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Moyen Orient et Monde

La destruction de la mosquée al-Nouri « préparée depuis plusieurs jours »

Interview express

Alain Rodier décrypte pour « L'Orient-Le Jour » la destruction du monument historique de Mossoul par l'EI.

23/06/2017

La mosquée al-Nouri n'est plus. Depuis mercredi, de nombreuses voix s'élèvent pour déplorer la perte de ce monument emblématique de Mossoul, la deuxième ville d'Irak. Déjà dans le collimateur de l'État islamique depuis la prise de Mossoul en 2014, la « Hadba » (la « bossue ») et son minaret penché avaient été sauvés par les habitants, formant une chaîne humaine autour du monument pour empêcher les jihadistes de s'y attaquer. Sa destruction mercredi fait suite à l'assaut lancé sur la vieille ville de Mossoul quatre jours plus tôt par la coalition internationale menée par les États-Unis et par les forces irakiennes pour reprendre la ville des mains de l'organisation terroriste. Mais contrairement à d'autres destructions de lieux historiques en Irak et en Syrie, l'EI n'a pas revendiqué l'attaque de la mosquée al-Nouri en accusant, a contrario, les forces américaines. Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

 

(Lire aussi : À Raqqa, l'EI tire les leçons de la bataille de Mossoul)

 

Pourquoi l'EI n'affirme pas porter la responsabilité de l'explosion de la mosquée al-Nouri ?
Récemment, l'organisation a commencé à s'attribuer de nombreux attentats en revendiquant la paternité d'opérations sans en avoir été à l'origine pour autant. On peut prendre l'exemple de vendredi dernier, où Daech a revendiqué l'attentat de Jérusalem alors que le Hamas niait toute implication de l'organisation dans l'attaque. Concernant les événements de mercredi à Mossoul, l'EI accuse les Américains d'avoir lancé des frappes contre la mosquée al-Nouri. Ce cas est différent puisque dans la guerre psychologique que chaque camp mène, le fait de ne pas revendiquer cet attentat est stratégique pour l'EI. L'objectif est de déclencher un sentiment anti-occidental, et plus précisément anti-américain, plus exacerbé, chez les populations musulmanes.

 

(Lire aussi : Comment l'EI a bâti un monstre médiatique en trois ans)

 

Dans quelle mesure la population a-t-elle fait pression pour empêcher la destruction du monument plus tôt ?
Dans l'idéologie salafiste extrémiste suivie par l'EI, il est nécessaire de lutter contre l'idolâtrie. Dans cette lignée, la mosquée al-Nouri était donc l'un des lieux à détruire également (à cause de son intérêt archéologique). Mais lors de la conquête de Mossoul en 2014, les jihadistes ont été accueillis en libérateurs par les populations sunnites qui se sentaient marginalisées. La stratégie de l'organisation était de gagner les cœurs et les esprits des Mossouliotes. La ville constituait non seulement un centre économique, mais un terrain fertile avec une population de même confession. Donc, lors des protestations des Mossouliotes contre la destruction de la mosquée, l'EI n'avait aucun intérêt à l'époque à se mettre la population à dos s'il n'était pas directement menacé. Le poids de ces revendications peut expliquer pourquoi elle n'a pas été détruite avant.

 

L'EI était-il prêt pour cette attaque mercredi ?
Ce type d'attaque ne se prépare pas en cinq minutes. De nombreux éléments sont à prendre en compte. D'abord, il faut amener la bonne quantité d'explosifs nécessaires sur place et qui permettront de détruire le monument sans affecter ses alentours. Ensuite, il faut installer un système de mise à feu performant et faire appel à un artificier professionnel. Tout cela n'est pas évident à mettre en place et plusieurs problèmes logistiques doivent être réglés en amont. Cela demande obligatoirement plusieurs jours de préparation. De plus, on a pu voir des véhicules camouflés sortir après l'explosion, ce qui sous-entend que le terrain avait déjà été préparé.

 

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