement sexuel, d'autres voix s'élèvent pour contester sa réalité. Sous nos publications, beaucoup de commentaires mentionnaient la tenue des femmes pour justifier le comportement des agresseurs". Mais la directrice du projet KIP reste catégorique : "Il est plus que jamais nécessaire de parler du harcèlement sexuel comme d'une infraction grave."

 

Montrer qu'il doit être condamné
Au Liban aucune loi ne permet aujourd'hui de protéger les victimes de harcèlement sexuel. En 2014, une première tentative visant à incriminer le harcèlement sexuel a échoué. Il s'agissait d'une proposition de loi présentée alors par le député Ghassan Moukheiber. En mars dernier, le Conseil des ministres a approuvé un projet de loi visant à lutter contre le harcèlement sexuel, présenté par le ministre d'Etat pour les Affaires de la femme, Jean Oghassabian. Ce projet doit encore être soumis au vote du Parlement.

Pour le projet KIP, le fait que le harcèlement sexuel ne soit pas reconnu comme un problème de société explique ce retard législatif. "Certains pensent que notre pays est déjà confronté à suffisamment de problèmes pour qu'on se préoccupe du harcèlement sexuel, indique Charlotte Karam. Mais nous croyons qu'il n'y a pas de mauvais moment pour aborder la question d'un point de vue politique afin de sécuriser durablement l'espace public".

Pour les responsables du projet KIP, la campagne "#Mesh_Basita" doit encourager les victimes à ne plus avoir injustement honte et à témoigner. "Des hommes et des femmes de tous les horizons, de tout âge, de toutes origines culturelles ou sociales ont participé à notre campagne. Cette pluralité démontre qu'il s'agit d'une question collective". La campagne doit s'achever le 15 août mais le travail du projet KIP est loin d'être terminé. "Nous sommes en relation avec nos partenaires, particulièrement le ministère d'Etat pour les Affaires de la femme, pour construire une coalition afin d'aboutir enfin à une loi", explique Mme Karam.

 

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