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Économie

Au Liban, la grogne monte face à la concurrence des commerces syriens

Focus

Les responsables locaux de plusieurs régions libanaises multiplient depuis le début de l'année les sanctions contre les PME ouvertes sans autorisation par des ressortissants syriens dans leurs circonscriptions respectives.

04/04/2017

Confronté à l'afflux de plus de 1,5 million de réfugiés syriens selon la Sûreté générale, le gouvernement n'a cessé de durcir les conditions de leur emploi sur le marché du travail.
Depuis janvier 2015, les ressortissants syriens doivent par exemple renouveler leur permis de résidence tous les 6 mois, qu'ils soient enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) ou non. En octobre 2014 déjà, le Liban avait demandé à l'UNHCR d'arrêter d'enregistrer les réfugiés bloquant son compteur à près de 1,1 million. Deux mois plus tard, le gouvernement décidait de limiter l'emploi des Syriens à trois secteurs : l'agriculture, la construction et le nettoyage.

 

Naamé, Tripoli, Hadeth, Zahlé
Depuis, les ministres du Travail successifs – Sejaan Azzi et Mohammad Kabbara – ont multiplié les mesures visant à limiter l'emploi de travailleurs syriens au Liban, accusés de livrer une concurrence déloyale. Des griefs qui se sont progressivement étendus aux entreprises, principalement des PME, ouvertes sans autorisation par des ressortissants syriens et qui sont désormais dans le collimateur de plusieurs responsables locaux. À Naamé, par exemple, le chef du conseil municipal, Charbel Matar, a ordonné début mars la fermeture de toutes « les boutiques tenues par des Syriens » ainsi que de ceux qui emploient des ressortissants de ce pays. « Ceux qui peuvent régulariser leur situation ont un mois pour le faire », a-t-il indiqué à L'Orient-Le Jour. Selon ces autorités, Naamé abrite plus de 12 000 réfugiés pour environ 7 000 habitants.

Dans le nord du pays, le gouverneur, Ramzi Nohra, qui a annoncé hier la fermeture de cinq commerces employant illégalement des travailleurs étrangers à Tripoli et Baddaoui, avait adopté des sanctions similaires contre une vingtaine de PME syriennes dans sa circonscription. « La mesure a visé des magasins "à un dollar", des garages et des boulangeries à Tripoli, Zghorta et Batroun », a détaillé le président de l'Association des commerçants du Liban-Nord, Fawwaz el-Helwé. Enfin, des opérations similaires ont été menées par les municipalités de Hadeth (Mont-Liban) et de Zahlé (Békaa), entre février et mars. « Les municipalités ont pris les choses en main vu que l'État est moins efficace quand il s'agit de joindre les actes à la parole », ironise le président de l'Association des commerçants de Zahlé, Élie Chalhoub.

 

(Lire aussi : Les réfugiés syriens pèsent lourdement sur le réseau électrique)

 

Le pour et le contre
L'apparition de commerces syriens dans plusieurs régions du pays n'est pourtant pas nouvelle. Dans un rapport publié en 2013, l'Organisation internationale du travail (OIT) avait évoqué l'existence de « centaines de petites entreprises tenues par des Syriens » dans plusieurs secteurs. Le rapport se basait notamment sur des groupes de discussion réunissant des entrepreneurs et des employés dans le Akkar (Liban-Nord) et la Békaa.

La même année, une enquête menée par le ministère de l'Économie et du Commerce recensait près de 1 200 sociétés ouvertes sans autorisation par des Syriens – principalement des commerces – sur l'ensemble du territoire. Les résultats de l'enquête avaient en outre révélé que 54 % de ces sociétés étaient établies dans la Békaa ; 28,8 % à Beyrouth (principalement dans le quartier de Bourj Hammoud) et au Mont-Liban ; près de 9 % au Liban-Nord et enfin un peu plus de 8 % dans le Sud. Ces chiffres avaient poussé le directeur général du ministère de l'Économie de l'époque, Fouad Fleifel, à ordonner la fermeture de 377 enseignes ouvertes par des Syriens dans la Békaa, sans réussir à enrayer le phénomène. En l'absence de mise à jour des données du ministère, M. Chalhoub estime que le nombre de commerces ouverts par des Syriens dans la Békaa a « quasiment triplé en 4 ans ». « La proportion est similaire dans le nord du pays », estime pour sa part M. Helwé.

S'ils reconnaissent qu'il est difficilement concevable d'empêcher toute interaction entre les économies libanaise et syrienne, les commerçants locaux perçoivent la multiplication des enseignes syriennes comme un danger. Les commerçants cités par le rapport de l'OIT leur reprochent notamment de revendre des produits de contrebande en dessous des prix du marché, d'employer exclusivement des Syriens à des salaires moins élevés que ceux des Libanais, de ne pas payer d'impôts ou encore d'utiliser gratuitement les infrastructures du pays...

 

(Pour mémoire : Le FMI reconnaît un réel impact des réfugiés sur le marché du travail)

 

Mais, pour certains observateurs, la pérennisation de certains commerces syriens au Liban pourrait avoir des effets vertueux à long terme. « Il faut peser le pour et le contre. Ces commerces permettent à des réfugiés d'exercer une activité qui génère des revenus, ce qui limite la possibilité qu'ils soient contraints de commettre des infractions pour subvenir à leurs besoins », explique une source proche d'une ONG opérant au Liban. Selon un autre observateur anonyme, l'État gagnerait à régulariser la situation de ces commerces afin de les soumettre aux mêmes obligations fiscales que les contribuables libanais, ce qui aurait un impact positif sur les finances publiques tout en rétablissant le jeu de la concurrence. Enfin, M. Chalhoub reconnaît que les difficultés des commerçants libanais sont moins liées à la concurrence syrienne qu'à « l'inertie » de l'État face aux problèmes liés aux infractions aux règles de la concurrence.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Enfin, M. Chalhoub reconnaît que les difficultés des commerçants libanais sont moins liées à la concurrence syrienne qu'à « l'inertie » de (l'État?) face aux problèmes liés aux infractions aux règles de la concurrence." !
Tout est dit ; et donc trêve de billevesées, please !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MITLIL JARAD RA7 WEKLOU IL AKHDAR WILL YEBESS...

LA TABLE RONDE

Notre talon d'Achille c'est notre affairisme à faire du feu de tout bois .

Irene Said

"...l'Etat gagnerait à régulariser la situation de ces commerces afin de les soumettre aux mêmes obligations fiscales que les contribuables libanais..."

Notre "Etat-fantôme n'est déjà pas capable de contrôler ses propres citoyens libanais dans ce domaine, où ils sont champions toutes catégories pour se soustraire à leurs obligations fiscales...et on voudrait qu'il soit capable de le faire avec ces "réfugiés syriens" insaisissables ?

Ensuite, si on régularise leurs commerces etc., ils auront une raison de plus de ne plus vouloir rentrer chez eux en Syrie...et de rester chez nous !

Ces ONG et autres "observateurs anonymes", sont-ils de mèche avec ceux qui planifient de laisser ces "réfugiés syriens" s'établir définitivement dans notre pays, le Liban ? Ainsi les autres pays qui eux n'en veulent pas en connaissance de cause seraient tranquilles !

Les Syriens en Syrie...et le Liban pour les Libanais !!!

Irène Saïd


gaby sioufi

AH ces ONG ! que ferait le monde sans elles ?
je cite " « Il faut peser le pour et le
contre. Ces commerces permettent
à des réfugiés d’exercer une activité
qui génère des revenus, ce qui
limite la possibilité qu’ils soient
contraints de commettre des infractions
pour subvenir à leurs besoins
», explique une source proche
d’une ONG opérant au Liban "
TRES BEAU, mais alors , ce seront les libanais qui eux, et dans leur propre pays devront " commetre des infractions(euphemisme /embellisment pour crimes) ??
VRAIMENT merci l'ONG !

NAUFAL SORAYA

Mais pourquoi donc les Libanais acceptent de louer aux Syriens des espaces commerciaux? Et pourquoi ils acceptent de s'achalander dans leurs magasins... Qu'ils les boycottent... Si rien n'arrêtent le culot des réfugiés, au moins que nous, Libanais, réagissions!!! Chacun sa part de responsabilité!

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