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Culture

Quand cinq Libanais repensent et réinventent la photo en Slovénie...

Exposition

La curatrice britannique basée à Beyrouth Rachel Dedman organise l'exposition « Kindling*» dans le cadre du festival Fotopub à Novo Mesto en Slovénie. Elle y invite huit artistes, chercheurs et architectes, dont cinq Libanais, à (re)penser, au-delà de leur discipline, les fonctions de la photographie.

04/08/2017

Exposer des artistes, architectes et chercheurs dans un festival dédié à la photo, une idée à contre-emploi? Inédit, plutôt, audacieux aussi, est le projet piloté par Rachel Dedman qui, à travers l'exposition « Kindling » – se tenant dans le cadre du festival Fotopub à Novo Mesto en Slovénie –, brouille les frontières de la photographie et dépasse le strict champ de ce médium en faisant appel à ceux dont la discipline ne s'apparie ordinairement pas à la photo.

« C'est une manière d'élargir les notions préétablies liées à la création d'une image. Kindling apporte aussi des tentatives de réponses à la problématique suivante : et si la photo n'était pas une finalité mais un catalyseur ? » Énoncée de la sorte par la vigoureuse et rigoureuse curatrice anglaise, la portée de l'événement est d'autant plus étoffée qu'elle s'interroge sur la fonction même d'une pratique. Isabella Toledo, Sunoj D, Yara Saqfalhait, Aykan Safoglu, et les Libanais Danièle Genadry, Stéphanie Saadé, Hussein Nassereddine, Ghaith Abi Ghanem et Jad Melki ont également exploré, à travers leurs œuvres, les contradictions qui découlent de la photographie, dans la mesure où ce médium se balance entre concret et immatériel, intemporalité et éphémère, à la fois capable de titiller la mémoire mais sans pour autant rapiécer tous les éléments d'une expérience vécue.

 

Volume et abstraction
En distillant donc les possibilités de fabriquer des images sans, ou au-delà d'une caméra, Stéphanie Saadé imagine la pièce Sleeping Under the Shadow of an Unknown Tree tel un « work in progress » où elle invoque les visiteurs, les invitant à piocher dans des cailloux, feuilles, terre et eau pour reproduire et matérialiser in situ une image présentée à « Kindling ». De son côté, sur Slip, Danièle Genadry fait cohabiter, en duel ou en duo, peinture et photo qu'elle empile sur une toile comme autant d'efforts de récupérer les morceaux manquants du souvenir d'un lieu familier.

Quant à Hussein Nassereddine, il choisit d'aborder le thème à rebrousse-poil en tentant de générer une image sans image, à travers une installation audio baptisée Grass Grows in the Mouth When You Talk About It qui déjoue malicieusement les codes de la poésie arabe pour creuser l'impact des mots et de l'ouïe sur le domaine du visuel. Forts de leurs esprits astucieux et de leurs appétences pour les challenges, le tandem Ghaith&Jad puise dans ses compétences d'architecte pour contrecarrer la problématique de « Kindling » en proposant d'inverser la démarche de la photographie.

Alors que l'image rime avec désintégration de la matière et aplatissement de l'espace, Ghaith Abi Ghanem et Jad Melki sont partis d'un moule dont le volume (justement) sert de vecteur à la création de tirages sur d'autres sujets. Encre coulé dans les ouvertures, rouille rassemblée sur les rebords ou enroulée dans du latex rose, ces interventions sur le moule, ces abstractions qui démarrent toutefois d'un corps incarné tracent donc les espaces négatifs d'un objet, sans le faire disparaître pour autant. Leurs pièces portent le nom de Print Imprint Press Impress. Un terme qui, en passant, leur sied bien.

* « Kindling », jusqu'au 6 août dans le cadre du festival Fotopub à Novo Mesto en Slovénie.

 

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