X

Culture

L’astronaute Shepard franchit le mur de la gloire et rejoint les étoiles

Disparition

Décédé à l'âge de 73 ans des suites de la maladie de Charcot, Sam Shepard était, ce que le « New York Magazine » avait qualifié de « plus grand dramaturge américain de sa génération ».

Danny MALLAT | OLJ
03/08/2017

Il n'était pas l'incarnation du séducteur viril au charme irrésistible et à la voix envoûtante. Il n'était pas cet acteur pourvu de toutes les vertus : courage, esprit chevaleresque et âme héroïque. Il n'était pas Cary Grant, l'homme le plus attrayant de l'histoire, ni George Clooney, l'acteur le plus populaire de tous les temps, ni même Paul Newman, l'homme le plus beau de la planète, ou Brad Pitt, le plus grand fantasme des femmes. Le natif de Fort Sheridan, dans l'Illinois, était bien plus que cela...

Samuel Shepard Rogers de son nom complet était cet homme discret et modeste malgré son impressionnante carrière. Cet homme à la beauté insaisissable et empreint d'une certaine tristesse. Cet acteur charismatique aux yeux clairs, au teint buriné et au visage longiligne, au physique à la fois séduisant et classique qui lui permettait d'aborder tous les registres. Il était surtout un artiste dont la présence a illuminé Les moissons du ciel de Terrence Malik (1979) et L'étoffe des héros de Philip Kaufman (1983).

Poésie et création littéraire
Fils d'un pilote de l'armée américaine reconverti en fermier, il grandit de ferme en ferme, au rythme des pérégrinations de ses parents dans plusieurs États, jusqu'en Californie. Quand il quitte le domicile parental, il interrompt ses études et rejoint dans un premier temps la troupe de comédiens Bishop's Reperetory Company avant de repartir à San Francisco au Magic Theater où il commence à écrire. À seulement 22 ans, Sam Shepard est un auteur dramatique confirmé. Ses pièces expérimentales et contemporaines brisent les formes classiques et conventionnelles, choquent le public et glanent de nombreux prix. Auteur de plus de 44 pièces, scénariste de Paris Texas, le chef-d'œuvre qui lui a valu une Palme d'or à Cannes en 1984, le prix de la Critique internationale, il verra en 2014, soit trente ans après la sortie du film, sa version restaurée et de nouveau projetée au sein de la sélection Cannes Classics.

Écrivain, il compte à son actif de nombreux romans et recueils de nouvelles, notamment L'Enfant enfoui, qui remporte le prix Pulitzer de l'œuvre théâtrale en 1979. C'était un homme à la beauté mutique, mais au talent prolifique et à la carrière prolixe. Son style à la fois poétique et tranchant met en scène des personnages en marge de la société qui se débattent avec le mythe du rêve américain, interrogent les mythes fondateurs des USA (l'Ouest, l'errance, les mythologies masculines...).

Contestation et esprit bohème
Quand, en 1963, il débarque à New York, le mouvement hippie est en pleine émergence et la contestataire scène de théâtre Off-off Broadway voit le jour. Il participe à la vie du Greenwich Village. Esprit bohème de par son vécu, il entreprend de longs voyages à la découverte des États-Unis. Issu de la Beat Generation, un groupe d'amis avides d'anticonformisme et de révolte face à une société de consommation américaine qu'ils trouvent absurde, il s'implique complètement dans la mouvance de la contre-culture des années 60. Il n'en oublie pas, pour autant, les planches, ni son rôle paternaliste en donnant des cours sur l'écriture théâtrale.

Sam Shepard se tourne vite vers le 7e art, d'abord dans le domaine de l'écriture (où tout le monde se l'arrache) en scénarisant Paris Texas de Wim Wenders, Zabriskie Point d'Antonioni et Fool for Love de Robert Altman, avant de se propulser face aux caméras et ne cessera plus de tourner depuis : Frances (1982), où il rencontre sa future compagne Jessica Lange, Crimes du cœur (1986) et L'Affaire Pelican (1993). Il joue auprès de Brad Pitt et de Casey Affleck, L'assassinat de Jesse James, avant de prêter ses traits à la célèbre légende du Far West, Butch Cassidy, dans Blackthorn en 2011.

L'Étoffe des héros reste l'un des films les plus marquants de sa carrière. Une étoffe qui manque aujourd'hui aux couturiers du 7e art pour réussir à confectionner ce que Sam Shepard incarnait de mieux, l'intelligence du beau.

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Commentaire de Anthony SAMRANI

Échec au roi...

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué