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Liban - Éclairage

Le 14 Mars plus que jamais tributaire de la base citoyenne

La célébration annuelle du 14 mars 2005, marquée par la déconfiture inavouée des politiques au pouvoir, est à l'image du printemps de Beyrouth qui en est l'objet : bidimensionnelle. L'intifada en soi a été une jonction ponctuelle, qui depuis s'est brisée, entre la démarche des factions politiques traditionnelles, qui paieront par le sang leur combat indépendantiste, et le cheminement de citoyens indépendants, les acteurs politiques nouveaux, engagés pour la souveraineté et la liberté – même si dans un premier temps les premiers n'ont fait que suivre le tempo de l'insurrection populaire. L'existence d'un ennemi commun identifiable alors, à savoir le régime syrien de l'occupation, a permis la rencontre de ces deux dimensions politique et citoyenne autour d'un projet national commun. Après le retrait des troupes syriennes, il a fallu réorienter la rhétorique indépendantiste vers l'intérieur, contre les embranchements libanais de l'axe syro-iranien. Porteur d'armes illégales, farouche allié de Damas et support de la révolution islamique des mollahs, le Hezbollah se situait aux antipodes du projet transcommunautaire de l'édification de l'État de droit.

Mais mener de l'intérieur le combat de l'indépendance est plus ardu et le discernement nécessaire entre la milice d'une part, et sa base populaire qui lui donne une part de légitimité nationale, de l'autre. Il aura fallu trouver l'équilibre entre la lutte contre les armes illégales et la préservation de la cohésion nationale, c'est-à-dire mettre fin à la milice sans lui ôter la chance d'une reconversion politique. Cet équilibre s'avérait d'autant plus difficile à fixer que le Hezbollah, ayant conquis entre-temps une nouvelle légitimité auprès d'un parti chrétien pesant, maniait avec une habileté supérieure l'alternance entre la politique de la main tendue et l'intimidation par les armes.

 

(Lire aussi : Farès Souhaid : Entre Baabda et le Hezbollah, un mimétisme complet)

 

C'est dans la manière de faire face à cette problématique des armes que la dichotomie entre la base du 14 Mars et ses relais politiques traditionnels s'est exacerbée. Il est de coutume de ramener le début de cette rupture à l'accord syro-saoudien de 2009, lorsque « le Hezbollah a recouvré une confiance à l'échelle interne », selon Rached Fayed. Mais c'est bien avant cette date que le 14 Mars avançait déjà à deux vitesses : après l'épisode de mai 2008 – et la capitulation politique au chantage sécuritaire par les armes – les acteurs autonomes de l'insurrection de 2005 méditaient une rupture avec les leaders politiques du 14 Mars pour avoir manqué au projet national dont ils s'étaient fait les dépositaires.

Cette rupture ne se fera pas de sitôt et les indépendants tenteront d'abord l'autocritique au sein de la coalition, mais l'assassinat de Wissam el-Hassan en 2012 (sur fond d'enquête sur l'attentat du 14- Février) et l'incapacité avérée, pour les acteurs politiques du 14 Mars, de s'insurger contre la violence, libérera la base civile du sentiment de redevance qu'elle aurait pu avoir à leur égard après la série d'assassinats politiques en 2005. Prenant alors pour seul repère les figures politiques et médiatiques tuées, les acteurs civils ont fini par considérer les leaders du 14 Mars – appellation désormais révolue – non plus comme dépositaires défaillants, mais comme usurpateurs d'un projet national tué dans l'œuf.
Le ressentiment est toutefois stérile, incapable de créer une alternative à la politique dite de containment qui continue de prévaloir depuis 2013.

Mais depuis que l'équation établie par la présidentielle 2017 a « sonné le glas de l'organisation politique du 14 Mars », du constat d'adhérents et d'opposants au pouvoir, les politiques ne peuvent plus prétendre défendre le projet souverainiste sans une légitimation populaire dont le test imminent est attendu, en principe, en juin prochain.

 

(Pour mémoire : Saad Hariri inflexible sur Assad et les armes illégales)

 

C'est ce qui fait dire d'ailleurs à l'ancien député Farès Souhaid, « avec la conscience tranquille », que « l'image transcommunautaire nationale des anciens leaders du 14 Mars s'est fragilisée ». Même s'il estime que « la rupture n'est pas encore tout à fait consommée ni le deuil achevé ».
Pour lui, « l'idée du 14 Mars, c'est-à-dire la volonté transcommunautaire de vivre-ensemble, est toujours présente ». « Menacé » par la cohabitation actuelle de communautés repliées, dirigées par des chefs « séparatistes », le vivre-ensemble survit –et c'est « le miracle libanais » – par la voix de « minorités présentes dans chaque communauté » pour s'opposer à l'absence d'une vision stratégique transcommunautaire pour le pays – comme l'avait fait le Rassemblement de Saydet el-Jabal il y a quelques semaines. Ces « minorités contestataires » (à distinguer des dissidences intercommunautaires à caractère électoral), ne tarderont pas à se constituer en « plate-forme nationale », face au danger d'un glissement vers la violence. Il explique en effet que l'équilibre des forces internes ne tient plus désormais qu'aux développements régionaux, lesquels « sont lus à travers des œillères communautaires ». Les garde-fous intérieurs sont tombés. Qui plus est, si « l'enjeu à l'époque du Rassemblement de Kornet Chehwane a été de briser le lien entre l'islam politique et le régime syrien, une partie de l'enjeu actuel – plus difficile – est de briser le lien entre le climat politique maronite et l'Iran ».

C'est un aveu implicite que fait Rached Fayed dans ce sens, en mettant en garde contre « l'orientation communautaire chez certains leaders chrétiens contre la parité en faveur de la répartition par tiers, qui est pourtant loin de garantir leurs intérêts ». C'est face à ce dérapage qu'une mobilisation nationale devrait prendre forme, selon lui. Et son expression devrait se faire dans les urnes. C'est là que les constantes nationales que le courant du Futur maintient seraient le plus porteuses, selon lui.

 

(Pour mémoire : Geagea : La nouvelle loi sera mixte et le 14 Mars est plus fort qu'avant)

 

Le même pari sur les urnes se fait entendre du côté de l'ancien ministre Achraf Rifi, pour qui « le 14 Mars se situe incontestablement dans l'opposition ». « Sous le thème du pragmatisme, des coopérations déplacées (avec le Hezbollah, NDLR) trouvent leur justificatif. Les constantes ne supportent aucun assouplissement et sont incompatibles avec le pouvoir actuel », dit-il. En revanche, « le peuple du 14 Mars, lui, est toujours là ». Pour le grand vainqueur des municipales de Tripoli, ce peuple n'est ni las ni épars, mais « prêt à tout instant à reprendre la lutte, toutes communautés confondues, pour le vivre-ensemble ».
Il appartient cependant à cette opinion publique, forte de l'expérience civile embryonnaire des municipales de 2016, de redéfinir aujourd'hui le nouvel équilibre à défendre entre la lutte pour la souveraineté amorcée en 2005 et la longue bataille pour le renouveau démocratique et la citoyenneté, celle de chaque instant.

 

Pour mémoire

L'appel de Saydet el-Jabal à un sursaut national face à « l'occupation iranienne »

L'entente de Mar Mikhaël : 11 ans après, le Hezbollah a toujours besoin de la couverture de Michel Aoun

Le besoin d'ouverture, une exigence commune chez les FL et le Hezbollah

La célébration annuelle du 14 mars 2005, marquée par la déconfiture inavouée des politiques au pouvoir, est à l'image du printemps de Beyrouth qui en est l'objet : bidimensionnelle. L'intifada en soi a été une jonction ponctuelle, qui depuis s'est brisée, entre la démarche des factions politiques traditionnelles, qui paieront par le sang leur combat indépendantiste, et le cheminement...
commentaires (4)

"Sous le thème du pragmatisme, des coopérations déplacées se font avec le héZébbb trouvent leur justificatif. Les constantes ne supportent aucun assouplissement et sont incompatibles avec celui-ci. Et le peuple serait prêt à tout instant à reprendre la lutte, toutes communautés confondues !(?) ! Et qu'il lui appartiendrait encore de redéfinir le nouvel équilibre à défendre entre la lutte pour la souveraineté et la bataille pour le renouveau démocratique et la citoyenneté." ! Quel "équilibre", yâ haSSértéééh, entre "un peuple?" Désarmé avec face à lui un héZébbb Surarmé ? Une "révolution pacifique" n'existe pas....

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 39, le 14 mars 2017

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Commentaires (4)

  • "Sous le thème du pragmatisme, des coopérations déplacées se font avec le héZébbb trouvent leur justificatif. Les constantes ne supportent aucun assouplissement et sont incompatibles avec celui-ci. Et le peuple serait prêt à tout instant à reprendre la lutte, toutes communautés confondues !(?) ! Et qu'il lui appartiendrait encore de redéfinir le nouvel équilibre à défendre entre la lutte pour la souveraineté et la bataille pour le renouveau démocratique et la citoyenneté." ! Quel "équilibre", yâ haSSértéééh, entre "un peuple?" Désarmé avec face à lui un héZébbb Surarmé ? Une "révolution pacifique" n'existe pas....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 39, le 14 mars 2017

  • CEUX QUI LEGALISENT LES ARMES ILLEGALES DANS LES MAINS D,UNE SEULE COMMUNAUTE SONT LES FOSSOYEURS DU PAYS !

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    10 h 49, le 14 mars 2017

  • “Une idée devient une force lorsqu’elle s’empare des masses.” de Karl Marx

    FAKHOURI

    10 h 35, le 14 mars 2017

  • Gardons du 14 mars le souvenir de soulèvement de tout le peuple contre le régime syrien de l'occupation et tournons une page blanche pour unir de nouveau les libanais .

    Antoine Sabbagha

    10 h 31, le 14 mars 2017

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