Culture

Quatre amis, deux mariages et une histoire

Théâtre

Sur les planches du Monnot, dans une adaptation de Donald Margulies, Carlos Chahine met en scène une comédie dramatique qui pose une réflexion sur les problèmes conjugaux à contre-courant des mœurs et sur la définition de l'amitié.

29/03/2017

Deux couples d'amis comme il en existe beaucoup. Gaby, Karen, Lina et Tom partagent depuis douze ans une vie tout en promiscuité. Les sorties, les vacances, les enfants, mais apparemment pas les intempéries qui peuvent secouer un ciel ennuyeux de limpidité. Lors d'un dîner chez Karen et Gaby, Lina seule, sans son époux parti en voyage, viendra dans un aveu douloureux secouer un équilibre plaisant, et altérer une mécanique qui fonctionnait à merveille. Elle confesse à ses amis que Tom vient de la quitter pour refaire sa vie et provoque un séisme dont les secousses se feront ressentir deux heures durant et ébranleront plus d'une certitude. Faut-il divorcer dès que le chemin se fait ardu, dès que le couple se fatigue, ou bien, comme le font Gaby et Karen, faut-il se sacrifier pour les valeurs universelles de la famille ? Dans un regard empreint de justesse, d'amertume mais non dénué d'humour, deux vies se verront bousculées au-delà du problème de couple. Choix d'une vie, amitié, complicité, mariage et vie sexuelle, tant de questions existentielles qui demeurent au cœur de nos sociétés d'aujourd'hui. Alors que les normes établies nous poussent vers un idéal représenté par une union, des enfants, un travail, des amis... que se passe-t-il quand un être humain se force à rester dans des cases qui ne correspondent plus à lui ?

 

Un repas... et un divorce consommé
La pièce s'ouvre sur une scène autour d'un dîner délicieux concocté par Gaby, un dîner en recettes récupérées lors d'un voyage idyllique en Italie. Gaby et Karen sont de la race de ces couples trop parfaits dont le bonheur ostentatoire donne des complexes ou fait des jaloux, même chez les amis les plus chers. Occupés à dévorer leur risotto italien, leur dessert à base de polenta, et à se sustenter de pâtes au citron et de chianti, ils restent hermétiques au regard désemparé de Lina qui se perd dans leurs élucubrations culinaires, absorbe sa souffrance et avale sa douleur à la sauce pomodoro. De ce repas pantagruélique que ses amis lui offrent, elle ne retiendra qu'un divorce en train de se consommer. Cet événement qui vient bouleverser les habitudes et remettre en cause les fondations d'une vie de couple qui s'achève, ouvre une phase de turbulences et de perturbations dont les effets psychologiques débordent du seul cadre de l'intimité des conjoints qui se séparent pour redéfinir sous un jour nouveau les rapports d'amitié. Elle est à son tour remise en question. Karen faisant fi du malheur qui accable son amie s'inquiète d'abord pour le devenir d'une cellule à l'espace confortable, d'un quatuor qui jouait sans fausses notes.

 

(Lire aussi : Aurélia, entre le théâtre et le chant)

 

Une désertion à double sens
C'est l'histoire d'un couple qui subit l'usure du temps et qui se déchire, mais celle aussi d'une amitié que l'on croyait indéfectible mise à mal et qui s'effondre. Une harmonie tissée au fil du temps vient à se rompre laissant le couple spectateur de la séparation dans l'angoisse la plus totale. Karen et Gaby tentent d'abord d'analyser les raisons de la rupture, mais s'éloignent progressivement de l'essentiel pour finalement se concentrer sur la nature du lien qui les unissait à leur couple d'amis, jusqu'à le remettre en question dans un triste constat d'échec. Et plutôt que de poser la problématique de leur égocentrisme acharné, ils s'interrogent chacun à son tour sur la véracité de l'amitié. La trahison se déplace au fil de la pièce et Gaby et Karen vont se l'approprier, dans des reproches et des propos qui annihilent tout un vécu pour finalement les amener à se poser des questions sur leur propre couple.
Dans une interprétation juste et crédible et une mise en scène efficace, Dinner with Friends est une comédie dramatique intime où le comique côtoie le tragique et repose à la fois sur des situations et des échanges. Une pièce qui présente quatre comédiens attachants, Sahar Assaf, Serena Chami, Alain Saadé et Joseph Zaïtouny, auxquels le spectateur pourra s'identifier – ou pas – mais qui le plongera dans une réflexion sur la symbolique de l'engagement du désir et de la liberté.

 

*« Dinner with Friends » (Kif Ken el-Aacha), au théâtre Monnot, jusqu'au 9 avril, à 20h30, de jeudi à dimanche, en arabe. Billets chez Virgin Ticketing.

 

 

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