Culture

« Go Home », ou le chez-soi retrouvé

à L’AFFICHE

Jihane Chouaib rêvait d'abord d'un pays. Aujourd'hui, elle retourne chez elle pour aller à sa rencontre.

22/06/2017

Il est des mots en anglais (et que la langue française nous en excuse) qui sont parfois plus explicites et personnalisent un terme d'une manière plus imagée. Le mot « home » est certainement plus expressif que celui de maison, rien que par les consonnes et les voyelles qui le composent et certainement par l'image qu'il renvoie à notre esprit en le prononçant. Par le souffle qu'on insuffle en prononçant le H, la chaleur du O qui vous enlace de sa rondeur mais aussi les barreaux de la lettre M, tout en inspirant le E, le « home » peut être synonyme de vie, de liberté, mais aussi d'incarcération.
Après avoir été projeté dans les salles en France et fait partie des sélections officielles du festival international du film d'Édimbourg, de Busan et de Dubaï, Go Home, qui reprend ce concept de maison, retourne au pays du Cèdre. Née au Liban et ayant grandi au Mexique, la réalisatrice française Jihane Chouaib signe avec ce film une rencontre avec ce pays.

 

Reconstituer le passé...
Le film évoque – aujourd'hui plus que jamais – cet appel qu'on lance à tous ces émigrés de la Terre, déplacés, humiliés : « Rentrez chez vous ». Mais qu'est-ce que le chez-soi ? Qu'est-ce que la maison ? Est-ce simplement des murs, de la pierre et un toit ? Est-ce un abri ? Ou est-ce une vie contenue dans un habitacle ?
Lorsque Nada (Golshifteh Farahani) retourne dans son pays natal, c'est pour retrouver sur les murs de sa maison délabrée les inscriptions « Go Home » ou « rentre chez toi ». Elle a un air effaré car, même si elle a longtemps vécu loin de son pays, elle a l'impression que c'est ici, son chez-elle. Une maison en ruines, des ordures, c'est tout ce qu'a laissé la guerre du Liban comme souvenirs dans l'esprit des survivants. Elle va donc s'atteler à découvrir la vérité que semble cacher cette maison, remette de l'ordre dans son esprit, et ceci en piochant dans le passé, en refaisant vivre l'enfance (avec de simples flashbacks), et en baignant dans la douceur de l'image et dans la musique de la monteuse son,
Béatrice Wick.

 

...et affronter l'avenir
Go Home est un projet qui est né dans la tête de la réalisatrice libanaise établie en France avant son documentaire Pays rêvé, où elle donnait la parole à des exilés. Go Home est comme une continuation du documentaire. Une autre manière d'observer le problème de l'exil et certainement sous un autre angle. Essentielle chez Jihane Chouaib, l'image, née d'abord de l'écriture, dessine les circonvolutions de l'esprit, reconfigure les idées, leur donne une forme, une vie. La réalisatrice avoue n'avoir pas fait d'école de cinéma mais de simples études de philosophie, avoir suivi des ateliers d'écriture et s'être immergée totalement dans les films, de nombreux films de tout genre. « Le langage poétique et donc cinématographique parlait mieux et plus justement du réel que le langage philosophique, scientifique ou rationnel », dit Jihane Chouaib.

Cette poésie, qui est le fil conducteur, est également le support de toutes ces images qui défilent. Dans cette maison que Nada va reconstruire petit à petit au fil des souvenirs retrouvés, c'est la réalisatrice qui se reconnecte avec son pays. « Je ne suis pas Nada, dit-elle, mais je suis dans la même situation qu'elle. » Nada, c'est cette Golshifteh Farahani que le spectateur a appris à connaître à travers différents films, tant iraniens qu'internationaux. Depuis A propos d'Elly d'Asghar Farhadi (2009) jusqu'à Paterson de Jim Jarmush (2016), en passant par Poulet aux prunes de Marjane Satrapi (2011) ou Syngue Sabour (2013) d'Atiq Rahimi, l'actrice, mi-déesse sortie d'une tragédie grecque, mi-Peter Pan, fillette mutine et amusante qui n'a pas grandi, est entourée d'un très bon casting comme Maximilien Seweryn, Julia Kassar et le jeune François Nour qui offre à voir une formidable performance. Golshifteh Farahani revient aussi au Liban comme si c'était chez elle.

 

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