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Santé

Les femmes aussi ont le cœur fragile

Cardiologie

Les maladies cardio-vasculaires restent la première cause de mortalité chez la femme – et l'homme–, bien avant les cancers.

Nada MERHI | OLJ
10/06/2017

On a tendance à croire que les maladies cardio-vasculaires sont un problème strictement masculin et que les femmes en sont protégées. Cela est en partie vrai. Les femmes en sont épargnées durant la première moitié de leur vie, jusqu'à la ménopause. Une fois ce cap franchi, elles auront le cœur tout aussi fragile que celui des hommes.

« Les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde, bien avant les cancers », affirme le professeur Rabih Azar, chef du service de cardiologie à l'Hôtel-Dieu de France. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 54 % des décès survenus dans le monde en 2015 étaient dus aux maladies cardio-vasculaires contre 15,6 % dus aux cancers.

« Malheureusement, les femmes se préoccupent plus des cancers gynécologiques et négligent leur cœur, alors que les maladies cardio-vasculaires représentent pour elles un danger réel, contrairement à ce que l'on pense », souligne le praticien. Il explique qu'à l'origine de ce « mythe » le fait d'être protégée contre l'athérosclérose (obstruction des artères) jusqu'à la ménopause par les œstrogènes. « Chez la femme, la maladie cardiaque commence après la ménopause, vers l'âge de 50 ans en moyenne, insiste-t-il. Alors que chez les hommes ces maladies se déclarent bien avant, à partir de 40 ans en général. C'est l'une des raisons pour lesquelles d'ailleurs, à l'échelle mondiale, l'espérance de vie chez la femme est quatre à cinq ans plus élevée que chez l'homme. »

« Donc, à partir de la ménopause, la maladie cardiaque va commencer à se déclarer chez la femme, poursuit le professeur Azar. À cet âge, elle est plus grave, voire plus mortelle, chez elle que chez l'homme. » Et les raisons sont multiples. « D'abord, parce que les femmes sont moins bien suivies et traitées pour les maladies cardiaques que les hommes, justement parce qu'on pense à tort qu'elles en sont protégées, constate-t-il. Souvent, on a tendance à minimiser une douleur thoracique chez la femme en l'associant au stress ou à l'anxiété, alors qu'il pourrait s'agir d'un début d'infarctus du myocarde. Aux urgences, elles sont renvoyées à domicile plus fréquemment que les hommes. Si elles sont hospitalisées, le diagnostic d'un infarctus est fait tardivement. Donc, il y a une perte de temps. Or plus on tarde à traiter l'infarctus, plus les dégâts vont se produire. »

Tout comme chez l'homme, le principal symptôme qui doit alerter la femme reste essentiellement une douleur thoracique qui se propage au bras et à la mâchoire. Une gêne respiratoire, une nausée et des sueurs figurent aussi au nombre des symptômes de l'infarctus du myocarde.

 

De la nécessité d'une prise de conscience
Sur le plan médical, les résultats des angioplasties (intervention qui consiste à dilater l'artère cardiaque bouchée par l'infarctus et à y insérer un ressort) sont moins favorables chez la femme que chez les hommes, « parce qu'elles ont des artères plus petites », note le professeur Azar. De plus, « les femmes sont plus sujettes à des complications que les hommes ». « Donc, après la ménopause, l'infarctus chez la femme peut être plus mortel que chez l'homme quand tous les autres facteurs de risque, âge et état général de santé, sont égaux. » Il est à noter que le tabagisme, le diabète, l'hypertension, l'hypercholestérolémie, les antécédents familiaux et le stress constituent les principaux facteurs de risque des maladies cardiaques.

Et le professeur Azar d'insister : « Il est nécessaire donc que les femmes soient conscientes que l'infarctus du myocarde et l'accident vasculaire cérébral constituent pour elles, tout comme pour l'homme, la première cause de mortalité et qu'elles doivent commencer à se protéger bien avant la ménopause. On peut toujours traiter la maladie cardiaque, mais la prévention doit commencer à un âge jeune, à partir de 30 ans. Les femmes ne doivent pas se contenter d'un suivi gynécologique. Elles doivent aussi se faire dépister pour les maladies qui favorisent la maladie cardiaque (diabète, hypercholestérolémie, hypertension...), parce que si on traite ces maladies, on peut prévenir l'infarctus du myocarde. »

La prise d'hormones permet-elle de prévenir la maladie cardiaque chez la femme ? « Des études menées aux États-Unis et en Europe avaient montré que les femmes qui en prenaient après la ménopause étaient mieux protégées que celles qui n'en prenaient pas, note le Dr Azar. Mais des études plus poussées ont montré qu'en réalité, la prise d'hormones féminines augmente les risques de phlébites, de thromboses et d'embolies pulmonaires. Elles augmentent aussi le risque du cancer du sein. Donc, sur le plan cardiaque, il n'est pas recommandé de donner aux femmes des hormones après la ménopause. »

Et le professeur Azar d'insister sur l'importance de la prévention qui permet de réduire d'au moins 20 % les risques des infarctus et de 30 à 40 % la mortalité due à une maladie cardiaque. La prévention consiste à faire des bilans médicaux de manière régulière, à ne pas fumer, à faire une activité physique régulière (natation, marche, jogging, danse...), à perdre du poids si nécessaire, à traiter une hypercholestérolémie, un diabète, une hypertension...
« Nous allons tous avoir une athérosclérose, c'est le processus normal du vieillissement. Toutefois, la rapidité avec laquelle cette athérosclérose progresse dépend du mode de vie – sain ou pas – de tout un chacun », conclut le professeur Azar.

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