Nos Lecteurs ont la Parole

L’ajournement des élections, une mesure inexcusable

par Lina ZAKHOUR
OLJ
13/05/2017

C'est très grave que certains cherchent ou trouvent des explications, des raisons, des motivations, des justifications... à la non-tenue d'élections législatives à l'échéance. C'est très grave d'arguer qu'il vaut mieux laisser les députés – initialement élus par le peuple, pour une durée limitée aujourd'hui largement périmée – autoproroger leur mandat pour la troisième fois, sous prétexte que la loi électorale en vigueur ne satisfait pas l'un ou l'autre !
Depuis la première prorogation, en mai 2013, quatre ans sont passés. Quatre ans de trop. Quatre ans d'imposture. Quatre ans qu'ils auraient dû concocter une nouvelle loi électorale. Mais ils ne l'ont pas fait. En vrais mauvais élèves, les pires, ils ont pris leur temps. Perdu notre temps. À ne rien faire. Et ils ne feront rien de bon (pour nous), en dernière minute. Ils ont gravement échoué. D'eux, il n'y a plus rien à attendre, à espérer. Ne se sont-ils pas évertués à nous le prouver depuis 2009, date de leur élection ?
Si c'est très grave, c'est bien parce que ce pays ressemble de moins en moins à une démocratie. La démocratie, c'est avoir le droit de ne pas revoter pour ceux qui ont mal fait le boulot (ou de revoter pour eux si cela nous chante). Ils ne peuvent pas continuer de nous priver de ce droit! À quel titre s'accrochent-ils encore à cette qualité de députés, qui ne leur a été octroyée que pour une seule fois, en 2009 ? Qui sont-ils, et en quelle qualité se sont-ils, depuis 2013, auto-institués représentants d'un peuple, sans même le reconsulter, prêts même à rempiler une troisième fois, faisant fi de sa volonté, sans ciller ?
À défaut de s'entendre sur une nouvelle loi électorale, l'on ne repousse pas les élections. On applique la loi en vigueur ! C'est un bien moindre mal... Mais eux ne semblent pas pressés d'organiser des élections. Il y a d'ailleurs quelque chose de glaçant dans la légèreté avec laquelle ils reportent à chaque fois les élections, en versant des larmes de crocodiles.
En juin 2017, le scrutin législatif risque de ne pas se tenir, et une échéance électorale sera donc encore une fois bafouée. Or, l'appel de l'urne se fait attendre depuis quatre trop longues années maintenant... Pour faire entendre sa voix, pouvoir au peuple donc, dans la rue. Pacifiquement, en attendant, évidemment, de la déverser dans l'urne. Armés de nos droits sacrés d'aller et de venir, de manifester, de nous exprimer librement, garantis par la Constitution, il s'agit, au-delà de dire non à la corruption, et la mauvaise gouvernance, surtout, de se réapproprier nos droits citoyens. De sauver notre démocratie d'une mise à mort, à petit feu, sous le couvert de non-accord sur une loi électorale. Ou de toute autre excuse tout aussi inacceptable.
Certains se poseront des questions : Manifester ? Se révolter ? Encore ? Pourquoi ? Cela changera-t-il grand-chose, servira-t-il à quelque chose ? La réponse est la suivante : Oui, cela servira. Du moins, à signaler que ce qui se passe est très grave. Car banaliser la non-tenue d'élections législatives pour la troisième fois, ou s'y résigner et ne pas réagir, c'est permettre que l'on assassine la démocratie. Que l'on fasse fi de ses lois. Que l'on piétine sa raison d'être : le pouvoir par le peuple. Dans les urnes.
Le plus grave dans la non-tenue d'élections est son acceptation. Son affabulation de qualificatifs, tels que « prorogation technique », « vide »... jusqu'à sa normalisation ! Le plus grave est bien de rester chacun chez soi, et de regarder les élections, et la démocratie, s'éloigner jour après jour, jusqu'à devenir de bien vagues souvenirs. Il y a un réel péril en la demeure libanaise. Et qu'ils n'essayent pas de nous rassurer. Nous ne les croyons plus.

Auteure. Avocate-Conseil spécialiste du discours et de la communication Enseignante à l'université

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA LOI EST TOUJOURS EN VIGUEUR ET LA DATE APPROCHE !

Irene Said

Un grand MERCI et bravo, Madame Lina Zakhour, pour cet article explicite et courageux !

Faudrait l'imprimer en 131 exemplaires = un Président de la République, un premier ministre, un président de la chambre, plus 128 députés, éventuellement les traduire en arabe pour ceux qui ne maîtrisent pas le français (il y en a) et les distribuer à chacun de ces messieurs quand ils sont tous réunis, et exiger un accusé de réception ! Ensuite leur demander une réponse rapide...
Tout cela au cours d'une séance filmée et retransmise par les médias...
Il nous est permis de rêver...car nous sommes une démocratie...non ?
Irène Saïd

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