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Crise du Golfe : le Qatar et ses adversaires campent sur leurs positions

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Le ministre qatari des AE a présenté comme "un acte d'agression" les sanctions imposées à son pays par ses voisins et a fait de leur levée "un préalable" à toute négociation.

OLJ/AFP
19/06/2017

Le Qatar a lié toute négociation sur la crise du Golfe à une levée du "blocus" que lui imposent l'Arabie saoudite et ses alliés, lesquels restent intransigeants en menaçant de poursuivre pendant "des années" l'isolement du petit émirat gazier.

Alors que la crise est entrée lundi dans sa troisième semaine, le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohamed ben Abderrahmane al-Thani, a présenté comme "un acte d'agression" les sanctions imposées à son pays par ses voisins et a fait de leur levée "un préalable" à toute négociation.
"Que cela soit très clair pour tout le monde: une négociation doit se faire de manière civilisée et devrait être lancée sur des bases solides et non sous la pression ou le blocus", a déclaré le ministre à des journalistes à Doha.

Les Emirats, l'Arabie saoudite et Bahreïn ont depuis deux semaines rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, comme ils ont fermé leurs frontières terrestres et maritimes avec le richissime émirat gazier et lui ont imposé de sévères restrictions aériennes.

Le chef de la diplomatie qatarie a indiqué que Doha n'avait reçu jusqu'ici aucune demande spécifique de ses adversaires. "Pourquoi n'ont-ils pas encore soumis leurs demandes ?", s'est il interrogé, avant d'ajouter: "Il n'y a pas de base solide à ces demandes, c'est pourquoi ils ne les ont pas encore soumises".

 

(Lire aussi : Face à la crise Arabie-Qatar, la rébellion syrienne dans l'embarras)

 

"Isoler le Qatar"
La réponse est venue du ministre d'Etat émirati aux Affaires étrangères, Anwar Gargash, qui, en visite à Paris, a prévenu que les sanctions contre le Qatar pourraient durer "des années".
"Nous ne voulons pas d'escalade, nous voulons isoler le Qatar. Nous misons sur le temps", a expliqué M. Gargash à plusieurs médias dont l'AFP.

Les voisins du Qatar exigent que Doha "change de politique" pour lever leurs sanctions, a ajouté le ministre, exprimant l'espoir que "des personnalités sages au Qatar, même au sein de la famille régnante", fassent pression sur l'émir, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, en ce sens.

M. Gargash a accusé le petit émirat d'avoir "construit une plateforme sophistiquée de soutien financier, médiatique, et politique" des islamistes radicaux et d'abriter plusieurs de leurs dirigeants.
"Nous avons une occasion en or de casser ce soutien", a soutenu le ministre pour justifier les sanctions, en vertu desquelles les Qataris doivent quitter à partir de lundi les trois pays du Golfe. Les citoyens saoudiens, bahreïnis et émiratis installés au Qatar doivent faire de même.

Il a en particulier accusé le Qatar de "soutenir financièrement des groupes liés à el-Qaëda en Syrie", comme l'ex-Front al-Nosra, "en Libye, comme le conseil de la Choura de Derna et celui de Benghazi, et au Yémen".

Le ministre émirati a indiqué que l'Arabie saoudite, les Emirats, Bahreïn et l'Egypte soumettraient "dans les prochains jours" au Qatar une liste de leurs demandes, qui comprendraient l'expulsion de personnalités radicales, sans plus élaborer.

Mais il a réclamé la mise en place par les Occidentaux d'un "mécanisme de surveillance" pour s'assurer que l'émirat du Golfe respectera bien ses engagements.
"Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne ou l'Allemagne ont le poids politique et l'expertise technique pour instaurer un tel mécanisme de surveillance", a ajouté le ministre des Emirats.

La crise du Golfe a été examinée lundi par les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne lors d'une réunion au Luxembourg qui a appelé les protagonistes à la "désescalade" et à un dialogue politique "sans conditions préalables".

(Lire aussi : Paris, le « messager » européen du Golfe ?)

 

Base américaine
M. Gargash a d'autre part souligné que son pays et ses alliés avaient décidé ces mesures contre le Qatar après avoir constaté chez le président Donald Trump, lors du sommet de Riyad en mai, un engagement à "faire de la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme une priorité", contrairement à l'administration précédente.
Mais il a précisé que les pays du Golfe s'étaient engagés auprès des Etats-Unis à ce que "la base américaine d'Al-Udeid continue à fonctionner normalement" et ne soit pas affectée par la crise.
Cette base aérienne qui héberge près de 10.000 soldats américains au Qatar, joue un rôle primordial dans les opérations contre le groupe Etat islamique (EI).

Dans ce contexte tendu, le ministre qatari de la Défense a annoncé lundi que des troupes turques se trouvaient au Qatar où elles participent à des exercices conjoints.
La Turquie entretient des rapports privilégiés avec Doha et son Parlement a approuvé le 7 juin la mise en œuvre d'un accord datant de 2014 permettant le déploiement de troupes sur une base turque au Qatar.

 

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