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Moyen Orient et Monde

La réélection de Rohani « change le rapport de forces en sa faveur »

Interview express

Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l'Iran, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

22/05/2017

Le président de la République islamique d'Iran, Hassan Rohani, a été reconduit vendredi par les urnes pour un second mandat qui doit s'étendre sur quatre ans. Le vote, qui a rassemblé près de 40 millions d'électeurs, a permis d'élire le président sortant dès le premier tour avec 57 % des voix, contre 38,3 % en faveur d'Ebrahim Raissi, venu du camp conservateur.

C'est donc une nouvelle victoire claire pour le camp des modérés dont M. Rohani est issu, après avoir déjà été plébiscité en 2013 avec 50,7 % des voix. Mais même si le camp de M. Raissi a été désavoué par le peuple, le président iranien se voit toujours opposé aux conservateurs. Ces derniers tiennent une partie des rênes du pouvoir, notamment par le biais du guide suprême, Ali Khamenei, le plus haut responsable politique et religieux.

Quelles sont les attentes des électeurs qui ont choisi de réélire Hassan Rohani ?

Les attentes sont énormes. Il y a actuellement beaucoup de problèmes économiques et sociaux dans le pays et notamment la question du chômage chez les jeunes entre 15 et 24 ans (le taux de chômage des jeunes sur cette tranche d'âge s'élevait à 27,8 % au printemps 2016). Cela peut expliquer en partie le score obtenu. Il symbolise également le souhait de la population envers M. Rohani de continuer sa politique d'ouverture vers l'Occident avec une démarche plus conciliante et plus diplomatique à son égard. Entre autres, l'accord sur le nucléaire a contribué à améliorer la situation du pays. Le peuple place aussi beaucoup d'espoirs dans la défense des droits de l'homme, des libertés individuelles et de l'ouverture culturelle.


Dans quelle mesure pourra-t-il gouverner librement sous la coupe du guide suprême ?

Cette élection va laisser des traces puisqu'elle change le rapport de forces en faveur de Hassan Rohani. Il a été très offensif à l'égard du guide suprême durant la campagne, ce qui a même surpris ses propres partisans. Les Iraniens croient fortement au pouvoir du vote et Rohani sait qu'il ne pourra pas décevoir. Il a placé la barre très haut pendant la campagne et si rien ne change, cela pourrait même remettre en question la stabilité de l'Iran. Or la situation est compliquée. Le guide suprême a toujours beaucoup de pouvoir et garde la mainmise sur le judiciaire et le militaire. Les radicaux ont cependant conscience de l'état de la société et savent qu'il faut lâcher du lest, sinon ils risquent d'engendrer de la colère chez les jeunes. Rohani va donc devoir jouer de ce rapport de force, tout en étant obligé de composer et négocier pour gouverner afin de montrer sa capacité à réformer.

Quelles sont les leçons politiques à tirer du résultat du scrutin pour le camp conservateur ?

C'est une défaite cuisante pour les radicaux, qui s'ajoute à celle des législatives de 2016. Il n'est pas possible de nier l'importance du résultat du scrutin. Malgré la mobilisation du guide suprême ou encore de la chaîne de télévision nationale en faveur d'un populisme total, cela n'a séduit que les populations rurales et les moins éduquées. Ce vote montre notamment les traces qu'a laissées Mahmoud Ahmadinejad derrière lui. Les conservateurs sont automatiquement associés à lui. La population se méfie particulièrement de leur programme en matière de libertés individuelles. Mais les radicaux n'ont pas l'intention de capituler. Il faut donc rester prudent, car en dépit de leur défaite, ils contrôlent toujours plusieurs pans du pouvoir iranien.

 

 

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